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20/02/2010

feuilleton chapitre 15

(Feuilleton)

(Résumé : perturbée par l'invasion de sa maison par des petites personnes inattendues, Liliane néglige un peu son travail, mais l'aventure se corse!)

 

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 15

REMETTEZ-NOUS CA!

- Te voilà bien morose, remarqua Henri.

- Je ne vois plus rien, je n’ai plus d’imagination.

- Ca m’étonnerait, ma Liliane, cette nuit tu as raconté une histoire grâtinée en dormant.

- Je parle en dormant, maintenant ?

- Mais oui !

- Et qu’est-ce que je bafouille ?

Henri me le dit.

- C’est incohérent, je ne peux rien en tirer.

- Mets tout ça en ordre et ça fera une histoire fantastique, affirme Henri.. Avec tes dessins.

- On est loin de Pastor et les Martiens !

- Tu vas me faire le plaisir de boucler ce casse-pieds de Pastor et d’illustrer tes propres histoires. Arrête de perdre ton temps et ton talent.

Comme me l’a conseillé M. Brugnon, j’ai restitué les babioles prétendument réclamées par les habitants du grenier. Depuis, plus un bruit là-haut. En bas, aucun mistoulinet ne se manifeste. Je tourne en rond.

Ce matin, je reçois un coup de fil furibond de M. Grommeleck qui pourtant, sort rarement de ses gonds :

- Dites-moi, Liliane, vos dessins ont pris une tournure, comment dire, un tantinet subversive, ces temps-ci. L’auteur de Pastor est mécontent.

- Subversive ?

- Eh bien, reprend M. Grommeleck, ils ne s’adressent plus trop, plus tellement, et je dirais même carrément plus du tout, au lectorat que nous visons.

- Ah ?

- Pastor et les Martiens est destiné à des enfants de sept ans qui commencent à lire, ils n’ont pas besoin, du moins je veux le croire, de s’ abreuver de visions d’horreur.

- Mes dessins sont horribles ? C’est épouvantable !

- Reprenez-vous, Liliane, vos dessins ne sont pas horribles, ils expriment l’horreur, et ça, l’auteur de Pastor et les Martiens ne le tolère pas. Et moi non plus. Nous voulons du divertissement enfantin. Vous le savez d’ailleurs, vous en avez assez illustré, de ces petits récits.

- Benito...

- Qui ? s’étonne mon patron.

- Mon fils, Benito, adore les contes horribles et apprécie mes dessins. Et c’est un fou de mangas. Il a sept ans.

- Déjà sept ans, s’extasie M. Grommeleck, à côté de la plaque.

- Je peux même vous affirmer que ma fille, à trois ans, se délecte des histoires de crados, elle rit à gorge déployée quand quelqu’un pète et elle se roule par terre quand on raconte des blagues scatos.

- Vos enfants ont peut-être l’habitude des plaisanteries de mauvais goût, mais les lecteurs de Pastor sont supposés baigner dans un monde idyllique.

- C’est votre idée de l’enfance ?

- Ma chère Liliane, je pense à ma maison d’édition et aux recettes inespérées des livres de Mlle Larrivoire, la créatrice de Pastor.

- Que dois-je faire, M. Grommeleck ? dis-je, vaincue.

- Remaniez les dix dernières illustrations et rajoutez-en quatre et on sera bon.

On a été bon. J’ai laissé s’entasser les corvées ménagères pour rattraper mes bourdes. Tous les jours, Henri me tannait : “Alors, ton histoire, t’en es où ?” C’est chouette de se sentir encouragée. “Je termine Pastor et je m’y mets”. Il se fâchait. Je lui montrais les dessins jugés “horribles” par M. Grommeleck. Ca le réjouissait, et il me poussait derechef à bâcler les Martiens et Pastor le demeuré et d’utiliser mes dessins ‘horribles’ pour mes propres livres.

- M’an, disait Benito tous les matins, fais voir ton cahier, t’as fait un beau cauchemar, dis ? Dis ? Pourquoi t’écrirais pas un truc comme Horror et les monstres de l’espace ? Ouah ! Ils sont géants tes dessins, ils vont être publiés ?

- Résume donc à ton fils ce que tu m’as raconté l’autre nuit, dit Henri.

- Ouais Manman, fait Colette, raconte raconte !

- Je vous préviens c’est atroce, pas pour les enfants !

- Chouette ! font-ils tous les trois.

- C’est tout ?

- Non, mais ça suffit pour aujourd’hui

- T’as oublié le roi qui te coupait la tête, reproche Colette en têtant son pouce.

- Et les crapauds qui tombaient du ciel et te sortaient de la bouche, ajoute Benito, hilare.

- Et le vampire qui t’a dévorée, renchérit Henri.

- Vous êtes tous des détraqués, dis-je, ravie. Pas un pour racheter l’autre.

- Allez, fait Henri, tout le monde à son poste, on laisse maman travailler!

Facile à dire : les quatre dernières illustrations de Pastor et les Martiens sont à peine esquissées, en attente de contours et de couleurs. Au plafond de la cuisine, des fissures sont apparues cette semaine comme par enchantement. Il y a une fuite d’eau à la cave, les outils et les caisses non déballées vont être inondés. Une vingtaine de tuiles ont été emportées par une tempête la nuit dernière. Le compteur électrique cliquète, les plombs n’arrêtent pas de sauter. Il faut faire les courses et préparer les repas. Promener Idiot.

- Tout ça, c’est des prétextes, dit Henri, achète des surgelés, laisse le chien dans le jardin, ne fais plus le ménage, ne repasse plus nos affaires. Tout le monde porte des loques chiffonnées maintenant. On fera la lessive seulement le samedi, on mettra les mêmes tee shirts trois jours de suite. Je vais appeler le plombier, l’électricien et le couvreur, laisse-moi faire. Toi, débarrasse-toi des Martiens et mets-toi au travail.

Jamais vu un homme pareil. Jamais compris surtout qu’il s’en foutait pas mal, au fond, d’avoir une femme modèle. “T’es belle”, me dit-il les jours où je suis décoiffée, en attente de shampooing, le vernis écaillé sur les ongles, pas une once de maquillage sur la figure, une vieille combinaison sur le dos du matin au soir. Si c’est pas de l’amour, ça.

J’ai remarqué, à ma grande stupéfaction, que les fois où je suis le moins apprêtée, le moins “habillée”, où je me fiche comme d’une guigne de plaire, où j’ai une expression hagarde sur la figure, tous les hommes me regardent. Au super marché, dans la rue, dans le métro.

Je n’y comprends rien. Que veulent-ils à la fin? Ils bavent et émettent des grivoiseries devant les poupées gonflées à l’hélium, les blondes à grosse bouche et à string. Et voilà qu’ils collent aux basques des ménagères en sandales Scholl qui font leurs courses, la tignasse relevée en chignons approximatifs, l’oeil cerné par les tâches quotidiennes.

Ils me rendent chèvre. Je n’aime qu’eux. Et il y en a un que j’aime plus que les autres.

(A suivre!)

13:03 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

Coucou me revoilà !

Et voici la ménagère en délire qui retombe amoureuse
de son mari , hi ......................

Bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 20/02/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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