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25/02/2010

feuilleton LES CELULLES ETOILEES Chapitre 19

 

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Au Carnaval vénitien de Remiremont, deux fées se promènent et nous enchantent

 

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 19

TROIS POUCINETS

Je L’ai attendu. Il n’est pas revenu. J’ai fait semblant de dormir, immobile. J’ai guetté ses petits pas sur moi. Viens maintenant, je dois te voir, où es-tu ? D’où as-tu surgi ? Montre-toi, Diablotin, explique-moi ce qui se passe. Je me suis assoupie.

A mon réveil, rien n’avait changé. Pas de diablotin. Pas non plus de petites créatures sarcastiques autour du lit.

Je me suis levée. Pas pour contenter ma famille, encore moins pour dessiner Couventine et son orphelin débile, mais pour Idiot.

Je l’entendais geindre du fond de mon lit, il n’y avait que lui et moi dans la maison. Au lieu de rester bien sage sur le canapé du salon à cuver ses médicaments, Idiot s’était traîné au premier et couché devant ma porte. A part le fait qu’ils m’empêchaient de dormir, ses gémissements me fendaient le coeur.

Je me suis extraite de mon lit, abandonnant le début d’un rêve sans queue ni tête. Des crayons pleins de dents livrant bataille à des pinceaux-ciseaux. J’ai ouvert la porte. Idiot a tourné ses yeux mourant vers moi, sans me sauter sur le poitrail comme d’habitude. Je l’ai ramassé tant bien que mal, gros tas de poils brûlant de fièvre, et suis descendue avec lui. Non seulement j’ai réussi à lui faire renifler une inhalation, mais à lui badigeonner les amygdales avec un coton tige. Idiot devait vraiment être mal en point, car il s’est laissé moucher, nettoyer les yeux et instiller du collyre sans sourciller. Tant que j’y étais, je lui ai concocté une tisane à la Claudie, et il l’a avalé comme un condamné à mort son dernier grog. Je me suis préparé du thé et tous les deux nous sommes allés nous pelotonner sur le canapé. “Wif” a fait Idiot en désignant la télé d’un mouvement du menton. Je l’ai allumée, j’ai zappé jusqu’au “Wif” suivant et il s’est mis à regarder “Vingt mille ans sous les verrous” ; à chaque apparition de Bette Davis, Idiot haletait, preuve de son bon goût. Ce chien est plein de ressources.

Ca m’a requinquée, je me suis plongée dans la lecture de Couventine. Si un pauvre chien grippé était capable d’apprécier un film de prison, alors moi je me devais de dénicher les bons côtés d’une histoire minable. Peine perdue. “Couventine et l’orphelin” était bel et bien une flaque putride, rien de mieux.

- Qu’est-ce que je vais devenir, mon chien-chien ?

- Brouf ! répondit Idiot.

Sa patte droite s’abattit sur une page du livre.

- D’accord, lui dis-je.

Je m’installai à ma table à dessin et illustrai le passage choisi par Idiot. Couventine erre dans les rues de Paris. M. Grommeleck veut du monstrueux ? Je vais lui servir la Cour des Miracles. On verra si la prochaine fois il me redonne une histoire de “Riri et Roro vont en bateau” comme dit Henri. Pourquoi ne me confie-t-on jamais une nouvelle édition de Frankenstein, de Dracula ou de Dr Jekyll et Mr Hyde ?

J’étais en train d’esquisser les boyaux du Forum des Halles, avec des mendiants empilés façon misère dans les rues de Calcutta, quand la foudre s’abattit sur ma tête.

Ah, je les croyais loin ceux-là. Grossière erreur. Les Incroyables et Merveilleuses miniatures étaient de retour. Une espèce de prince haut comme trois pommes s’assit sur mon dessin. Il m’arracha mon crayon et le cassa en deux. Ses manches à gigot bruissaient de ce feulement propre au taffetas, son chapeau à plumes balayait l’air et sa grande cape de velours détruisait l’agencement maniaque de mes tubes de peinture.

- Brouf ! redit Idiot sans bouger de son coin.

Je n’aurais pas dû me lever de mon lit, j’aurais laisser cet idiot d’Idiot agoniser devant ma porte, j’aurais dû oublier jusqu’à l’existence de Couventine et me gaver de somnifères.

Une princesse vêtue d’oripeaux multicolores, d’une robe à paniers et d’une coiffe digne des Merveilleuses du Directoire se cala entre mes mains. Je tentai de les récupérer pour essuyer mes yeux pleins de larmes, mais elle me retint de ses menottes minuscules, couvertes de bagues et de bracelets clinquants. “Pff” fit-elle de sa bouche ronde, et une poussière dorée voleta devant mon nez. J’éternuai et chignai derechef.

Un troisième personnage, grand comme une poupée, affublé de gaze, de tulle et de mousseline, se coucha sur le papier à dessin et roula un crayon neuf entre ses pieds chaussés de fourrure. Les trois marmousets baragouinaient dans leur langage inconnu, frais et léger comme des chants d’oiseaux, strident par instants, mélodieux à d’autres. J’en avais la chair de poule.

Le crayon neuf atterrit entre mes doigts, et sous mes yeux stupéfaits, les trois compères prirent la pose, voluptueusement installés sur le bord supérieur de la table, un sourire aguicheur sur leurs jolies lèvres carminées. D’un geste gracieux, ils m’engagèrent à les reproduire.

Sur l’écran, derrière moi, Spencer Tracy étreignait Bette Davis et tous deux échangeaient un baiser passionné. Idiot ronronnait d’aise. Je voyais tout ça dans le grand miroir posé sur la cheminée devant moi. Ils existaient bel et bien, mes trois modèles, au contraire des vampires et des hallucinations, ils se reflétaient, tout comme mon air hagard, le crayon dressé dans une main et mon regard incrédule. Je n’avais pas le choix. Et même si je l’avais eu, je n’aurais pas pu résister.

Je les ai dessinés. J’ai colorié leur visage, leur peau, leurs costumes. J’ai donné à leur image un aspect velouté et chaud. J’ai voulu qu’ils soient sur le papier aussi beaux qu’en réalité. Quand le dessin fut terminé, ils le contemplèrent, échangèrent quelques pépiements et disparurent.

Jusqu’au retour de ma famille, je demeurai hébétée, collée contre mon chien, les yeux rivés comme lui sur le film de fin d’après-midi, “Servitude humaine”.

(A suivre!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:17 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

bonjour !
superbe !
mais j'espère que tes fées ne me jouerons pas des tours sur mon blog ? quelles nous amènerons le soleil de printemps ?

bon vent de Bretagne

Écrit par : Marie-Therese | 25/02/2010

Recoucou Hélène !

Ah ! les revoilà tes idées avec leurs les personnages ,
Alors tout va bien , hi ! toujours prise dans l'histoire d'Eliane .

Le soleil est venu ce matin et le voilà qui s' taille , zut !
Bon jeudi bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 25/02/2010

Bonjour!
J'ai lu avec attention, ton aventure avec idiot, le pauvre...
Il faut avoir de l'imagination, un mélange de fées et les vampires ne sont pas loin.
Bonne nuit

Écrit par : Anne-Marie | 25/02/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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