logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

28/09/2011

Une Année au Lycée - 1

Me revoici mes Amis, je vous propose un petit feuilleton, un livre que j'avais commencé à écrire et abandonné en route, s'il vous amuse, je l'écrirai au jour le jour, on verra bien si je tiens le coup ! S'il ne vous intéresse pas, dites-le moi, je changerai de sujet.

 

UNE ANNEE AU LYCEE

1 - Premier Jour en Sixième

- Pourquoi ne vas-tu pas chez Betty? s’impatiente Maman, au lieu de traîner dans mes pattes, tu vois bien que ce n’est pas le moment!

Maman s’énerve rarement, mais aujourd’hui, elle est débordée.

Sa copine, Madame Dieudonné, vient de lui rapporter des Antilles des coupons de madras et d’étoffes tissées de fils dorés, du batik et des monceaux de fanfreluches ; Maman, qui exerce le métier de couturière, en est plus excitée qu’une guêpe par un pot de confiture.

- Allez Jacqueline, trépigne-t-elle, les bras chargés de baluchons, sors de cette pièce, fais-moi plaisir, je n’y arriverai jamais avec toi qui pends là comme ça.

- Je pends?

Maman hausse les épaules. Vexée, je vais m’enfermer dans ma chambre.LN cachée.jpg

J’ai beaucoup de soucis, moi aussi : je rentre en sixième demain ; avec mes deux meilleures amies, Betty Sloboda, qui habite à l’étage au-dessus, et Joséphine Dieudonné, qui vit avec sa famille nombreuse rue de Poitou.

Moi aussi j’ai envie de regarder les trésors que sa mère est en train de déballer à Maman. Je retourne dans le salon.

Les deux mamans n’en finissent pas de brasser des perles, de renifler des épices et des parfums en poussant des “oh” et des “ah” d’extase, elles patassent dans les huiles et les onguents aux odeurs délicieuses. Des objets chatoyants et des vêtements multicolores brillent sur la table, les fauteuils, le canapé.

Maman agite son verre de punch, les joues roses, l’oeil pétillant

- Te revoilà, toi! Tu verras tout ça plus tard, dit-elle, laisse-nous trier avant le retour des petits.

Les petits : Ma soeur Aurélie, trois ans et demi, qui aime la maternelle où elle a déjà plein d’amoureux, et Augustin, mon petit frère de deux ans et demi, qui déteste la maternelle, même s’il y compte des minuscules admiratrices. Je les imagine tous les deux en train de semer la pagaille dans le bazar de Mam Dieudonné ! Leurs petites mains sales, la morve d’Augustin, leurs criailleries. Ils m’énervent! Je vais dans ma chamber, mais ça ne me console pas : je la partage encore avec Aurélie, j’aimerais bien avoir un coin à moi.

Assise à mon bureau couvert de cahiers et de classeurs neufs, prêts pour la rentrée des classes, je rumine en regardant par la fenêtre. En face, au même étage que nous, il y a une fabrique de chapeaux. D’ici j’aperçois les ouvrières manier des morceaux de toiles, des étamines, et des rubans, des fleurs, des plumes. Au moins deux fois par jour, elles se passent une boîte de chocolats en riant. Quand je les observe trop longtemps, il y en a toujours une qui lève les yeux et m’adresse un signe, et les autres en font autant en se poussant du coude et en ricanant. Je leur réponds et me recule un peu pour ne pas avoir l’air de les épier. Elles finissent par m’oublier.

LN déprim table.jpg

Hier soir, veille de la rentrée, j’étais si énervée que je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. Entrer en sixième, ce n’est pas une mince affaire. J’imaginais qu’au matin, toute la famille allait m’accompagner en bas de l’immeuble et me souhaiter bonne chance en agitant des drapeaux.

Le soleil s’est levé, la terre a continué de tourner, la maison n’a subi aucun chambardement.

En fait d’escorte, Maman était tellement occupée avec Aurélie et Augustin ce matin, qu’elle m’a à peine effleuré la joue avant de me dire : “Amuse-toi bien ma chérie. N’oublie pas de confirmer ton inscription à la demi-pension. A ce soir.”

Amuse-toi bien. On s’amuse au lycée?

Au moment où je sortais sur le palier, Betty descendait de chez elle. Sous ses beaux cheveux roux, elle était pâle comme la neige.

- Ca ne va pas?

- Oh la la, a geint Betty.

- Oh la la quoi?

Avec un soupir:

- J’ai peur, a-t-elle dit.

- Moi aussi, j’ai mal au ventre en plus, c’est horrible.

On marchait côte à côte sans parler. Le trajet vers le Lycée Victor Hugo était plus long que celui de l’école primaire de la rue Debelleyme, où nous allions encore l’an dernier.

- Tu rentres déjeuner à midi?

- Non, m’a dit Betty d’un ton accablé, ma mère m’a inscrite à la cantine.

- Moi aussi, elle dit que ce serait trop fatigant de faire l’aller-retour tous les midis.

- Quel cauchemar!

Le soleil brillait, mais à moi le ciel semblait gris ; il faisait doux, mais moi j’avais froid. C’était une belle journée, mais moi je voulais retourner me coucher.

- Y aura peut-être des filles sympas, a suggéré Betty

- Pff, si elles sont aussi bêtes que l’an dernier, merci bien! En plus y aura des garçons

- Beurk!

Bientôt, bien trop tôt, nous avons tourné sur la droite dans la rue de Turenne, pour rejoindre la rue de Sévigné où se dresse, imposant et sombre, le Lycée Victor Hugo. Maman le trouve “pimpant, tout frais ravalé d’une éclatante couleur lumière”, voilà bien une vision d’artiste!

Une foule s’agglutinait devant le portail.

Notre premier souci, à Betty et à moi : retrouver notre amie Joséphine. A nous trois, nous formons “le trio imbattable”, c’est notre surnom secret.

Joséphine babillait avec deux de ses soeurs et embrassait sa mère déjà prête pour le marché, un caddie coincé contre sa hanche, un de ses bébés accroché sur le dos.

Après maintes embrassades et exclamations, un peu ragaillardie, collée à mes deux amies, j’ai franchi le seuil de la grande école.

Portées par la cohue, plusieurs de mes anciennes copines de classe se bousculaient dans le hall, les unes gaies et excitées, les autres livides et anxieuses.

Il y a eu des coups de sifflet ; des hommes et des femmes inconnues ont parqué les élèves dans une grande cour carrée. Peu à peu, le bavardage s’est tu.

Toutes les filles se regardaient de travers comme à chaque rentrée. Comme d’habitude, les garçons faisaient bande à part.

C’était beaucoup moins joyeux qu’à l’école primaire, où nous nous connaissions tous depuis des années. On se lançait bien des petits signes, mais l’ambiance demeurait froide.

Pendant l’appel, Betty se mit à rougir de façon inquiétante ; moi, au contraire, je blêmissais tout en me demandant si je n’allais pas m’évanouir comme la Dame aux Camélias que je venais de voir à la télé. Une tomate et une boule de neige côte à côte!

Quand la surveillante a lu mon nom “Jacqueline Demètre”, j’ai eu du mal à soulever mes pieds, comme si mes semelles adhéraient à des enclumes.

(A suivre ...)

 

 

17:14 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : entrée en sixième, tout change

Commentaires

J'attends de voir comment tes semelles ont décollé du bitume et t'ont portée en salle de classe.
Moi, je n'avais même pas de copine, j'arrivais d'ailleurs...
Bises
Geneviève

Écrit par : Geneviève | 28/09/2011

C'est vrai que c'est l'aventure la 6ème pour une petite fille .....
C'est un peu mon état d'esprit actuel, à la pensée d'aller prendre l'avion dans une semaine.....
C'est toujours la première fois qui coûte.
Bonne soirée.
Anita.

Écrit par : anita | 28/09/2011

Coucou la lycéenne !
Non , on va laisser de côté la fée qui est restée dans son grenier .
Te revoilà plein d'entrain et cela me fait plaisir . Je n'ai pas connu le lycée
après mon certif l'usine Kelton , les montres . J'attends la suite pour
savoir si tu n'as pas pâmé ............ j'aime .
Bonne soirée gros bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 28/09/2011

ce n'est pas facile de changer de "décors".... merci pour ce récit.

Je suis entré en internat en 6ème...

belle journée avec bises

Écrit par : patriarch | 29/09/2011

Ben di don, la fée nous revient avec des souvenirs d'adolescence!!Bravo! l'entrée en 6ème, c'est un évènement, on devient responsable!!un cahier de textes à gérer, finie l'affection de la maîtresse ou du maître, il faut penser que le collège, c'est pour commencer à apprendre à être adulte et c'est terrible lorsque c'est juste l'année où les parents décident de partir pour vivre ailleurs!!Plus de copines ou copains sur lesquels s'appuyer et rigoler pour décompresser!! VIVE LA MATERNELLE!!!!!!!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 29/09/2011

Bonjour Hélène...ta rentrée me fait penser à une où je changeais de quartier et ou tellement timide, que j'en oubliais de rentrer en classe. C'est donc la maitresse, heureusement gentille, qui vint me faire rentrer. Mais quelle angoisse! J'ai bien aimé le mot ''patasser'' qui nous est connu. Bonne journée amie Hélène. Bises de mon village noélus

Écrit par : l'alpin | 29/09/2011

Que de souvenirs ...Je revois mon entrée en internat avec une copine tres dégourdie qui me disait "tu verras on auras plus les parents sur le dos et on va bien en profiter"
Comme toi moi j'étais morte de trouille
il faut dire que je me suis vite habituée et en ai profité
Bises à vous deux et à tres vite pour lire la suite
Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 30/09/2011

Et moi donc ! Je me revois dans le hall du pensionnat réconfortant un plus petit que moi qui avait aussi le cœur au bord des lèvres. Si les parents savaient la détresse des enfants à ce moment là, peut être auraient-ils hésité...

Écrit par : Jeanmi | 30/09/2011

ah ça y est c'est reparti pour un tour , cela me manquait un peu , alors j'attends la suite des evenements.
bises

Écrit par : josette | 01/10/2011

Quelle horreur tu me rappelle ma rentrée en pension ! heureusement ils n'ont pas voulu me garder car la journée je me controlais mais la nuit, toutes les nuits, j'étais somnenbule et ça foutait la trouille aux copines et bien sur un "bordel" pas possible.
Youpi suis rentrée à la maison !!!
Bises et bien heureuse de tes nouvelles

Écrit par : Biche | 02/10/2011

Un petit bonjour. Bon dimanche
Geneviève

Écrit par : Geneviève | 02/10/2011

Bonjour Hélène

Pour la première note, nous sommes tout de suite dans l'ambiance d'une rentrée dans le monde inconnu du collège. Tu ne peux que continuer, après nous avoir mis l'eau l'eau à la bouche. J'avoue que mes souvenirs sont différents des tiens, car l'école primaire et le Lycée était un seul et même batiment. Les "petits" jouaient dans la cour du bas, les "grands" dans celle du haut. Et la même ombre des platanes tombaient sur les deux !!

Je n'ai pas connu cette hantise de la nouveauté à ce passage là.

Bises du grillon

Écrit par : Christian | 06/10/2011

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique