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28/02/2011

Boulevard du Crime

 

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Boulevard du Crime

Dans Les Enfants du Paradis, on voit le Boulevard du Crime envahi par les Parisiens, les fêtards, les banlieusards, les artistes… Arletty y rencontre Pierre Brasseur, « Paris est tout petit pour des gens qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour ». Et elle s’en va, « emportée par la foule ». Elle porte des boucles d’oreilles en forme de cœur ; j’en ai cherché après avoir vu le film, c’est dire que ma quête dure depuis plusieurs décennies !

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Mon souvenir de ce fameux boulevard, qui n’est autre que le boulevard Saint Martin, est moins achalandé. Il démarre à la station Strasbourg Saint Denis et se termine à la République. La station de métro Saint Martin a été fermée car trop proche de Strasbourg Saint Denis.

Le Boulevard Saint Martin est en hauteur des deux côtés. Sur un des trottoirs, il y avait un grand magasin de linoleum. Des gros rouleaux multicolores se répandaient jusque sur les pavés. Plus haut, le beau Théâtre Saint Martin,qui existe toujours heureusement, avec ses colonnades et ses statues. Je n’y suis jamais entrée.rideau theatre.jpg

Un peu plus loin vers la République, une curieuse boutique « Vêtements coloniaux » ! Dans les vitrines, des mannequins arboraient des tenues beige, shorts, chemises, sahariennes, et des chapeaux en forme de casques. On ne voit ces tenues aujourd’hui qu’en feuilletant de vieilles bandes dessinées, Tintin au Congo pour la plus célèbre. Ni mes parents ni moi n’y avons jamais mis les pieds, qu’aurions-nous fait de vêtements coloniaux ?! C’est tout juste si je savais où se trouvait l’Afrique, avant de suivre les cours de géographie à l’école. Cependant, il m’arrivait de trouver ces tailleurs clairs, et très chers, très élégants derrière leur vitrine !

Un peu plus loin, un magasin pour les peintres et les artistes, avec tous les accessoires et produits de couleurs : on y vendait des figurines en bois articulé, mannequins très utiles pour effectuer les croquis. J’en ai acheté une, étant étudiante, je me demande encore avec quels sous, tellement nous étions serrés côté budget. Le vendeur m’a montré un autre mannequin, en forme de cheval, mais je n’ai pas compris à l’époque à quel point c’était précieux, ça n’existe plus, c’était peut-être le dernier cheval fabriqué à la main et articulé pour servir de modèle. Je le regrette comme tant d’autres choses… Et justement, un des regrets que sûrement beaucoup de mes contemporains partagent, c’est la destruction du plus joli théâtre de Paris, en plein cœur du Boulevard Saint Martin, avec sa petite place et sa station de métro ancienne : le Théâtre de l’Ambigu.au theatre.jpg

Ce petit théâtre, sa petite place, sa ravissante station de métro, ont été abattus impitoyablement pour laisser place à un hideux immeuble moderne de bureau. L’Ambigu recevait chaque jeudi le Petit Théâtre de Roland Pillain, des spectacles destinés aux enfants. J’y suis allée une fois, accompagnée par Maman, et ai été très impressionnée par la foule. Les enfants montaient sur la scène, je ne sais pourquoi, et j’y suis allée aussi, complètement terrorisée, poussée sans doute de force ! ne réussissant pas à bafouiller un mot. Et Roland Pillain qui vociférait –gentiment bien sûr- mais c’était déjà trop violent pour une petite comme moi.

Il y avait une fête après, costumée je crois, et dans la salle où m’a emmenée Maman, des tas d’enfants dansaient, sautaient, riaient et criaient, j’ai eu tellement peur que Maman m’a ramenée à la maison. Elle a fait quelques réflexions méprisantes et apitoyées, comme si j’étais vraiment une créature à part, ratatinée, et p’t-êt’ bien que j’en étais, une créature à part, un lémurien « moitié chat moitié grenouille », comme les bestioles que je dessine maintenant, « not of this world » comme on dit en anglais !

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Ce souvenir à la fois navrant et comique ne m’a pas empêchée d’être chaque fois éblouie quand je passais devant ce délicieux Théâtre de l’Ambigu. Sans penser « c’était mieux avant », je trouve quand même que le modernisme à tout prix, sans discernement, a déglingué beaucoup de jolis monuments.
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En marchant vers la République, on tombait sur un renfoncement et deux rues se rejoignant de travers sur le boulevard ; entre les deux : le cinéma Les Folies. J’avais entre seize et vingt ans quand je me suis retrouvée à vivre seule avec Papa (une longue et douloureuse histoire) et tous deux nous allions souvent le dimanche aux Folies. C’était une grande salle, rouge comme je les aime, avec cette odeur particulière du velours poussiéreux et du parfum des cinémas d’autrefois, très capiteux, « Houbigant » disait-on. Une fois, nous sommes allés l’après-midi voir un western, la salle était presque vide, un personnage tire sur un autre, un spectateur a dit à voix haute « Et voilà le travail »… en grec ! Ce qui donne : « afto itann ! » phonétiquement. Papa et moi on s’est gondolé pendant la moitié du film. A un moment, un cowboy cassait des œufs dans une poêle et les faisait frire avec du lard. Papa et moi nous avons eu tellement l’eau à la bouche qu’aussitôt après le film, nous avons foncé à la maison pour manger des œufs frits !

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Après il y avait la Place de la République, et sur le trottoir face aux Folies : le Caveau de la République, avec les Chansonniers, très populaires dans les années 50-60. Du côté Caveau, j’ai oublié ce qu’il y avait, car c’était le trottoir de l’Ambigu, du magasin pour peintres, de la boutique coloniale et de celle des linos qui me ravissait.

(A suivre...)

Les photos sont extraites des Enfants du Paradis, de Marcel Carné, ici Arletty et Pierre Brasseur

En haut : "La Vérité" toute nue, dans le même film.

15:27 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

Commentaires

Merci Hélène pour cette promenade d'un temps où l'on pouvait se garer facilement et où l'on courait pour vite monter sur la plate-forme des bus avant que le receveur tire sur sa chaîne!!
Je les adorais ces bus!!!La République, j'y ai connu quelques cinémas et le carreau du temple, mais, même si j'y ai travaillé un peu dans ce quartier, je préférai rejoindre le boulevard des Italiens pour mon QG de l'époque "le Golf Drouot" !! Ah Arletty, quelle beauté!! En regardant les photos, j'entends encore sa voix gouailleuse, unique qui lui sied si bien!! Dans ma collection de vieux films, j'ai bien sur le VHS des "enfants du Paradis"!!Une merveille!!!! Je ne suis pas parisienne de naissance, mais, née en banlieue, je connais Paris!! J'ai juste habité un peu rue Coustou, un peu place des Fêtes, un peu bd Victor Hugo, un peu Cardinal Lemoine!! J'aurai aimé vivre place du Tertre!! mais aussi près du jardin du Luxembourg !!Bref, des rêves jamais réalisés!!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 28/02/2011

Recoucou la fée Hélène !

Tu en as des souvenirs de la vie Parisienne de ta petite jeunesse .
Je te suis dans tes souvenirs malgré que je ne connais Paris que
par la télévision . Bonne soirée bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 28/02/2011

Une belle façon de découvrir le Paris d'antan....merci bien.

Écrit par : patriarch | 01/03/2011

bien le bonjour Miss Tinguett,
ça n'a pas l'air de marcher fort ces nouvelles bannières ...
Essaie ce petit truc , on ne sait jamais :

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J'aime bien tes notes sur le "vieux" Paris....dans les années 60-70 les grands boulevards étaient encore très fréquentés et remplis d'animations ...
Je me souviens encore avec admiration du boniment des camelots qui vendaient des tas de trucs plus ou moins farfelus sur les trottoirs...et puis il y avait mon temple personnel du cinéma .. le Rex avec sa voute étoilée et ses cendriers dans le dos de chaque fauteuil ...
Je me souviens aussi très bien de cette boutique de vêtements coloniaux ...
la vitrine faisait rêver à des tas d'explorations lointaines ..
Mais te souviens tu de la boutique "Ben Chemoul" ...c'était un catcheur de l'époque glorieuse ...il y avait aussi l'Ange Blanc, le gentil et l'ignoble "Bourreau de Béthune"..
René Ben Chemoul, "Le Tigre de la lutte" avait investi dans un boutique de vêtements spécialisés dans les grandes tailles ...C'était, là aussi, au début du boulevard Saint Martin ...
Bon après midi Miss Tinguett ..

Écrit par : Zorg | 01/03/2011

Je ne connais que le Paris actuel et je crois que j'aurais aimé celui que tu racontes
Merci de nous emmener de nouveau dans tes souvenirs
J'aime!!!
Bonne soirée Bises Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 01/03/2011

ah ben m.... alors !!! voila t'y pas qui y'a plus du tout de bannière... loll
C'est bien la peine que le père Ducroc il se décarcasse ...
c'est vraiment nul ce Blog50 ..
figures toi que depuis peu je reçois des pubs Hard et X sur mon blog
à moins que ce ne soient des pubs X et Hard ...je sais plus trop mais c'est gratiné ......
jusqu'où s'arrêteront-ils ?

Écrit par : Zorg | 01/03/2011

Très jolie note Hélène. Arletty est très en beauté.

Gros bisous,

Écrit par : Aliette | 02/03/2011

Une belle balade dans le Paris d'il y a quelques temps ...
Bises

Écrit par : Biche | 02/03/2011

Bonjour fée Hélène:
Tu as une belle mémoire,car tu as gardé la trace de lieux disparus ,mais c'est la complicité avec ton père qui m'a émue.Je t'imagine,assise sur ces vieux fauteuils ,ou quelquefois des strapontins,heureuse.
Bon lundi Hélène et gros bisous
Christiane

Écrit par : christiane06 | 07/03/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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