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11/02/2010

Les Cellules Etoilées Chapitres 5 et 6

Merci à tous les lecteurs, qu'ils soient 1, 2 ou 100, c'est émouvant, car un livre, c'est du rêve, mais aussi beaucoup de travail !

(Résumé : Liliane et sa famille ont emménagé dans une maison de la banlieue de Paris. Des visiteurs inattendus envahissent leur vie quotidienne, professionnelle et sentimentale)


Les Cellules Etoilées

Chapitre 5 - Des hommes et des souris

“- Ah ah ah ! ricana l’ Âne en trépignant du sabot, tu viens encore me taper ?

Autour de lui des seaux à lait débordaient de pièces d’or ; il en coulait plein sa litière. L’âne les repoussait avec irritation loin de ses pattes et flanquait des ruades à tout va. Impossible pour Liliane de s’en approcher.

- Vise-moi un peu, fit l’ Âne entre deux jets de salive noirâtre, j’ai appris à chiquer ! Ca t’en bouche un coin, hein ?

Liliane en reçut plein la figure.

- Ca pique, fiche-moi la paix !

- Tu es obligée de vider le seau, vile manante, gronda l’ Âne, et pour ta fête, j’ai eu la colique cette nuit !

Les pièces d’or puaient. Elles avaient la couleur du caca.”

Ca pue ici. Non. Je dors. Je ne dors plus. J’entr’ouve un oeil.

Pas d’Âne, pas de seau. Pas de caca. Ca sent le café et la vanille.

Debout Liliane. Tu as des cartons à démolir.

Chez nous, à Paris, l’appartement paraissait surchargé. Les déménageurs, quand je leur ai réclamé un devis, ont tous levé les yeux au ciel, poussé des “oh” et des “oh la la”, prédit deux cents cartons minimum pour les livres, deux fois plus pour les cassettes, et : “A quoi bon garder des bouquins qu’on a lus ?” et : “Vous feriez mieux de jeter tous ces vieux magazines, ça n’a aucune valeur !” Et : “Les vieilles cassettes, ça s’efface tout seul avec le temps, les DVD, vous ne savez pas ce que c’est ?”. L’un d’eux avait hoché de la casquette : “Vous ne les regardez même plus, j’en suis sûr, et quand vous en cherchez une, vous ne la trouvez pas !” Sur ce point, il n’avait pas tort.

Les meubles, du menu fretin ; la vaisselle, de la bagatelle, ils en avaient vu d’autres : “Vous pensez, ma petite dame, ce n’est pas vos quatre fourchettes et vos deux soupières qui vont nous effrayer !” mais : “Les vieux disques vynile, pourquoi vous les conservez ? On achète des C.D. maintenant “, et : “Toutes ces bandes dessinées inutiles, ils sont grands vos enfants, maintenant”. Trois ans et sept ans, c’est vachement grand, pour sûr.

Et de me livrer des centaines d’emballages, et d’agoniser : “Pèse lourd tout ça, mélangez avec des vêtements, sinon on va se casser les reins.”

A la fin, quand tout a été déchargé, les déménageurs ne s’étaient pas du tout cassé les reins, ils avaient soulevé chaque colis comme s’il s’agissait d’un coussin de plumes, déplorant finalement que leur camion fût à moitié vide.

Ca m’aurait plu de leur flanquer des coups de poings, de leur rouler sur la tête, de voir s’ébranler leurs cent kilogs de muscles, s’effondrer leurs bajoues de Forts des Halles.

Allons donc dans le grenier, voir s’il ne traîne pas quelques meubles.

A mi-chemin, je m’assieds dans l’escalier ; et si je me chauffais un petit café ? Et si je reportais mes fouilles à un autre jour ? Quoi de plus rassurant au fond, de vivre parmi les sacs et les caisses, ça donne l’impression de pouvoir repartir ailleurs. Hop, un ou deux paquets dans une camionnette, et à moi la route !

Il y a un boucan du diable dans ce grenier. Des souris ? J’entends comme des petits rires, des bruits furtifs de pas de course.

Tremblante, j’entrebaille la porte. De quoi une grande dinde comme moi peut-elle bien avoir peur? De museaux levés vers moi, d’ oreilles dressées et de sourires mauvais sur des babines baveuses ? D’après Colette et Benito, des monstres vivent dans les placards. Certains se tapissent sous les lits. Dans les greniers et les caves, c’est la fiesta mexicaine jour et nuit. Au lieu de les épouvanter, cette perspective réjouit mes rejetons.

Soudain, des balles de couleurs sombres s’élèvent dans les airs et tourbillonnent du sol au plafond, des silhouettes affolées roulent et rebondissent sur le sol, trottent en rayant le parquet de leurs griffes, je les vois, de tous mes yeux, déraper et s’engouffrer frénétiquement dans les trous des murs.

Si des animaux s’incrustent dans le grenier, une seule personne est au courant : l’ancien propriétaire.

Chapitre 6 -

SANTÉ !

M. Brugnon, l’ex-propriétaire de notre maison, arbore le teint rouge des amateurs de bonnes bouteilles. Un gros nez piqueté à la W.C. Fields, l’acteur comique allergique aux enfants, et un sourire qui escamote ses yeux bleus plissés-soleil.

- Alors, vous n’êtes pas trop gênée par tout le bazar que j’ai laissé là-haut ? m’assaille-t-il sitôt le grenier mentionné.

- Non, non, c’est pas ça...

- Vous voulez que je débarrasse ? Je m’en doutais.

- Non, non...

- Ah, j’ai eu tort de négliger ce fatras, c’est vrai, y a pas de raison pour que vous en subissiez les conséquences.

- Mais, il ne s’agit pas de ça, Monsieur Bru ...

- Ah, vous voulez les vendre et vous n’osez pas ?

- Mais non, enfin ...

- Bah, si ça peut vous rapporter un peu de sous, allez-y, je ne les pleurerai pas, ces vieilleries. Le jour où j’ai vendu la maison, j’ai dit adieu à tout ce qu’elle contenait !

- Mais ...

- Venez, on va boire un coup.

- Il n’est pas un peu tôt, là ?

- Jamais trop tôt pour se faire du bien ! Allons dans la cuisine, c’est la pièce la plus agréable.

Le foyer de M. Brugnon ne ressemble pas du tout à celui qu’il nous a cédé. Chez nous, un petit pavillon entouré de plantations anarchiques, pas de nains de jardin, pas de Blanche-Neige en plâtre peint, pas de jardinières sur un faux puits. Chez lui, oui.

Dans sa cuisine, des plantes s’enchevêtrent aux poignées de portes et aux fenêtres, des chats entretiennent un ballet incessant entre la porte grande ouverte et les écuelles posées par terre, sur un carrelage orné de fleurettes et de personnages de dessins animés. J’aurais plutôt imaginé M. Brugnon dans un boxon avec sur les genoux des femmes à quadruple air-bags ; au moins des tonnelets disséminés dans tous les coins apportent-ils à mes yeux une touche de réalisme à son décor enfantin.

L’ambiance est douce, avec une grande table au milieu, des chaises en pin clair, une grosse corbeille de fruits ; des feuillages pendus au plafond caressent les cheveux. Certains traînent si bas qu’il faut baisser la tête pour circuler. Sur le rebord de la fenêtre, le lierre de la façade grignote le dernier espace disponible.

Après quelques verres, M. Brugnon m’annonce, les yeux étrécis, qu’il était accessoiriste de théâtre ; je le savais déjà ; “A la retraite”, croit-il bon de préciser.

Je ne vois pas le rapport avec mes préoccupations.

- Il y a des souris dans le plafond, lui dis-je.

- Des souris, ah ah ah !

- Comment ah ah ah ?

- Des souris, y en a toujours eu, elle font la foire avec les rats des champs et les hiboux.

- Comment ça ?

- Vous n’avez pas repéré des pelotes dans les coins ?

- Des pelotes ? ? ?

- Ces boules de poils, d’os, de plumes que produisent les chouettes et les hiboux ?

- Ah si, ça vole dans tous les sens quand j’ouvre la porte, c’est des pelotes alors ?

- Mais oui, ah, ces gens de la ville !

- Ben, on n’est qu’en banlieue parisienne, quand même ! Vous êtes d’où, vous ?

- Chevilly-Larue.

- Ah ça, comme campagne, c’est le fin fond de la jungle !

Il me dévisage, les joues rouges, l’oeil pétillant et rit de bon coeur.

- Allez, reprenez-moi de ce petit tord-boyau maison.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Du vin de noix, c’est moi qui l’ai fabriqué. J’ai un noyer dans le jardin, z’avez pas vu ?

On trinque.

Faut pas je boive, je conduis.

- Ah ah ah ! mugit derechef l’ex-proprio de la souricière.

- Et mes souris ? Parce qu’il n’y a pas que des pelotes là-haut, on trébuche sur des crottinettes, en veux-tu en voilà !

- Vos souris ! Et vos hiboux ! Y a rien à faire, ces saletés-là sont increvables !

- Dans un sens, ça m’embêterait de faire la chasse aux souris, et encore plus aux hiboux, mais j’aimerais qu’ils arrêtent de me réveiller la nuit.

- Indestructibles je vous dis, faut vivre avec.

- C’est à cause de cette faune que vous avez déménagé ?

- Mais non, vous rigolez ! J’adorais ce boucan, j’avais l’impression que ces bestioles se déguisaient avec mes costumes pour faire la nouba.

- Et comment les convaincre d’attendre le matin pour se déchaîner, après que le réveil a sonné ?

- Ah ça, faut le leur demander.

Ben tiens. Je vais même leur passer un coup de fil, aux souris. Ou leur poster une lettre recommandée avec accusé de réception.

Et de boire. Et M. Brugnon d’ajouter :

- Ouais, faut leur demander. Et gentiment encore.

Sur ce, il m’entraîne dans la cave pour goûter à ses petits vins de derrière les fagots. Il en a beaucoup.

- Il faut leur parler, me répéte M. Brugnon, elles vous écouteront, si vous savez les prendre.

- Je ne parle pas la langue des souris, M. Brugnon, celle des rats non plus et encore moins celle des hiboux.

- Cheers ! dit M. Brugnon, qui a usé les “Skol”, “Santé”, “Dasdrovié” ou je ne sais quoi, “Iyia” je crois, et “Prost” ? Prosit ?

- Elles connaissent la vôtre, faites-moi confiance, dit-il, sur un ton presque menaçant.

- Dites donc, vous avez souvent discuté avec vos souris ?

- Ah ah ! Je n’ai pas arrêté !

- Insomniaque ?

- Même pas, elles m’amusaient. Je leur offrais un verre, et ...

- Hein ? Bon, je crois qu’il est temps de rentrer.

Ca tangue autour de moi. Même bourrée, je refuse d’imaginer ces souris en train de siroter dans un dé à coudre les cocktails meurtriers de M. Brugnon, en lui tapant sur l’épaule, en dansant la gigue sur sa table.

Une seule personne peut me sortir de là. Mon amie Claudie. Une femme de tête qui ne perd jamais les pédales.

J’ extirpe mon téléphone de ma poche :

- Claudie ? T’es chez toi ? Tu bosses, t’es occupée ?

- Oui, non, oui, mais rien d’important, pourquoi ?

- J’ai bu.

- Et ?

- Peux pas conduire.

- T’es où ?

Je le lui dis.

Claudie habite à Nogent. Une trotte jusqu’à Fresnes, pourtant, elle ne rechigne pas à avaler tous ces kilomètres pour secourir sa vieille copine. C’est une femme d’action ; une femme de tête et une femme de coeur ; dans une bande dessinée, elle serait Super Woman. Toujours bien coiffée, les boucles blondes laquées gracieusement autour des joues lissées sous un fard délicatement abricoté. Même en voiture, elle porte des souliers à talons, assortis à ses tenues excentriques-chics. Sur elle, les gros bijoux n’ont pas l’air rapportés, sur son joli corps les volants et les basques semblent avoir été créés sur mesure. Sexy quoi qu’il arrive, elle mène de front une maison, deux enfants, un boulot à mi-temps, dorlote un mari artisan-plombier, et se cogne son secrétariat.

Si je devais décrire une fée moderne, je penserais tout de suite à Claudie, gaie et pétillante, bourrée d’humour et de bonne humeur, sur le pied de guerre en toutes circonstances. Ce genre de perle est rare, mais il existe, je l’ai rencontré !

Un quart d’heure plus tard, Claudie se gare, pimpante et hilare, devant le pavillon de M. Brugnon.

Ses deux chiens aboient et s’agitent sur le siège passager comme s’ils s’ étaient assis sur des clous après avoir avalé des piments rouges.

Comme prévu, Claudie est impeccable.

- Monte !

Les clebs se jettent sur moi dès que je pose un pied dans la bagnole.

Je les pousse pour installer mon postérieur près de ma copine, et ils restent là, agrippés à mes fringues, leurs ongles enfoncés dans mes cuisses, leurs museaux bavant sur mon blouson et mes mains.

- Où est ta voiture ? ricane Claudie

- Là-bas, tu vois pas ? Derrière la camionnette du type.

- Et tu comptes la récupérer comment ?

- Sais pas, demain peut-être, prendrai le train. Ou le bus. Ou un taxi.

- Ou je te ramènerai quand tu auras dessoûlé.

Elle glisse un coup d’oeil vers le pavillon : M. Brugnon, appuyé à la façade, rit silencieusement, son verre à hauteur du nez, ses yeux fripés braqués sur nous.

- Qui c’est ce type ? Qu’est-ce qu’il t’a fait boire ?

- Ggngnnoix, mnoix.

- Bon, fait Claudie, cuve, tu me diras ça demain.

Le soir même, après une sieste de poivrot, je décidai d’attaquer les négociations avec les occupants du grenier.

Croyez-le ou non, il n’y avait rien dans le grenier. Rien de rien. Pas un bruit, pas une pelote, rien.

Je tournai les talons, déçue. Une fois en bas de l’escalier, j’entendis des rires. Mais j’en conclus qu’ils n’existaient que dans ma tête.

(A suivre !)

09:32 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : feuilleton, famille, fantastique, humour, mystère

Commentaires

Bonsoir

Trolls ou fardadets, hiboux et pelotes, petit peuple de la nuit et gnomes, nous voila embarqués avec des personnages qui s'additionnent. Nager dans l'imaginaire est un sport fatigant et tu t'en tires drôlement bien. Il y a un petit côté Elfe de maison, type Kreatus, dans les habitants du grenier.

J'aime beaucoup le côté inatendu de chaque chapitre.

Le grillon

Écrit par : Christian | 12/02/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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