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23/02/2010

feuilleton Les Cellules Etoilées Chapitre 17

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Voici deux petits pingouins joyeux pour éclairer un jour de pluie !

 

Feuilleton

 

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 17

 

PAGAILLE CHEZ LES MARTIENS

Comme un seul homme, les hiboux ont tourné la tête vers moi. Ils ont ricané. Je suis tombée dans les pommes.

Quand je me suis réveillée, la nuit était tombée. Henri m’épongeait le front avec un gant mouillé et un docteur vérifiait ma tension.

- La voilà, elle se réveille !

- Où sont-ils ? ai-je balbutié.

- Tout le monde est parti, ma Liliane.

- Les enfants ?

- Ils dorment, ne t’inquiète pas, tu nous as fait une de ces peurs.

- Il faut qu’on déménage.

- Quoi ? glapit Henri, mais on vient d’emménager !

- Y a trop de monde ici.

- On est seulement quatre, je te signale, cinq avec le chien, on restera cinq n’importe où ailleurs ! Reste couchée, je t’apporte une aspirine.

Henri et le docteur échangent des regards navrés. Le docteur s’en va.

Idiot saute sur le lit et se cale contre mon dos.

J’aventure un coup d’oeil alentour : pas de hiboux, pas de souris qui rit, pas de trotte-menu.

- Je ne dormirai pas si tu ne viens pas avec moi.
Henri consent et bientôt c’est le matin.

Claudie et ses clientes ont tout rangé dans la maison, je n’ai plus qu’à m’attaquer à Pastor et les Martiens. Le dernier dessin, ce sera le dernier. Un grand café grec et on y va.

- Tu en fais une tête, me dit Henri le soir en rentrant, ça ne va pas mieux?

- Si si.

- Bon, j’ai une de ces faims ! Qu’est-ce qu’on mange ?

- Ben euh rien.

- Ah bon. On n’a qu’à faire des pâtes. Mets de l’eau à chauffer, j’arrive.

De la cuisine, je l’entends qui chante sous la douche : “Ramona, j’ai fait un rêve merveilleux, Ramona, nous étions partis tous les deux ...” Pas vraiment actuel, le répertoire. L’eau frémit, et maintenant la chanson a changé : “Sorry Mama, I never want to hurt you, gna gna gna gna gna, gnagnagna gna gna...” Pas besoin d’allumer la radio.

- T’as fait du riz, je vois du riz, là ! s’exclame, alarmé, mon petit mari dans son peignoir.

- Ben non, j’ai fait des pâtes.

- Pourquoi je vois du riz là ?

- S’il est là, c’est qu’il est pas dans la casserole ! Dans la casserole, il y a des pâtes qui bouent.

- Ah bon, ouf ! “Vous permettez Monsieur, que j’embrasse votre fille, rhin hin!” Je vais mettre la table.

Pop, fait le bouchon de la bouteille de Bergerac.

- Tu vas voir ça, ma poulette, du velours pour ton gosier ! C’est la fête des vins chez Auchan, je suis passé devant.

Benito se pointe, un ballon sous le bras.

- Pa’ tu viens jouer avec moi ?

- J’arrive ! Combien de temps les pâtes ?

- Dix minutes, ne traînez pas !

Colette arrive, la bouche en coeur :

- Manman, ton dessin, il est bizarre.

Bizarre. S’il n’était que ça. Il n’y a pas un seul Pastor sur ma table à dessin. Pas non plus de Martiens autour de lui. Rien qu’un magma de couleurs répugnantes sur des formes hideuses.

- Ce n’est qu’un essai de couleurs, ma chérie, pas un vrai dessin.

Comment aurais-je pu dessiner quoi que ce soit? Je travaillais, tranquille, au coeur de l’après-midi, le seul moment où tout le monde est à son poste et moi au mien. J’avais à peine esquissé une silhouette qu’un flot de créaturettes s’était élancé sur ma table, ma tête, mes genoux et mes mains. J’ai eu beau les disputer, les secouer, les taper, rien ! Ils s’incrustaient, les microbes, ils renversaient mes flacons, écrasaient mes tubes de peinture, déchiraient mes calques et mes brouillons. Hors de moi, j’ai pris mes affaires et me suis installée dans le jardin. Même topo. Idiot devenait fou, impossible de le laisser bramer à tous vents, les voisins finiraient par appeler la police. Retour à l’intérieur. Au coeur des myrmidons.

Jamais je ne réussirai à finir ce maudit bouquin. Une seule illustration et ce devrait être la quille, crénom ! Plus que quelques jours avant de la rendre à M. Grommeleck.

- Super tes pâtes ! s’extasie ma petite famille.

- J’ai mis des tomates fraîches et du basilic.

- Manman elle a fait des pâtés aujourd’hui, déclare fièrement Colette.

- Comme à la plage ? s’étonne Benito.

- Nan, dit Colette, reniflant d’allégresse, comme moi quand je fais des beaux coloriages.

- Purée, fait Henri, ça doit être beau.

Et voilà les grandes eaux. Mon trio m’entoure, affolé, on me tend des mouchoirs, plus sales que des peignes, ma fille pleurniche par solidarité, mon fils a une quinte de toux, mon mari essaie de les écarter pour me serrer dans ses bras. Je leur montre la flaque qui tient lieu de dernière illustration de Pastor et les Martiens.

- Ouah, fait Benito ravi, le dégueulis d’enfer !

- Caca, pleure Colette, caca.

- Rouf rouaf, grince Idiot, emmêlé dans nos cagnes.

- Allez jouer, les enfants, ordonne Henri, sortez ce chien de nos pattes !

- Je n’arrive pas à travailler ici, tu vois ce que ça donne ! Je me suis même mise dans le jardin, ça n’a pas marché.

- C’est rien ça, c’est le stress. Tu restes trop à la maison. Va à la bibliothèque, ou chez Claudie, ou ... dans un des ateliers de M. Grommeleck.

Pas bête ça.

J’ai passé trois jours dans les locaux de la maison d’édition. A la maquette, on m’a donné un petit coin, et j’ai terminé mon dessin. M. Grommeleck buvait du petit lait.

- Je vous ai toujours encouragée à intégrer notre belle maison, me répétait-il, ah ces artistes, pas moyen de les raisonner. Vous voyez, ce n’est pas si terrible, la vie de bureau.

Pour trois jours, oui, mais pour toute l’année et les années à venir, non.

Nous avions déjà eu cette discussion.

- Et votre maison ? Vous êtes bien installée maintenant ? s’inquiète M. Grommeleck.

Je me demande ce que ça peut bien lui faire ; il me tend un manuscrit.

- Vous allez vous régaler, affirme-t-il, vous qui aimez les monstres, voilà de quoi faire.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Un nouvel auteur, claironne M. Grommeleck, c’est pour vous !

J’ai autant envie de connaître ce nouvel auteur que de me baigner dans un égoût. Sur la couverture trône un titre destiné à faire frétiller les petits de huit ans et à rassurer leurs parents sur la moralité de leurs lectures : “Couventine et l’orphelin”. Je meurs. J’agonise. Je rends le dernier soupir.

- C’est une plaisanterie, balbutiai-je.

- Liliane, vous allez rire, c’est ce que j’ai dit quand on m’a passé ce manuscrit ! Eéééééet puis, ma foi, j’ai compris qu’en ces temps de laxisme, un peu de morale conventionnelle ne ferait pas de mal à nos chères têtes blondes ... ou brunes, excusez cette expression malheureuse, réductrice...

M. Grommeleck s’empêtre, accroché à sa quête permanente du politiquement correct.

- J’en fais quoi ? lui dis-je, glacée.

- Une illustration toutes les deux pages, vous verrez, comme d’habitude c’est calibré, les emplacements bien définis par rapport au texte ...

- Combien de dessins et quel délai ?

- Environ une vingtaine. En couleurs bien sûr ! Gouache, à-plats, pas d’aquarelle, vous avez trois mois.

J’ ai souri jaune, l’ai remercié et ai regagné ma petite maison. Faut gagner sa vie. Même en dessinant une Couventine et un orphelin. Sans même le lire, je parie qu’elle recueille un bébé devant une église ou un truc dans le genre. J’ai déjà la nausée.

(A suivre!)

 

10:26 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

Coucou Hélène !

Je m'y prend à ton histoire , hi !
Bref ! tu me dis que les chapitres sont dans le désordre , je vais guetter mais comme je suis depuis le début
rien ne m'a choqué .

Bon mardi bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 23/02/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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