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03/08/2010

Jeunes années (suite)

Une journée dans l’atelier

Quand le poêle commençait à chauffer dans l’atelier, une jeune fille timide, l’apprentie, arrivait les yeux baissés, murmurait un bonjour avec un semblant de sourire, et s’asseyait à la machine à coudre face à l’établi sur trétaux de Papa. Jeannine, Ginette, Jeannette, Josette ou Colette, des prénoms comme ça. Elle apportait une gamelle contenant son repas de midi. Je ne l’ai jamais vue la réchauffer, mais sans doute ce détail m’a-t-il échappé .

papa jeune.jpg Papa s’installait près d’une des deux fenêtres où il se tiendrait debout toute la journée. Inlassablement, il coupait et assemblait sur une planche de carton des petits morceaux de fourrure. Le surplus tombait à terre et formait les boukloukias. 

Quand le puzzle de fourrure était prêt, disposé suivant les lignes d’un devant, d’une manche, d’un dos de manteau, Papa le passait à Maman, assise à sa machine à coudre face à lui, côte à côte avec l’apprentie.

Les lampes, au-dessus de leurs têtes, pendaient au bout d’un fil électrique amovible, sur lequel ils tiraient pour approcher la lumière de leur ouvrage. Au bout il y avait une « olive » qui cliquait quand on appuyait dessus.

Le jeudi matin, jour sans école, à peine réveillée, je descendais chez Mme Boniface, la vieille dame qui tenait la minuscule librairie de la rue. J’achetais Mickey, mon premier illustré, suivi plus tard par Tintin, avant de choisir Fillette vers huit-neuf ans, et je remontais le lire à peine mon petit déjeuner avalé. Quand onze heures arrivaient, Maman m’expédiait faire des courses chez Félix Potin, au coin de la rue : quatre tranches de salami, cent grammes de gruyère.

On ne stockait pas. Il n’y avait pas de frigidaire, et d’ailleurs qu’en aurions-nous fait? La cuisine comme toutes les pièces, excepté l’atelier, n’était qu’une vaste glacière naturelle.

Tous les jours, je descendais plusieurs fois pour ces petites commissions au compte-goutte, une baguette moûlée par-ci chez Auger, tout en haut de la rue, ou à la boulangerie du bas qui jouxtait Félix Potin, France-Soir par-là, et tiens, vas donc chercher un clou chez le marchand de couleur, et encore, va acheter une enveloppe chez le papetier, cours donc chez la remailleuse de bas, va donner ça à la concierge, poste-moi cette lettre, va voir si le boucher peut couper deux côtes de porc...
A peine remontée, Maman me renvoyait “chez la Bretonne”, juste en bas de l’immeuble, pour y quérir un quart de beurre non salé et quatre oeufs coques, mirés avec soin par “le Breton”. C’était un tout petit restaurant - épicerie avec quelques tables et des bancs, où nous n’avons jamais mangé.

L’après-midi du jeudi, ou après l’école, je lisais et relisais mon Mickey dans l’atelier de fourrure. En grandissant, après Tintin et Fillette, il y aurait par période Pépito, Pipo, puis Line, et Ciné Révélation, avec les premiers programmes d’une télévision que nous n’avions pas.

Les parents écoutaient des feuilletons à la radio: 13 rue Courte, Signé Furax. La famille Duraton. Je préférais Signé Furax, avec sa chanson: “Tout le monde i pue,

I sent la charogne,

Y a qu’ le grand Babu

Qui sent l’eau de Cologne,

Tout le monde i pue,

I fait mal au coeur,

Y a qu’ le Grand Babu

Qu’a la bonne odeur!”

La musique du générique me donnait le frisson. Furax, avec la belle voix de Jean-Marie Amato, (qui doublait au cinéma Lee J. Cobb), grondait aux oreilles de sa chérie: “C’est pour ça que tu m’aimes, Malvina.” Et une suite de Signé Furax s’appelait L’Atoll Anatole, et les méchants se trahissaient en disant “Indibutablement” au lieu d’indubitablement. Ca me ravissait.

(A suivre...)

 

16:03 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

Commentaires

Coucou la fée Hélène !

Je ne me souviens pas de Furax mais quand j'ai lu à haute voix les paroles dans la chanson , z'amour qui est à côté de moi se met à la chanter , il me dit qu'il n'en a pas loupé un épisode , il m'a fait l'imitation de "c'est pour ça que tu m'aimes Malvina" , hi ! je suis un peu plus jeune 7 seulement , que z'amour .

Bonne soirée bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 03/08/2010

Bonsoir Hélène,

J'ai un peu froid dans l'atelier,je regarde" l'olive",la lampe "adaptable".
je vois courir cette petite fille avec une baguette qu'elle a "à peine" entamée ( c'est tellement bon l'odeur du pain chaud!).

j'imagine le papa de la fillette, son assurance affectueuse.

A la radio,pendant ce temps, j'écoute, émerveillée, la diffusion en direct de la visite de la reine ElizabethII à Paris,les lumières,le bateau mouche.

Merci pour cette note, Hélène

Bises du soir

betty

Écrit par : betty | 03/08/2010

Les vieux souvenirs de notre valise en carton cervelienne!!J'adore!! Les courses? moi, c'était d'aller porter à une dame qui m'impressionnait, les robes "smokées" que confectionnait maman!! J'allais aussi acheter de la "joue de raie" chez le poissonnier!!Miam miam!!! ts les abats qui font désormais partis des morceaux de luxe!!!!!J'habitais Vincennes à cette époque (ai eu beaucoup d'adresses depuis 1942) Pour les lectures, j'ai démarré avec Spirou puis la semaine de Suzette, Agie, Bernadette (mon côté pieu)d'ailleurs dans cette revue, j'ai appris plus de choses que dans les autres où ce n'était que de la fantaisie BD!! Mais comme j'ai su lire à 5ans, j'ai attaqué de suite, la biblio de mon père entremêlée des "malheurs de Sophie" etc..Nous avons mille et une chose qui nous traversent les neurones du souvenir, J'attend la suite des tiens!!!BISOUUUUS FAN

Écrit par : FAN | 04/08/2010

Bonjour Hélène

Une belle tranche de souvenirs tout frais encore, bien vivaces. Je t'imagine dévalant l'escalier en claquant des talons sur les marches, au grand dam de la concierge pour ce bruit qui pénètrait dans sa loge !

Visiblement, les courses chez les commerçants arrivent en tête dans les souvenirs, bien avant les devoirs et leçons. L'illustré du jeudi était aussi une priorité C'est pareil pour moi, et cela doit en être de même pour beaucoup d'enfants.

Maix Signé Furax que j'écoutais le matin sur RTL avant d'aller en cours date pour moi de 1956. Et ton impression de froid n'est elle pas celle de l'hiver 1958, où la France a grelotté pendant 6 semaines de février à mars ?


BIses du grillon

Écrit par : Christian | 04/08/2010

J'aime bien tes souvenirs ... ils m'en apportent d'autres, tous ne sont pas agréables mais tant pis ce sont nos souvenirs, l'enfance ...
Bises et bonne journée
Biche

Écrit par : Biche | 04/08/2010

J'aime bien ta vie telle que tu la racontes. Ce n'était pas du tout comme ça chez nous.
Nous habitions loin du village, des commerces, de tout, au bout de la ville où certaines copines ne voulaient pas venir me voir le jeudi parce que, disaient-elles, j'habitais trop loin.

Tu racontes toujours très bien.

Gros bisous,
Aliette

Écrit par : Aliette | 04/08/2010

Souvenirs, souvenirs....
Les voitures étant moins nombreuses qu'à notre époque maman n'hésitait pas à nous envoyez au village à bicyclette pour y faire quelques commissions que nous entassions dans les sacoches, indispensables, comme la voiture aujourd'hui.
La première radio, c'était un poste à galène que mon frère avait fabriqué dans son école, avant de nous fabriquer une véritable radio pour le passage de son CAP. C'était le bonheur.
Nous y écoutions les chansonniers, le tour de France.
Je ne laisse pas souvent de com sur ton blog Hélène, mais je lis tes notes.
Je voudrais prendre le temps de relire tes romans policiers.
Je vais parcourir maintenant "tes jeunes années"3.
J'aime bien ton écriture.
Bises.

Écrit par : pimprenelle | 08/08/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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