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05/11/2010

Papou au square

Papou au square

Papou, mon grand-père maternel, venait de temps en temps à Paris pour nous voir. Il ne travaillait plus et pouvait ainsi passer quelques mois avec nous. C’était une époque où les parents âgés n’étaient pas relégués dans une maison de retraite, ils vivaient avec leurs enfants, qu’ils soient riches ou pauvres. Quand ce n’était pas Yaya qui venait chez nous, c’était Papou, en alternance.

Papa & Papou.jpgPapou était un monsieur mince, très chic en toute circonstance. Je l’ai toujours vu porter des costumes beige ou gris, avec un gilet dessous. Tout bien repassé, impeccable. Les chaussures cirées ; jamais de sandales, même en été.

Maman disait qu’il avait été très sévère avec elle quand elle était enfant, il lui voyait un grand avenir, il voulait qu’elle parle plusieurs langues, qu’elle fasse des études. Elle-même aurait aimé être maîtresse d’école, elle aimait apprendre et enseigner. La vie en a décidé autrement, comme on dit.

Durant ses séjours à Paris, Papou habitait dans la jolie petite chambre qui allait devenir celle de ma sœur. Il avait des habitudes amusantes, il adorait le beurre et quand il y en avait, il le mangeait à la petite cuillère ! Il n’est pas « parti » à cause du cholestérol malgré ça !

Il découpait des papiers en petits carrés pour saisir des objets ou pour les envelopper, il avait horreur de toute forme de saleté ; s’il avait existé des gants de chirurgien en vente ordinaire, comme maintenant, il en aurait été le plus grand consommateur ! Maman disait : « Il est hypocondriaque ». Bien sûr je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait !

Ce qui comptait, c’était que cet adorable monsieur discret et assez peu souriant, m’aimait. Il était même, paraît-il, « faible » avec moi, il « me passait tout ». Un exemple : quand je voulais le voir ou qu’il m’emmène en promenade, je donnais des coups de pieds dans la porte de sa chambre en hurlant : « Papou ! Papou ! Viens viens ! »

Comme il était quand même fatigué par la vie et l’âge, il tentait vainement de faire une petite sieste tous les après-midi. Essayez de mettre une enfant de moins de cinq ans au lit, quand elle veut aller courir dans un jardin !

Papou geignait : « J’arrive, j’arrive, arrête de cogner à la porte ! »

Maman et Papa étaient comme toujours à la tâche dans l’atelier. Elle venait voir ce qui se passait dans le couloir. Elle me voyait démolir la porte de Papou et entendait ses plaintes, alors elle disait, mi-amusée, mi-exaspérée : « Papa, emmène la petite au jardin ! » Et lui : « Je viens, je viens ».Papou et moi.jpg

Après, il fallait décider si on irait au Square Béranger ou au Square des Vosges. Le square Béranger était au bout de la rue de Bretagne, pas loin du Marché aux Enfants Rouges. Il y avait un joli étang, avec des rochers au milieu, des canards et une sorte de maisonnette où ils pouvaient s’abriter. On avait la chance d’avoir beaucoup de moineaux autrefois, les vrais moineaux de Paris, pas que des gros pigeons et des corbeaux gras comme maintenant. Pour Papou, ces moineaux, c’était une calamité, ils lui balançaient immanquablement leurs fientes sur le crâne dégarni, et il en était malade. Il sortait son grand mouchoir de lin et s’épongeait en jurant à voix basse. Il n’avait qu’une hâte, pauvre Papou, rentrer à la maison et s’allonger un peu pour oublier ce monde cruel.

D’autres fois, on allait au Square des Vosges, au bout de la rue de Turenne. Là, il y avait pour lui le supplice de la poussette. Quand il me voyait attraper une petite poussette et une poupée, il se tournait vers Maman et suppliait : « Ah mon Dieu, non, pas la poussette, pas la poussette ! » Il savait qu’à l’aller, je la pousserais allégrement, mais qu’au retour, ce serait lui qui serait de corvée pendant que je courrais et sautillerais sur les pavés du trottoir.

Il faut se remettre dans le contexte : autrefois, les hommes se sentaient humiliés de pousser des landaux, de porter des cabas à provisions. Ils acceptaient de soulever des valises ou des malles, parce que ça c’était leur travail, c’était viril, protecteur envers leurs faibles femmes. Mais leur demander de porter triomphalement une botte de poireaux ou une poupée, c’était de la torture mentale.

Il y a eu deux hommes dans mon enfance qui m’ont vraiment aimée : Papou et Papa. « On ne sait rien » dit Jean Gabin dans une chanson, mais ça au moins, je le sais.

 

 

16:06 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

Commentaires

Que de jolis souvenirs, beaucoup comme moi n'ont pas eu le plaisir de connaitre leur papou, la vilaine guerre en a pris beaucoup, nous avions les grands mère qui nous parlais d'eux, mais nous ne connaissions que les souvenirs et les regrets des veuves, j'espère que tu as bien profité jusque bout
passe une belle soirée
amicalement
Claude

Écrit par : Claude Le Penseur du jour | 05/11/2010

Moi aussi c'était mon père qui m'aimait le plus. Son beau regard marron très doux avec moi, je m'en souviens. Par contre, il n'était pas aussi doux avec tout le monde...

Tu en as à raconter des histoires familiales.

Gros bisous,
Aliette

(clique sur "Aliette" ci-dessous, et tu trouveras mon blog)

Écrit par : Aliette | 06/11/2010

Toujours aussi croustillantes tes histoires, que du bonheur de te lire.
bisous
Marie

Écrit par : Marie | 06/11/2010

Bonsoir Hélène,

Il y a peu de temps j'évoquais sur mon blog le cas du menuisier ayant confectionné le meuble devenu rangement pour les chaussures.Ce qui m'avait frappée, chez cet homme, humble, c'était son élégance naturelle et je vois que ton regard d'enfant a enregistré cetteélégance chez ton grand-père.Que d'amour ( une fois de plus) dans cette note.J'adore le supplice de la poussette!!!

je n'ai pas eu la chance d'avoir un grand-père ( l'un est mort alors que j'étais pas encore née) et l'auter, fort autoritéaire, habitait loin..ça me manque souvent;mais j'ai le souvenir d'un grand-père extraordinaire:mon père avec mes enfants!


Continue à nous laisser explorer les chemins de ton enfance.

Bises toulousaines

betty

Écrit par : bettty | 06/11/2010

mon grand père, c'était pépère Raoul, et j'en avais parait-il un autre dont le divorce de mes parents m'a privée. Je ne pensais jamais à ce Monsieur qui était le premier adjoint au maire de la ville et que beaucoup de gens connaissaient . Un jour une dame me dit que c'était mon grand père qui l'avait mariée, j'en fus très fière , pensez donc mon pépère Raoul était si bon qu'en plus de son travail à la fonderie il allait marier les gens pour leurs rendre service! Pas une seconde je ne pensais à cet autre grand père qui ne venait pas me voir ...et pépère Raoul fut très surpris quand je lui ai dit:
" pépère, la prochaine fois que tu feras la noce, tu m'emmeneras?"
bises

Écrit par : josette | 06/11/2010

Il est beau ce regard que tu portais sur ton grand père J'ai souvenir de mon grand père paternel avec qui j'ai des souvenirs de bons moments Cela adoucissait les moments familiaux parfois un peu difficile
Il est parti quand j'avais 9 ans et m'a beaucoup manqué Lui c'était pantalonde velours Ceinture de flanelle, petit gillet je n'ai aucun souvenir de ces chaussures...Il avait une belle moustache dont il était fier et je me souviens encore de l'avoir admiré lorsqu'il la taillait

Bonne soirée Bises Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 07/11/2010

Coucou la fée Hélène !
Je n'ai pas connu mes grands-pères mais mes grands-mères si .
La maman de mon papa c'était comme ton papou elle allait d'enfant en enfant ,
c'était notre mèmère Léa et c'était une merveilleuse conteuse et avec humour ,
tous les petits-enfants les plus vieux se souviennent d'elle . Et quand elle venait chez nous
comme par hasard sur les cinq gosses que nous étions c'est avec moi qu'elle couchait ,
je boudais car mèmère Léa ronflait . Souvenirs d'enfance et j'espère que nos petits se souviendront de nous en bien ou en mal , sais pas .
Bonne soirée bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 08/11/2010

Je suis né orphelin de grands-pères...J'ai tout juste entrevu une seule fois mon arrière-grand-père Jules...J'avais trois ans.
Tu as bien de la chance d'avoir eu dans ta vie un vieux monsieur devant te supporter...
A bientôt...

Écrit par : Crabillou | 09/11/2010

Bonjour amie Hélène. Tu m'as amusé avec ton papou'net'...petite "peste va" t'avais pas honte de le martyriser...hihi Ah!, comme j'aurai voulu connaitre le mien...je sais par maman que c'était un homme bon et courageux, mais sa "vie trop dure" lui a écourté la vie
j'ai un peu connu ma "mémé" si bonne, mais déja si vieille à 50ans. oui, avant ils restaien à la maison mais parfois dans nos montagnes dans de bien piètres conditions... Un coin près du poéle, parfois remballés, isolés, plein de pipi...oui, c'était ça aussi la vieillesse... reçois chère amie mon amitié et bises Noélus

Écrit par : l'alpin | 09/11/2010

Tu menais ton grand-père par le bout du nez et lui qui avait été strict avec ses enfants était devenu un papou gâteau !! Mais quel bien il t’a fait dans ta petite jeunesse, en te distribuant de l’amour à la petite cuillère.

Bises du grillon

Écrit par : Christian | 24/11/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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