logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

02/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 23

 

A tous mes amis blogueurs qui n'ont pas pu accéder à mon blog pour me répondre, il s'agit d'une étourderie de ma part; mon URL est : helenemerrickparelle-meme.blog50 (j'avais oublié le trait d'union!)
Voici des petites créatures fleuries pour me faire pardonner !
gloutinains jpg.jpg
Feuilleton
LES CELLULES ETOILEES
Chapitre 23
UNE FORET A PLAT

 

Rien que pour se mettre en train :

“ ‘Saute, Liliane’, ordonne l’âne aux pièces d’or, et Liliane fait un bond dans les entrailles du volcan, là où même les morts ne vont pas.”

 

Dessiner à quatre pattes ou à plat-ventre, voilà une acrobatie que j’essaie d’éviter ; mais cette-fois-ci, il ne s’agit plus d’une planchotte de 24 cm sur 32 cm ; devant moi se déroule un serpentin de papier mesurant 40 m sur 3 m ! De quoi couvrir les quatre côtés et une partie du plafond mansardé du grenier. Toute ma technique est à revoir. Les dessinateurs qui renaclent devant une feuille de papier format raisin, 50 sur 65 cm, fuieraient illico presto.

J’ai pris mes précautions : des centaines de crayons, des fusains, des pinceaux extra-larges, des rouleaux de peintres en bâtiment. Et des gommes blanches grandes comme des briques, une trentaine de taille-crayons. Nos vieux draps troués et les torchons usés serviront de chiffons à peinture. Le tout judicieusement réparti dans des bacs en plastique.

Ma petite famille observe mes préparatifs avec circonspection.

- Tu en as pour longtemps ? me demande Henri. C’est pourquoi, ce déballage ?

- Tu verras bien !

 

Tout est en l’air dans la maison, mais Henri ne s’ en formalise pas. Je me demande même pourquoi je me fatigue tant d’habitude : trois grains de poussière de plus, une pile de linge plus haute, des assiettes oubliées dans le séchoir, qu’importe. En revanche, si je ne descends pas de mon nichoir quand mon chéri adoré rentre du boulot, si je passe le week-end dans les pots de peinture, il n’est pas content. Il faudra me contenter des jours ouvrables. Et organiser mon emploi du temps pour dessiner aussi mes deux bouquins.

A la sortie de l’école, j’attends mes enfants dans la voiture, avec mes tabliers et mes mains maculés de peinture. Une fois leur goûter avalé, iIs montent voir ce que je fabrique, pataugent un moment dans le chantier et retournent à leurs devoirs et à leurs jeux.

Un coussin sous les genoux, perdue dans les amas de papier, j’active crayons, pinceaux et couleurs, dans l’espoir de créer une forêt digne d’une population surnaturelle. A moi les courbatures et les tours de reins, mais peu importe. Les “Minis”, comme dit Colette, ont l’air content : ils se relaient pour m’observer. Tout le temps où je suis seule, ils apparaissent, par deux, par dix, parfois par cinquante. Quand ils estiment en avoir obtenu assez pour la journée, ils s’éclipsent. Ils ne déchirent plus mes dessins ; s’il faut pour ça leur inventer une forêt de papier et leur céder le grenier, alors d’accord.

J’ai imaginé des arbres et des bosquets, des feuillages et des fleurs,

ouvert des trouées par-ci par-là, pour offrir à d’éventuels promeneurs la possibilité d’explorer leur domaine. Au milieu de toute cette fausse végétation, le grenier ressemble à une clairière. J’ai d’ailleurs l’intention d’y planter de l’herbe.

- Je m’oppose à toute plantation dans le grenier, fulmine Henri, tu te rends compte ? Trimballer de la terre, de l’engrais, arroser ? Ca va traverser le plafond et niquer toute la maison. Et qui te dit que de l’herbe poussera sous ces combles ?

- Et pourquoi pas des plantes tropicales ?

- Dis-moi, Liliane, c’est un décor que tu construis ou une serre ? Parce que moi, je te suggère de transformer ce capharnaum en cellule capitonnée, ça pourrait bientôt te servir !

Laissons ce pauvre ignorant bafouer mes élans créatifs. Lui aussi est en train d’en développer. “C’est moi qui vais faire la cuisine”, a-t-il décrété après quelques dîners jambon-chips-yaourths-fruits. Désormais, il rentre du boulot avec des sacs géants de surgelés et de produits frais.

- Ce soir, je te préviens, je cuisine des côtelettes en cocotte avec des pruneaux et du fenouil.

Ca me va. Avant tout, je dois venir à bout de mon décor, même si ça me prend des mois. Les envahisseurs doivent disparaître. Ils me pourrissent la vie, me dévorent la journée. Leurs hideux collègues de la nuit pourrissent mon sommeil.

Tout a commencé la nuit où le diablotin a marché sur moi. Je ne l’ai jamais revu. Je n’ai jamais réussi à le dessiner. Son image est parasitée par des étricules issus de livres, films ou bandes dessinées. Seuls ses yeux sont incrustés dans ma mémoire. Plus vifs que tout.

Les nuits et les jours vont-ils finir par se confondre ? J’ai peur de perdre l’esprit.

Je crois oeuvrer pour les petits aristocrates de la maison, pourtant, dans ma pauvre forêt de papier, j’imagine des cavaliers, des tout petits chevaux montés par des êtres menaçants au sourire cruel. Rafar et ses sbires ? Je peins des troncs d’arbre, des brins d’herbe, et j’entends les clameurs d’une foule de fête foraine assoiffée de sang. Mes tortionnaires ? Je compose un bouquet d’arbres et aussitôt se faufilent les silhouettes des chats sauvages, ceux de mes premiers cauchemars. Chacune de ces manifestations éveille des douleurs précises, celles provoquées par des griffures, des morsures, des coups. Pourquoi s’en prend-on ainsi à moi ?

Pendant que je m’escrime là-haut avec des grognements de douleur, Henri sifflote dans la cuisine, affairé à étaler de la pâte feuilletée pour ses tartes aux épinards et au fromage de chèvre. Une de ses spécialités. Avec la tarte aux poireaux émincés, et le pot-au-feu du samedi. Il va spécialement choisir des os à moelle pas trop gros, de la viande de boeuf très tendre, de la joue et des légumes croquants. Le plat mijote des heures, et le parfum des épices et des bouquets garnis s’envole jusqu’à mes narines saturées de fixateurs et d’essence de térébenthine.

Pour éviter à mes planches de frotter les unes sur les autres, je les sépare avec du papier de soie en attendant de les accrocher aux murs. Il faudra les tronçonner en lais, comme du papier peint, avant de les fixer aux flans mansardés, les maintenir sur des tiges comme des pans de paravents. Henri, consulté, m’a acheté des punaises extra-longues et une agrafeuse de tapissier, un escabeau haut et solide, et des ciseaux à longues lames. Au bout de deux mois d’efforts, les lais s’empilent autour de moi, tels une marée montante. Il est temps.

A moi les gros bras et les petites mains : je convoque Claudie, qui appelle la Dame au cocker et deux autres greluches du quartier, amadouées par ses échantillons d’anti-rides. J’interdis aux chiens et aux enfants de mettre les pieds dans mon antre.

Entre deux crises de fous-rires, mes copines soulèvent les rouleaux de décor et les maintiennent vaillamment. Suant et pestant, je punaise et agrafe la “fresque” sur une partie du plafond et la fais courir le long du mur jusqu’au plancher. Tout est en place. Je suis fourbue. L’heure est grave. Les filles ont envie de s’asseoir et de boire un coup, et moi, de rendre mon tablier.

- Elle est bancale, ta forêt, dit Claudie.

- Y a pas assez de sentiers, remarque la dame au cocker.

- Où sont les animaux ? Les oiseaux ? Les papillons ? s’enquièrent les autres.

- C’est pas fini, je bougonne, dépitée.

Le soir venu, découragée, je guette mon chéri et son caddy de provisions. Les mistoulinets se relaient pour me reluquer sous le nez. Je ne moufte pas. Ils peuvent bien m’arracher la tête, me piétiner jusqu’à plus soif, je ne bougerai pas de mon canapé. Bientôt, une centaine déambule dans le salon, ils se concertent dans leur sabir flûtée, me lancent des regards perplexes. Une armée piaffe dans un coin. Je refuse de leur prêter attention. Idiot, les mirettes écarquillées, les oreilles frémissantes, les ignore : il se repaie d’un télé-film adapté d’un roman de Théodore Sturgeon, “Demain les chiens”. Son préféré. Mon chien rigole, moi pas. Ma forêt est bancale et mal fichue. Et elle ne sert à rien.

- Il fallait la peindre verticalement, pas par terre, affirme Henri, en nouant un tablier “Embrassez le chef” sur son survêtement. Ce soir, je fais une poule au pot.

- Ouais, c’est ce que j’aurais dû faire.

- Une poule au pot ?

- Non, peindre debout, au lieu de me casser les reins. Et même, je n’aurais rien dû peindre du tout.

- Ah ça !

Le voilà qui truffe la poule d’un savant bouquet garni, émince des légumes comme un pro, découpe des bouts de barbaque et autres ingrédients dégoûtants dont nous nous repaissons, lamentables humains.

- Tu m’as l’air bien déprimée, ma petite chérie, dit Henri.

Et de monter des oeufs en neige, de fondre du chocolat, de beurrer un moule. Une perle. Il m’énerve.

- Et dis-moi, pour quelle raison obscure nous as-tu redécoré le grenier avec une telle frénésie ?

- Ch’ais plus.

- Goûte-moi ça.

Un cake aux olives et aux lardons. Je rêve. Ca m’abat complètement.

- Si tu fais des trucs aussi bons, jamais plus tes enfants ne voudront de ma tambouille.

- Quoi ? T’es folle ! Personne ne sait mieux que toi dorer les poulets et mijoter de l’agneau au curry !

- Nan, ta cuisine est meilleure.

Grompgf, brouff, glaff, brouff, on dirait Idiot quand il s’ébroue et éternue, mais ce n’est que moi, larmoyant comme le veau dont les côtelettes ont composé notre dîner de la veille.

Câlin, bisous, mouchoir, Ricard. Retour à la case départ.

- Au fait, tu as fini ton travail pour M. Grommeleck ?

- Ouais, je lui ai fourgué une trentaine d’illustrations et trente pages de texte. Plus qu’il n’en faut pour un gros album.

- Il t’a payée ?

- J’ai signé un contrat, mais avant de recevoir le chèque, j’aurai le temps de m’inscrire au chômedu !

- Je vais lui casser la figure, à ce gros lard, s’il continue à t’exploiter !

Et de briser un kilo de noix d’un coup de poing. Et de déboucher une bouteille avec les dents. Et d’aplatir un morceau de poitrine du plat de la main. On le dirait sorti tout droit d’un film sur Attila et les Huns.

- Je pourrais peut-être acheter de la pelouse au mètre ?

- Quoi ? Ca recommence ? !

- Non, pas de la vraie, de l’herbe en plastique, ça se vend comme les rouleaux de moquette.

- Fais ce que tu veux, renonce Henri.

Et de faire sauter des crêpes jusqu’au plafond. Je n’en peux plus. Je vais me coucher.

- Et qui c’est qui va manger tout ça ? rugit le cuisinier.

 

(A suivre!)

 

 

18:12 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

Elle me plait bien ta fresque dans le grenier;la pelouse ,stp pas en plastique,ça pique!J'aimerais bien manger chez toi,ça sent bon!
Il est 5 heures,Nice s'éveille,ma chatte Félicia marthyrise la
tapisserie;à 6 ans et demi,elle se prend pour une ado;
Bon,revenons aux nourritures terrestres,a 8heures,je file à
Auchan,saccager les rayons!
Bonne journée Hélène

Écrit par : christiane | 03/03/2010

Coucou Hélène !

Bien , tu as corrigé ton erreur d'URL et tu as une lectrice qui s'amène . C'est quand que tu nous invite à manger ?
Ne change pas de cuistot , hi ! Qu'il va être beau le grenier à Eliane . Ici soleil après la gelée de la nuit .

Bon mercredi bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 03/03/2010

bonjour ,
pour connaitre ton Url tu fais un clic droit sur l'en tête de ton blog ..
puis un clic sur la rubrique située en bas : "Propriétés"
et ton URL est très exactement :

http://helenemerrickparelle-meme.blog50.com/

si tu oublies le / final , ça ne marchera pas

Bonne journée

Écrit par : Zorg | 03/03/2010

Ca déjante sec dans le grenier, mais ta prose pétillante est un régal à lire. Tu dois plaire aux enfants si tu racontes des histoires improvisées, avec ce sens de la répartie et de l'à côté qui me plait beaucoup.

Je vis que tu est aussi férue de BD et de cassettes !

Je continue, bien calé dans mon fauteuil !

Le grillon

Écrit par : Christian | 28/04/2010

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique