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08/03/2010

Feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 27

 

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Etant enfant, j'ai vu un film où les fleurs avaient des visages de femmes, il faut croire que ça m'a marqué ! C'était le merveilleux Baron Münchhausen, de Josef von Baky, datant de 1943.

 

 

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 27

LES TROTTE-MENU

“Enfin plongée dans un doux sommeil, Liliane est soudain secouée par un terrible tremblement de terre ; des dinosaures lui écrasent les pieds, un éléphant l’étouffe de sa trompe, un troupeau de buffles la piétine.”

Et voilà. Avec des rêves de ce genre, je suis supposée me reposer.

Gardons les yeux fermés. Sinon, mon regard va encore tomber sur un trotte-menu ou sur toute sa famille et sa cour réunies.

L’esprit vaseux, je gis près de mon chéri, fermement décidée à replonger dans le sommeil. Arrière, cauchemars ! Et c’est reparti : les bataillons n’ont pas fini de m’écrabouiller ; je sens des sabots trottiner sur mes jambes, mes cuisses, mon ventre ; sur mon estomac, les pas sont précis, insistants. C’est sûrement Idiot, il vient tout le temps se caler entre Henri et moi. Mais non. Idiot est plus lourd que ça. Ce n’est pas lui. J’entr’ouvre les paupières, le plus lentement possible. Deux yeux scrutateurs et moqueurs sont dardés sur les miens. Je ne veux pas le savoir. Je veux dormir.

Deux pieds et deux mains, légers comme des pattes d’oiseaux, foulent mon poitrail. Réveille-toi, Liliane, allez, grosse feignasse, réveille-toi. Bravement, j’écarquille les yeux. Une créature à tête de diablotin me fixe, avec une persistance malicieuse. C’est lui. Enfin, le voici.

“Ne t’en vas pas ! Reste ! Qui es-tu ? Parle-moi ! Dis-moi ce qui se passe !”

Jamais je n’ai eu aussi peur face aux mistoulinets habituels. Diablotin est un peu plus grand qu’eux ; déplié, il atteint au moins 80 cm.

Mon hôte recule, et après un dernier regard, toujours aussi perçant, repart vivement vers mes pieds. Et voici maintenant mes habituels tracassins, les trois poseurs, le prince, la princesse et le dandy chamoiré, alanguis sur le bois de lit. Le prince et sa chérie se tiennent par le bras. Le dandy joue avec son jabot. Un étrange animal est assis à ses côtés. Il ressemble à un sphynx, ce chat égyptien sans pelage. Eux aussi ont les pupilles dilatés à force de les braquer sur moi, et ils babillent dans leur dialecte. Le diablotin a disparu. J’entends près de moi le souffle régulier d’Henri endormi. La maison est silencieuse. Si je reste là sans bouger, ils vont partir. Je vais me rendormir. Refermons les yeux. Sombrons dans un rêve.

Les Etres sont perchés sur moi, un sur chaque épaule et la princesse au creux de mon bras gauche, là où je portais mes enfants quand ils étaient bébés. Les froufrous de sa robe caressent mon poignet avec le crissement particulier au taffetas.

Comme s’ils déteignaient sur moi, je me fais l’effet d’être aérienne, je me sens comme eux, vêtue de soie et de mousseline, les cheveux soyeux décorés de fleurs et de bijoux, glissant au-dessus du sol, prête à m’envoler dans leur monde disparu. Quelques minutes d’accalmie. Du moins je le crois.

Me voici dans ma forêt. Elle n’a plus rien de plat ; les trompe-l’oeil ont pris du relief, les feuilles des arbres oscillent, les fleurs exhalent d’intenses parfums, une brise zéphirienne caresse buissons et feuillages. Les allées sont décloses, et la plus vaste s’évase face à moi vers des profondeurs boisées grouillant de vie. La foule des pichots s’engouffre avec lenteur et grâce dans ce passage. Au loin dans la brume se dessine la silhouette estompée d’un palais biscornu. La princesse ouvre la marche. Le prince et le dandy me tiennent les mains. Ils m’entraînent dans la forêt bruissante. Certaines fleurs ont des visages et toute la flore palpite, comme les petits habitants aux toilettes multicolores. Leurs délicates silhouettes s’épanouissent dans ce décor à la fois froufroutant et sauvage. Dans ce monde l’agencement des végétaux, des animaux et des créatures à l’aspect humain ne ressemble que de loin au monde des “grands” . J’en oublie tout, étourdie par les senteurs et les sons, emportée par mes hôtes. La forêt fourmille de huttes secrètes, de terriers enfouis où fulgurent des regards et des cris furtifs, de nids d’où s’échappent chants et babillages.

Et soudain, c’est l’apocalypse : des griffes m’arrachent au lit, des milliers de mains crochues me traînent sur le tapis, d’immondes pattes velues et visqueuses se collent sur ma bouche, m’empêchent de crier, je suis emportée dans un tourbillon, une tornade, un tremblement de terre, une éruption volcanique, une explosion atomique, que m’arrive-t-il ?

JE NE DORS PLUS ! Je sens les marches du grenier râcler mon dos, mes flancs, tandis qu’on me hisse comme un cochon vers l’abattoir.

Mon joli rêve n’était qu’un leurre.

En réalité, me voici propulsée comme un sac poubelle au milieu du grenier, un grenier qui ne ressemble en rien à ma forêt idéale.

Autour de moi un épouvantable décor, vibrant de bruit et de fracas, émerge tout droit du grimoire de M. Brugnon. Où sont mes gracieux marmousets ? Il n’y a rien de tendre ou de charmant ici, rien que des armées de chevaliers en armure noire comme le jais, des chevaux aux yeux fous, ceinturés d’ arbres tordus et gémissants ; des oiseaux aux pattes crochues fondent sur moi de tous côtés. Alentour se battent des groupes de créatures multiformes et disparates, dans les sentiers, dans les taillis grouillent des foules enragées ; les vastes allées, perdues vers l’infini, abondent de guerriers en colère. Des membres voltigent, du sang jaillit des corps tordus. Ce monde est un enfer. Il ne vaut pas mieux que le nôtre.

Si seulement je dormais, si seulement j’étais sur le point de me réveiller. Mais non. C’est bien réel. Je hurle le nom d’Henri, ceux de Benito et de Colette, comme s’ils pouvaient m’entendre, comme si, en volant à mon secours, ils sauraient venir à bout de ce chaos indescriptible. Personne ne me secourt. Cette forêt va me dévorer.

Je serre mes mains contre ma poitrine, je me recroqueville et demeure plantée là, bousculée de toutes parts ; je tombe, me roule en boule pour esquiver les combats. De tous côtés, on brandit des armes bizarres. Les forcenés s’attaquent aussi à mains nues, avec fureur. Ils se déchirent, se détruisent, croirait-on, par la seule force de leur haine, exhibant au moment voulu un épieu de leurs manches, une falarique de leurs chausses, utilisant leurs pieds, leurs dents et leurs griffes. Brinquebalée une fois de trop, me voici au centre d’une mêlée. Des centaines de trotte-menu me cernent. Mes trois chaperons habituels sont perchés sur un amas fumant de victimes, leurs précieux vêtements en lambeaux.

Autour de moi, il n’y a que décombres, ruines, désolation. Je recule et m’empêtre dans des amas immondes. Lentement, trop lentement j’essaie de fuir. Les trotte-menu, leurs adversaires, leurs victimes, tous ces êtres incohérents à mes yeux, demeurent dans leur multitude. Un pas après l’autre, au ralenti, longtemps longtemps, je m’éloigne, je prends du recul. Je sors du grenier. Personne ne me retient. Personne ne m’attend de l’autre côté.

Sur le palier, je m’effondre et disparais dans un sommeil sans rêves ni cauchemars.

Au matin, j’ai couru vers mes enfants. Un petit camion sur l’oreiller, Benito dormait. Colette aussi, un sourire béat sur la frimousse ; dans sa main elle serrait un petit livre doré. Celui de la Souris qui rit. La souris s’était éclipsée. Je n’ai pas osé écarter les doigts de ma fille, pour ne pas la réveiller, et je ne sais toujours pas ce que la Souris lit.

Henri respirait paisiblement, encore assoupi.

Je suis allée dans la salle de bains me laver de la nuit, mais surtout pour vérifier si j’étais toujours moi-même. Oui. Liliane, mais avec des morceaux de bois noirci dans les cheveux, de l’herbe rouge collée aux mains, des feuilles calcinées sur la peau. Couverte de bleus, d’ecchymoses, de coupures.

Une douche prolongée vient à bout de la crasse et du sang, des pansements et des vêtements bien couvrant dissimulent les plaies. Elles ne sont pas profondes. Je pourrai prétexter d’une chute le moment venu.

- Comme tu as bonne mine, ma Liliane chérie, s’exclame Henri au petit-déjeuner, tu es toute rose ! Et déjà prête, c’est incroyable ! Je ne t’ai même pas entendue te lever !

- M’an, t’as fait un beau rêve affreux ? dit Benito

- Dis-moi, mon fils, tu n’en as pas assez de mes élucubrations ?

- Ah non, alors, vas-y raconte !

Que lui dire, à part des récits de combats entre les Etres, nommés parfois, faute de mieux, gobelins, diablotins, lutins, ou monstres en langage humain ? Les Etres, qui sont-ils ? Le saurai-je jamais ?

- Ils sont pas gentils, tes amis, remarque Colette.

Elle devine tout, sans même avoir la moindre idée des événements de la nuit. Elle aussi s’habitue au récit de mes stupides cauchemars. Je ne sais pas si elle y voit un lien avec ses copains “minis”.

- Alors, tu commences un autre livre ? s’enquiert mon mari, ça lui a plu, à l’autre grommeleau, tes petits monstres ?

- Comment ça finit, Manman ? demande Colette.

- Je ne te l’ai pas lu, ma petite fille ? Eh bien tout finit bien dans la maison, les petits êtres s’en vont dans leur château et laissent tranquille la famille qui les a accueillis.

- Ah bon, fait Benito, déçu. Je croyais que c’était un livre-catastrophe.

- C’en est un, mais qui finit bien, explique son Papa. C’est quand même de la littérature pour les jeunes.

- N’empêche, ronchonne Benito, une grosse catastrophe, ça serait plus marrant.

- M. Grommeleck n’était pas d’accord avec ce genre de fin, expliqué-je à mon fils, j’ai pourtant insisté !

- Alors, tu as d’autre projets ?

- J’ai toujours en cours ce bouquin d’épouvante avec des monstres cauchemardesques ...

- Ah ça c’est bien, dit Benito.

- ... sinon, je n’ai pas d’autre livre à illustrer pour M. Grommeleck. Je suis fatiguée, et je voudrais arranger un peu la maison.

- Ne te casse pas la tête, dit Henri, la maison est très bien, pense à toi d’abord. Prends un petit moment pour réfléchir à ta prochaine oeuvre!

Mon oeuvre. Oeuvre? Ouvrage, c’est mieux. Oeuvre, pour moi, c’est Les Misérables, ou Mme Bovary. Ou encore Le Comte de Monte Cristo ; Les Illusions Perdues. Toute la Comédie Humaine de Balzac. Huysmans. Conrad. London... Dickens... “Les Trotte-Menu”, tu parles d’une oeuvre!

Je devais avoir l’air triste, parce que le soir même Henri est rentré avec un gros bouquet de fleurs et une boite de petits gâteaux sortis tout frais des mains du meilleur pâtissier.

(A suivre!)

 

10:07 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

Commentaires

Ma sœur m'a parlé de toi car elle suit ton roman depuis le début m'a-t-elle dit.
Je reviendrai essayer de le lire aussi mais pas ce matin car j'ai plein de choses à faire.
C'est un premier contact. Est-ce que tu te plais sur Blog50 ?

Bonne journée,
Bises d'Aliette

Écrit par : Aliette | 08/03/2010

Oui, blog50 n'est pas mal mais bon...

J'ai écrit moi aussi plusieurs livres avant d'avoir mon blog et je les ai passés (mais je les ai retirés maintenant, je n'ai laissé que le premier chapitre) et une histoire d'une soixantaine de pages rien que pour blog50.

Bonne journée,
Aliette

Écrit par : Aliette | 08/03/2010

Le moins que l'on puisse dire c'est que tu n'as pas un sommeille des plus léger !!! et tu ne fais pas "la gueule" en te levant ??? alors là chapeau !!!

Dis moi t'as des em....des à ton boulot pour avoir des rêves pareils ?
Moi j'ai rêvé (si je puis dire) que je décapitais mon responsable hiérarchique ... dommage que ce n'était qu'un rêve ...

Bises et tout de même je te souhaite une TRES bonne journée
Biche

Écrit par : Biche | 08/03/2010

Si tu veux voir ces premiers chapitres, va sur "mes livres" sur mon blog.
Au revoir
Aliette

Écrit par : Aliette | 08/03/2010

Coucou Hélène !

Sacrée journée de la femme qu'elle va avoir Eliane .
Bref ! comme Colette je les imagine tes petits monstres
en lisant tes chapitres , je suis aussi gamine , hi !
Tu vois j'y crois ......... Pour la bannière tu sais quoi faire ,
Allo , SOS !!!

Bonne journée à toi la femme bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 08/03/2010

J'ai commencé la lecture depuis les premiers chapitres hier après midi, j'aime bien mais il faut que je me limite à quelques chapitres par jour, car tous ces petits monstres sont captivants et il tarde de savoir la suite.

Amitiés
Huguette D

Écrit par : Huguette D | 08/03/2010

Le baron de Münchhausen !!! je me souviens encore de ce fabuleux livre d'images que dans mon enfance j'ai regardé bien souvent ...
je ne savais pas lire- je n'ai appris que très tard et avec d'énormes difficultés, j'étais, comme ils disaient bien gentiment, "un peu attardé" (tout à fait entre nous , je crois bien que je le suis resté ) - mais les dessins du baron chevauchant un boulet de canon ou attachant son cheval au clocher d'une église recouverte de neige me fascinaient..
bon ....à bientôt et n'oublie surtout pas d'éteindre la lumière en sortant ...

Écrit par : Zorg | 09/03/2010

Difficile de savoir si c'est un rêve éveillé, un cauchemar au fond de son lit ou une somnanbule qui s'ignore ! Les descritions sont précises, et je me vois bien en train de lire cette histoire à haute voix en insistant sur les adjectifs, comme dans cette phrase :
Il n’y a rien de tendre ou de charmant ici, rien que des armées de chevaliers en armure NOIRE comme le jais, des chevaux aux yeux FOUOOUUS, ceinturés d’ arbres TORRRDUS et GEMISSANTS ; des oiseaux aux pattes KKROCHUES fondent sur moi de tous côtés.

De quoi faire frémir des bambins qui en redemanderons !

Bises du grillon

Écrit par : Christian | 28/04/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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