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05/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 26

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 26

 

lori et gloutifleur.jpg

(Résumé : Liliane "installe" une forêt dans son grenier pour apaiser les réclamations des petites créatures de la maison. Ces jolies et envahissantes personnes peuvent se montrer aussi agressives qu'aguicheuses ; elles ne sont vues que pas Lilianee, M. Brugnon -l'ancien propriétaire de la maison- la petite Colette, et le chien Idiot)

 

LES CELLULES ETOILEES

 

Chapitre 26 :

SOUS LES ARBRES

Ce rêve-ci, je ne le montrerai pas à Benito, mon petit garçon qui pourtant n'a peur de rien :

“Elle court sous les arbres, s’empêtre dans les branches, tombe dans les ronces, rampe en s’arrachant la paume des mains, se tord les chevilles, s’accroche les cheveux dans les fourrés, déchire ses vêtements en tombant dans le ravin, se pique, se transforme en un tas de cendres fumantes ; les cavaliers de Rafar le Cruel s’élancent pour la piétiner. Liliane a le temps de se poser une question : si je suis morte, pourquoi pensé-je encore ?”

Idiot campe devant la porte du grenier. Il ne laisse passer personne, même pas moi.

- Ton chien est zinzin, remarque Henri.

- C’est le chien de Benito, pas le mien.

- Non, affirme Benito, c’est le chien de la famille.

- Benito, il aime pas laver Idiot ! claironne Colette.

Ni le promener, ni lui donner sa pâtée. Benito joue avec Idiot quand il n’a rien de mieux à faire. Idiot est le chien de la maison, donc j’en suis responsable. A présent, mon chien se prend pour un vigile. Les Trotte-Menu l’auraient-ils investi d’une mission, lui aussi ? ! Idiot quitte son poste uniquement quand la nature appelle et hop, retour sous les toits.

- Il a peut-être enterré des os sous ton gazon artificiel, suppose Henri.

Et de nous proposer son nouveau plat, un coq au vin. “Presque le même goût que celui de mon papa”, dit-il fièrement. Le délire des papilles.

Le grenier m’étant interdit, j’en profite pour potasser le livre de M. Brugnon. Il est surchargé de gravures en noir et blanc, de forêts sombres aux formes menaçantes ; des ombres de châteaux se devinent au fond d’allées obscures parsemées de pièges indistincts. Rien de bien enchanteur. Les pages de ce gros bouquin ont jauni, ses caractères gothiques décrivent des êtres malfaisants dont les exploits se résument à des guerres et des hécatombes. Ca et là surgissent des créatures mi-animales, mi-humaines. Les images déploient des armées chargeant sur des peuples affolés, des ruines de villes tarabiscotées, des immeubles pointus, effilés vers les cieux noirs comme des cathédrales calcinées. Voilà de quoi me remonter le moral. Il n’y a dans ces pages moisies aucun coquet damoiseau et aucune muguette. On se croirait dans mes cauchemars ! Parmi les cruels guerriers, j’ai l’impression de reconnaître Rafar et son gang. Les vieilles pages regorgent de crapauds, de loups-garous, de chevaux aîlés, d’ânes ricanant, de tueurs à la hache aux visages perdus dans la fumée ... J’examine, je détaille, je fouille, mes yeux se brouillent et tout devient aussi opaque qu’un tas de charbon.

- Vous êtes sûr d’avoir vu les mêmes créatures que moi, M. Brugnon ?

- Comment ça, vous en connaissez d’autres ?

- Dans votre livre, il n’y a pas un seul mistoulinet...

- Mistoulinet ? ricane-t-il.

Ce vieux schnock commence à m’énerver sérieusement.

- Oui, enfin, les trotte-menu, les minis, les Etres, comme vous dites, votre bouquin est bourré de monstres horribles, pas de jolies créatures. Sans compter la poussière et les moucherons, j’espère ne pas attraper la peste, par-dessus le marché!

- Vous avez mal regardé, affirme le poivrot, allez, un petit effort.

Non, pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je fête l’anniversaire de notre arrivée dans la maison. Ma journée sera consacrée à la cuisine et à la pâtisserie. Du poulet rôti au curry, avec des patates au four et des fenouils mijotés dans la sauce. Une tarte normande aux pommes.

Le soir, on fait bombance. Henri, Benito, Colette s’empiffrent, rigolent et font les fous. Ca suffit à mon bonheur.

Après plusieurs jours de siège, plus personne n’a essayé de déloger Idiot. Il s’est lassé de monter la garde en vain, a grommelé un bon coup et s’est décidé à descendre. Il était temps, les Etres jonglaient avec toutes mes affaires et me bombardaient de petits objets. J’ai foncé.

Ma forêt n’a pas bougé. Toujours bancale, toujours close.

De mes plus beaux pinceaux, de mes plus flatteuses couleurs, je me remets au travail. Des allées sous les arbres, une vaste et longue trouée vers l’infini. Inspirée malgré moi par le grimoire, j’ajoute de la brume au fond, et une silhouette de château très floue. Je pense très fort aux constructions de Gustave Doré, vastes, tendues vers le ciel, massives au coeur d’une végétation endiablée.

Avec le recul, l’ensemble manque encore de vie. Pourtant, je ne veux pas y inclure d’ animaux ou de personnages imaginaires. Cet endroit appartient aux Etres. Une petite voix me souffle de leur laisser le champ libre. A leur place, qu’aurais-je aimé trouver en ces lieux?

Des adrets de repos, des habitations, des cachettes peut-être.

Je me souviens d’une promenade familiale en forêt des Vosges. Un village en ruine laissait encore ses marques, ses murs effondrés se confondaient avec les pierres des sentiers ; je devinais des passages sous les murets couverts de mousse, des terriers où persistait un souffle ancien, où le regard humain ne savait pas saisir la présence d’un monde invisible. J’avais l’impression d’une présence, de personnages cachés, attentifs à mes gestes, disposés à m’apparaître si je patientais assez longtemps. Dans la forêt du grenier, j’ai voulu reproduire cette ambiance. Ce monde secret, je regrette de ne pas l’avoir surpris. Un jour j’y emmènerai mes trois chéris, avant que Colette ne grandisse et n’oublie l’ existence des “minis”. Qui sait ? Peut-être émergeront-ils de l’invisible et nous convieront dans leur domaine provisoirement abandonné.

- L’essentiel pour les “Etres”, c’est de se sentir chez eux, avait dit M. Brugnon.

- Et à quoi ça ressemble, chez eux, à votre avis ?

- Regardez dans le bouquin, ça peut aider. Mettez-vous à leur place.

Facile à dire. Le bouquin ne m’a rien appris. A la place de qui dois-je me mettre ? Je me promène à ras des plinthes, moi ? Seulement en passant l’aspirateur. Je m’habille comme la Folle de Chaillot ? Pas vraiment ! Je me perche sur les gens ? Si je considère les galipettes avec mon mari comme une façon de me percher sur quelqu’un, oui. Ca ne m’avance à rien. Je ne veux pas “regarder dans le bouquin” une fois de plus, il me terrifie. Pas question de transformer ma forêt en enfer.

Que manque-t-il encore dans cette forêt ? Des restaurants? Les “Etres” festoient-ils entre amis, vont-ils voter pour leurs semblables ? A tout hasard, j’ajoute des ruisseaux et des sources, des baies, des fruits, des herbes comestibles. Où trouvent-ils de quoi se parer, se parfumer ? Je dessine des rubans de feuillages, des fougères, et des fleurs dont les formes rondes évoquent autant de capiteux parfums que de fraîches senteurs. Respirer ? S’éclairer ? Je peins un faux ciel, des nuages qui passent, du bleu, des couleurs changeantes pour tous les temps.

La forêt leur appartient, aux “Etres”. Vont-ils enfin s’y intéresser ? Cesser de me confondre avec une cible ? D’utiliser ma tête et celle de Colette comme des chaises-longues ? De ricaner et de m’assourdir de jour comme de nuit ?

Trois semaines ont été nécessaires pour composer cette nouvelle forêt. Elle n’ a plus rien de bancal. Luxuriante, accueillante, chaleureuse et apaisante. Ses formes évoquent vaguement celles du grimoire, ancrées malgré moi dans ma mémoire, mais j’ai refusé d’en faire un lieu de mort et de tragédie. Elle est parfaite ma forêt, tous les êtres du monde visible et invisible en seraient satisfaits. C’est la forêt idéale des mondes merveilleux et aussi de tous les humains de la Terre, bon sang, elle est magnifique ma forêt !

Et toujours vide.

M. Grommeleck a embarqué mes dessins et réclamé quelques modifications dans mon texte des Trotte-Menu. C’est fait. Il voulait une fin heureuse, je ne me suis pas cassé la tête. Dans le livre, les petites créatures et les humains trouvent un arrangement et se partagent la maison. Utopique. Dans la réalité, je crains d’avoir à les subir toute ma vie, seule à les voir, seule à les repousser. J’avais cru les satisfaire en leur dessinant une forêt. Un scenario de rêve : ils se seraient installés là-haut, ils n’auraient plus émis un seul bruit ; ils auraient emporté leur forêt dans un autre monde. Ils auraient disparu de ma vie. Et mes cauchemars avec eux. Bernique.

Mlle Larrivoire, l’auteur de Couventine et l’orphelin, a estimé “remarquable” le côté “socialement engagé de mon imaginaire”. La couverture lui a “parlé comme une vision contemporaine et même post-moderne d’une histoire intemporelle”. Si cette bonne femme parle comme ça toute la journée, son mari doit être sourd.

Je viens de rouvrir le grimoire de M. Brugnon.

Ce n’est pas le même livre.

Ils sont partout, les Etres, ils jaillissent de toutes les pages, ils illuminent le papier doré et les gravures colorées. Les beaux, ceux de la maison. Pas les affreux de mes cauchemars. Les armées noires, les décors sinistres, je ne les trouve plus. C’en est trop.

Je ne veux plus jamais ouvrir ce livre tourmenteur. Partez ! Effacez-vous !

Et voilà les mingelets de malheur, dans leurs atours royaux, qui recommencent à jaillir des murs ; un jour leurs yeux profonds me dévisagent avec hostilité, le lendemain, ils caressent mon visage d’une étrange complicité. Je survis comme un zombie. Et si je prenais des tranquillisants ? Oui, mais qui s’occuperait de la maison, des enfants ? Et si je me mettais sérieusement à boire ? Ce serait pire ! Une seule solution pour faire bonne figure devant ma petite famille : ramer.

J’attends, je désespère. Souvent, quand Colette s’endort après le conte du soir, je vois la Souris qui rit sauter de ses draps et se poser sur ses boucles, un livre pas plus grand qu’un petit pois à la patte. Un jour je l’attraperai et je saurai ce qu’elle lit.

(A suivre)

Merci à Huguette d'avoir rejoint le petit (et patient!) cercle des fidèles lecteurs

 

 

12:16 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

coucou

Je n'ai pas de blog, et je ne suis pas "mûre" encore pour en faire un; mais j'aime bien voyager sur les blogs, (j'ai connu le monde des blogueurs par ma soeur Aliette (près des nuages), c'est le nom de son blog.
Je ne lis pas tous les blogs, il y a quelques blogs que je visite régulièrement quand ils retiennent mon attention, et d'autres épisodiquement.
Le tien a retenu mon attention car j'adore lire et ton feuilleton m'a plu. (le peu que j'en ai lu, maintenant il faut que je le prenne depuis le commencement.
Amities
Huguette D

Écrit par : Huguette D | 05/03/2010

Coucou Hélène,

Je viens d'envoyer un commentaires mais j'ai du faire une erreur il n'apparaît pas.
Donc je disais que je n'avais pas de blog, mais que j'aime bien voyager sur les blogs (j'ai connu le monde des blogueurs par ma soeur Aliette ("prés des nuages").
Je ne mets pas des commentaires sur tous les blogs que je visite, mais il y en a quelques uns que j'aime bien ou je laisse des commentaires régulièrement.
Le votre a retenu mon attention car j'aime beaucoup lire et le peu que j'ai lu de votre feuilleton a retenu mon attention. Maintenant il faut que je le lise depuis le commencement pour le comprendre et pouvoir le commenter un petit peu (je ne suis pas critique litéraire).
Amitiés
Huguette D

Écrit par : Huguette D | 05/03/2010

Coucou la Parisienne !

Bon ! trop tard , j'allais te dire pour Huguette mais elle la fait très bien .
Un peu en retard pour te lire mais bien occupée hier .
Dis donc si tu faisais un parc d'attractions à tes "minis" ,
il te ficherais la paix , hi ! je me prend au jeu .............
Ici il neige en petite bourrasque , grrrrr ! je voulais aller cueillir
des jonquilles au bois derrière chez moi . Tant pis !

Bon samedi bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 06/03/2010

Il me semble que la fin approche, je sens les minis devenir plus sociables, s'approprier le grenier coloré et bientôt le changer à leur guise. Tu racontes toujours aussi bien et la lecture de tes épisodes et juste mongue comme il faut pour moi.

Je continue à me régaler de trouvailles littéraires, où tu campes en deux lignes un personnage comme la bavarde Larrivoire. Et au détour d'un paragraphe, tu livres une vision personnele d'un voyage réellement fait dans cette forêt des Vosges.

Qu'est ce que tu devais desiner dans les marges de tes cahiers d'écolière !!

Bises du grillon qui adore conter des histoires sans savoir comment les terminer.

Écrit par : Christian | 28/04/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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