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04/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 25

Allons faire un petit tour sous la mer. J'aimerais bien être amphibie, pour découvrir des cités englouties et nager avec les poissons dans les grands fonds

 

sous la mer jpg.jpg
Feuilleton
LES CELLULES ETOILEES
Chapitre 25

UN BRUGNON POUR LA SOIF

Encore un petit coup ?

“Emportée par le courant, Liliane échappe aux crocodiles géants. C’est pour mieux dégringoler dans les chutes bouillonnantes où grouillent des milliers de serpents d’eau venimeux. Le noeud des reptiles se délie autour d’elle tandis qu’elle sombre au fond de l’eau glacée. Le monstre des profondeurs la cueille avec sa gueule et l’engouffre dans ses entrailles.”

Visite surprise de bon matin.

- Y a quelqu’un ? Je dérange pas ?

Précédé d’un panier de pique-nique, un bonhomme en béret sonne à la grille, traverse le jardin et frappe à la porte de la cuisine. Bon, au moins, il ne ressemble pas à Rafar le Cruel. Les mains dans la vaisselle du petit-déjeuner, je peste contre l’intrus. Encore un qui veut me fourguer une encyclopédie ou une collection de brosses.

- C’est moi, Mme Liliane, M. Brugnon !

Idiot se précipite, s’empêtre dans ses propres pattes, éructe, aboie.

- Comment va ? Vous n’êtes pas malade au moins ?

- Non, ça va, pourquoi ?

M. Brugnon s’installe. Idiot, la langue pendante, pose son menton sur ses genoux. Je range les tasses et m’essuie les mains.

- Je vous ai apporté votre Bordeaux. Ce serait dommage, quand même, de le laisser perdre.

- Je pensais que vous l’auriez bu, depuis le temps.

- Ah non, un cadeau c’est sacré ! Vous allez vous régaler, votre mari et vous. Tenez, j’ai quelques gâteries pour vous requinquer, vous êtes toute pâlotte.

De son panier, il extrait une bouteille de son vin de noix, une boite de gâteaux, un sachet de friandises.

- De la guimauve maison, dit-il fièrement, vos enfants vont adorer. Et ça, tenez.

Ca, c’est un livre tout jauni, écorné, épais comme les grimoires des films d’épouvante.

- Là-dedans, il y a des gravures anciennes sur les z’Êtres des maisons.

- J’en ai marre, de cette histoire, M. Brugnon. Si vous avez le moyen de m’en débarrasser, je veux bien lire toute votre bibliothèque, sinon ...

- Ils vous embêtent encore ?

- Pire, ils me harcèlent, et je ne comprends pas ce qu’ils veulent.

M. Brugnon inspecte les murs de la cuisine.

- Ils sont là en ce moment ? Je ne suis pas sûr d’être encore capable de les voir.

- Non, dès que vous avez passé la porte, ils se sont carapatés. C’est quoi, l’astuce ?

M. Brugnon hoche la tête.

- Si je le savais. Qu’est-ce que vous buvez là ?

- Du café oriental, vous en voulez ?

- C’est pas de refus.

Deux tasses d’eau, deux cuillères de café en poudre ultra-fine, une pincée de cannelle, deux morceaux de sucre. On pose sur le feu. On tourne. On attend que ça bout. On laisse monter trois fois et on retire du feu. On verse dans les tasses. Ca mousse. Ca fume. Ca sent bon.

- Dites donc, y a autant à manger qu’à boire, dans votre café !

- C’est le marc, laissez-le se déposer au fond. Les Grecs et les Turcs le boivent aussi le plus souvent. Ca file un sacré coup de fouet !

M. Brugnon demande si on peut y inclure du calva. Je déconseille. On peut l’accompagner d’un fruit confit, c’est délicieux, ou d’un kourabié, un gâteau friand au sucre glace. Je n’en ai pas.

- Moi non plus, dit M. Brugnon, mais je vous ai apporté des bugnes dans la boite, là. Toutes fraîches de ce matin.

Qu’ont-ils donc tous, ces hommes, à se lancer dans la cuisine ? Aurais-je loupé un maillon de l’ Evolution?

- Ca vous étonne, les bugnes ? interroge M. Brugnon.

- Ben euh, un peu.

- Pendant les tournées, ma troupe et moi on essayait toutes les spécialités des régions de France, et dès que j’ai été à la retraite, je me suis amusé à apprendre quelques recettes. Tenez, je cuisine très bien le beckaofe alsacien.

- Sans blague ? Mon mari aussi !

- Ah ben, on n’a qu’à faire un concours, un de ces jours.

C’est cela, oui. Et une autre réunion de bonshommes aussi.

- Qu’y a-t-il dans votre grimoire ?

M. Brugnon sirote son café, claque la langue et enfin :

- La vie des Etres. Leurs forêts, leurs palais.

- Pourquoi faire ?

- Il faut leur donner ce qui leur manque. Ils vous tanneront jusqu’à l’obtenir.

- Oh, mais vous me l’avez déjà dit ! Vous voulez p’t’êt’ que je démolisse la maison et que je plante des arbres à la place ?

- Ca ne serait pas une forêt de toute façon.

- Ca m’aide beaucoup, M. Brugnon, vraiment !

Je retourne ma tasse.

- Qu’est-ce que vous faites ? s’étonne mon invité.

- Je vais me lire mon avenir.

Hilare, M. Brugnon renverse le fond de sa tasse sur sa soucoupe.

- Dites-moi donc si je vais gagner au loto. J’irais bien m’installer dans le Midi.

- Je me demande pourquoi vous n’y êtes pas allé directement, après nous avoir refilé votre taudis !

- Quoi ? s’esclaffe-t-il, un taudis, la maison de vos rêves ?

- De mes cauchemars, oui !

Je lui raconte quelques-uns des dits cauchemars. Il en pleure de rire.

- Vous devriez écrire des films d’horreur, avec tout le pognon que ça vous rapporterait vous pourriez partir au soleil vous aussi !

- C’est exactement ce que je fais, figurez-vous ! Et si je partais dans le même coin que vous, je tomberais encore sur des phénomènes paranormaux !

- Rien de paranormal là-dedans, grommelle mon hôte.

Pendant que le marc de café dégouline, je lui parle de mes travaux sous les toits. Il s’illumine.

- Fallait le dire plus tôt ! Montrez-moi ça !

On y va. M. Brugnon arpente le grenier. Il se gratte le menton, il avance, il recule, les sourcils froncés. On dirait qu’il cherche le secret du sourire de la Joconde. Idiot le talonne, les babines frétillantes. Le vieux a la cote avec mon chien.

- Elle est bancale, votre forêt.

Au troisième qui me dit ça, je cours chez l’armurier. Je respire à fond. Il parait que ça calme. J’avale ma salive, c’est trop long de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler.

- C’est-à-dire ?

- Tous les arbres sont de travers ; mais c’est pas grave, ils se redresseront ...

- Comment ? Tout seuls ?

- ... Ce qui cloche, c’est le manque de relief. Y a pas de perspective.

Quoi ? Après trois ans d’études aux Beaux-Arts et deux ans aux Arts Appliqués, ma perspective est nulle ?

- Mais enfin, du relief, j’en ai mis, des ombres, des volumes, des creux, des lignes de fuite ...

- Justement, personne ne peut fuir cette forêt. Elle manque d’ouvertures, elle est close. Votre grenier c’est une prison.

M. Brugnon. Jamais je n’aurais imaginé qu’il me ferait pleurer.

(A suivre !)

verte.jpg
Celle-là, déguisée en printemps, je vous l'ai déjà montré en tout petit, mais je l'aime bien, et je n'arrive pas à la produire en plus grand !
A Paris, il fait beau, je vous envoie le soleil!

 

 

11:20 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

Coucou Hélène !

Bon ! pour ta photo tout dépend où tu l'as prends si c'est sur le net certaines photos on ne peux les mettre plus grandes .

Tu ne connais pas monsieur poire à tout hasard ?
Aller maintenant plus qu'à faire des orées à la forêt ...
Ici à Roset Fluans soleil aussi , mais neige à venir , il paraît .

Bon jeudi bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 04/03/2010

Recoucou !

1- Ta photo tu peux la mettre en 500 pixels depuis le blog comme je t'ai expliqué , je crois .
2- j'ai vu que tu avais corrigé ton URL , c'est pour avoir accès à ton blog directement . Le mieux c'est de te faire connaître en allant sur les notes des blogueurs et mettre des coms , mais j'ai vu que tu le faisais déjà . Cela m'étonnerais que ton feuilleton ne plaise pas , il ne va pas plaire à tout le monde mais quand même je crois que si . Il ne faut pas baisser les bras cela va venir c'est long au début de se faire connaître . Bon courage et continue , tu verras que j'ai raison .
Bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 04/03/2010

Bonjour Hélène:prévois une clairière!
Moi aussi,j'aime le Calva(j'ai dû être normande dans une autre vie!)
Cuisine niçoise:fleurs de courges farcies ou en beignets,pissaladière,socca,poutine en omelette,stop,tu as dèja la "boufaÏsse"(t'en peu plus)
Bonne journée!

Écrit par : christiane | 04/03/2010

Je viens juste de tomber sur votre feuilleton, je ne peux pas encore le commenter car il faut que je le lise depuis le début, pas mal de chapitre à rattraper mais le peu que je viens de lire me plait beaucoup.
A plus tard pour un commentaire plus fourni
Amities
Huguette D

Écrit par : Huguette D | 04/03/2010

Coucou du jour !

Le soleil est là mais il fait froid . Va voir sur ma note du jour .
Bienvenue aux bleus ...........................

Bon vendredi bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 05/03/2010

Bonjour,

J'aime bien ton monsieur Brugnon, il a l'air d'un vieux gourou qui dit innocememnt des vérités profondes. Ce n'est pas grave, les arbres se redresseront !! et qui voit que la forêt est fermée sur elle même. Bravo pour ce dialogue pétillant.

Un grillon qui decend du singe via la pâte feuilletée.

Écrit par : Christian | 28/04/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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