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17/10/2011

Lycée - 5 La Crise d'Augustin

AUGUSTIN PIQUE UNE CRISE

Ce soir à mon retour du lycée, la maman de Joséphine, Mme Dieudonné et une de ses soeurs étaient à la maison, à bavarder avec Maman. Elles circulaient entre la cuisine et la salle à manger. Sur la table, au lieu des couverts du dîner, de nouveaux coupons de tissus et des amas de perles brillaient de toutes les couleurs.

boulangerie.jpg - Regarde donc ce que nous a apporté Mme Dieudonné, dit Maman, je vais pouvoir créer des modèles magnifiques avec ces merveilles et comme il y en a des quantités, nous allons travailler ensemble à des costumes pour une fête antillaise!

- C’est bien, M’an.

Elle m’a regardée avec surprise. D’habitude, je suis subjuguée par ses travaux, je n’en finis pas de tripoter les étoffes, de réclamer des explications sur ses travaux de couture.

Au lieu de ça, je me suis tristement plongée dans une version d’allemand.

Je suis trop ennuyée par ma brouille avec Betty.

Elle fait comme si elle ne me connaissait pas. Joséphine court de l’une à l’autre avec des petits mots vengeurs ou des messages qui ne valent pas mieux. Quand il nous arrive d’être côte à côte, Betty et moi, en gymnastique par exemple, pincées et dédaigneuses, nous n’avons pas l’air plus malin que deux navets oubliés près d’une cocotte de soupe.

- Jacqueline et Betty, répète Joséphine, vous êtes bêtes comme des pieds qui ne marchent pas. Si vous continuez à vous fai’e la tête, moi je me choisis d’autres amies!bistrot parisien.jpg

A la maison, c’est le branle-bas de combat.

Ce soir Papa, qui travaille comme rédacteur dans un magazine hebdomadaire, est rentré plus tôt de son bureau, plantant là une réunion de rédaction.

- Et c’était très important! gronde-t-il, je remplace plusieurs personnes absentes ce mois-ci, je suis débordé par les articles et les corrections! Que se passe-t-il ici?

Augustin, mon petit frère de trois ans, est en larmes, il s’agrippe à Maman et tente d’attraper le pied de Papa.

- Ah, mais qu’a-t-il donc, ce ouistiti? grogne Papa, qui d’habitude est plus gentil que mille Pères Noël réunis. J’espère que c’est assez grave pour m’avoir dérangé!

- Paaapaaaaa..... râle Augustin.

- Allons Louis, cesse de terroriser cet enfant, dit Maman, tu vois bien qu’il est en crise.

- Terrorisé? Mais quand ne l’est-il pas? s’ emporte Papa, a-t-il de la fièvre? Une otite? une appencidite? A-t-il avalé une arrête? de la mort aux rats? Non? Alors, pourquoi me faire courir comme ça?

Marché du Temple.jpg Parce qu’il est plus fatigué que fâché, Papa finit par se calmer et par s’asseoir dans un fauteuil. Maman m’adresse des grimaces incompréhensibles, en secouant la tête vers le buffet, et puis vers la cuisine. Je me sens de plus en plus nouille, tandis que ses joues rosissent et que ses yeux roulent en tous sens!

Je finis par deviner et m’en vais chercher un grand verre d’eau fraîche pour Papa. En revenant de la cuisine, j’ attrape à tout hasard une bouteille de ouzo dans le buffet et je pose le tout sur la table basse devant Papa.

- Merci ma choupinette, me dit-il; tu n’aurais pas quelques “meze” aussi? Ta grand-mère a fait des feuilles de vigne farcis, et regarde s’il reste des olives de Kalamata, et tiens, apporte-moi donc aussi un peu de tarama avec un quignon de bâtard. Merci ma grande.

On dirait qu’il a oublié Augustin, mais une fois avalé deux trois bouchées et autant de gorgées, il soupire d’aise et remarque nos têtes:

- Mais qu’as-tu Delphine? Tu es toute rouge ! Prends un apéritif et des hors d’oeuvre avec moi!

- Il est trop tôt, Louis, je vais m’endormir si je bois une goutte d’alcool.

- Finette, pose donc ce moutard par terre, enfin! Il est assez grand maintenant pour s’asseoir comme tout le monde! Et pour aller à la maternelle aussi d’ailleurs.

Augustin n’attendait que ce mot, “maternelle”, pour se remettre à piailler. C’est bien simple: chaque fois que Maman fait mine de le quitter après l’avoir confié aux bons soins d’une maîtresse, Augustin se pend à ses basques et refuse de la lâcher. Ses hurlements ressemblent tellement à un signal d’alarme que le libraire qui se trouve juste à côté de l’école maternelle, rue de Turenne, a même appelé les pompiers l’autre jour.

Rien à faire. Augustin ne veut pas quitter la maison.bar de l'Ambigü .jpg

- Que faire? dit Papa, veux-tu que je le conduise moi-même demain matin?

- Tu ferais ça? dit Maman, oh oui, essaie, Louis, avec ton autorité, ça marchera peut-être.

L’autorité de Papa, en voilà une nouvelle. Mes frères Léon et Barnabé, qui viennent d’arriver et assistent à la scène en mâchant des sandwiches, se mettent à rire si forts qu’on les somme de finir leur vacarme dans leur chambre. Maman me lance un regard suppliant

- Jacqueline, ton lycée est tout près de la maternelle, que dirais-tu d’aller jeter un petit coup d’oeil entre deux cours? Ou à la récréation? Ou en rentrant le soir?

- Mais, M’an, tu ne te rends pas compte? Je n’ai pas les mêmes horaires qu’Augustin! Et tu me vois avec ce champignon accroché à ma jambe tout le long de la rue de Turenne, avec les élèves de mon lycée qui vont se moquer de moi?

- Oh, les enfants, vous êtes trop compliqués! Ton amie Joséphine ne fait pas tant d’ histoires, elle, pour s’occuper de ses frères et soeurs!

Et retoc. J’en veux à Joséphine, sur le coup, parce qu’elle est exactement comme le dit Maman, jamais gênée de transporter un bébé sur les bras, ou de rentrer au lycée avec un bavoir dans la poche et un nounours oublié à sa ceinture, après avoir conduit une ribambelle de frères et soeurs à leur école respective.

Comme j’avais des devoirs à finir, la discussion s’est arrêtée là.

(A suivre...)

(Photos de haut en bas :

• une boulangerie où  je m'arrêtais pour acheter du réglisse avant d'aller à l'école

• Un vrai bistro parisien

• Le Marché du Temple

• Le bar de l'Ambigü, un petit théâtre merveilleux dont je vous ai déjà parlé et qui a été démoli)

 

18:22 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : années 60, entrée en maternelle

Commentaires

Coucou du soir la lycéenne !
La vie Parisienne en ce temps là était sûrement moins stressante .
La vie en famille me rappelle la mienne d'où j'étais l'ainée de 5 enfants ,
et les 2 petits frères et 2 petites soeurs à surveiller , nous avions à peu près
2 kilomètre à chaque fois = 4x2 par jour même le jeudi pour le cathé , puis
le dimanche matin pour la messe , mais ce n'était pas une corvée c'était comme ça ...
Bonne soirée gros bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 17/10/2011

Bonsoir

Comme tu as dit que la composition familiale n'était pas tout à fait exacte, je prends l'histoire comme tu la décris. Mais si tu étais l'aînée d'une famille de 5, tu serais moins regardante pour t'occuper d'un morveux de 3 ans, qui te craindrait d'ailleurs bien plus que sa maman, sachant que sa grande soeur est bien capable de le pincer très fort en cachette s'il n'obéit pas !!

Je t'embrasse

Écrit par : Christian | 17/10/2011

Tu devrais écrire un roman..... Belle journée. Bises

Écrit par : patriarch | 18/10/2011

J'attends de savoir si l'autorité paternelle va agir. Pauvre Augustin, 3 ans, c'est petit pour aller à l'école. Dire que maintenant on les met encore plus tôt. C'est inhumain !
Bon,
alors Augustin, il va falloir devenir un grand bonhomme et quittant les jupes de maman.
Bisous
Geneviève

Écrit par : Geneviève | 18/10/2011

Tiens, j'ai reconnu le carreau du Temple!!! Sacré Augustin qui ne veut pas quitter le cocon familial!! Pourtant chantons 'Famille nombreuse, famille heureuse..." Que d'anecdotes à raconter!!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 18/10/2011

C'est sûr que toi les bouquins, s'ils disparaissaient, tu regretterais !Alors surtout ne les jetons pas. Même moisis, même tout "débrochés" (j'ignore si ce mot existe).

Dominique

Écrit par : papydompointcom | 19/10/2011

J'adore les livres-papier que j'ai chez moi par centaines. Je viens d'acheter un livre qui me manquait dans une saga suédoise. Je lis en ce moment quatre livres en même temps , selon mon humeur et l'endroit où je suis assise.
Les bienveillantes de Jonathan Littell, le tailleur de pierre de Camilla Läckberg, la chute des géants de Ken Follet dont les autres livres aussi pavé les uns comme les autres.

Écrit par : sarah | 20/10/2011

voilà les feuilles de vigne et les olives, nous sommes bien depaysés par ces habitudes que nous ne connaissons pas .
une jolie scène que les "deux navets oubliés près d'une cocotte de soupe "ont du vivre pour de bon. C'est si bien décrit .
bises

Écrit par : josette | 20/10/2011

Bizare
J'avais pour une fois mis une note assez longue que je ne vois pas? Elle s'est perdue quelque part entre charleville et Paris
Peu de temps Je reviendrai
Bises à vous deux

Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 21/10/2011

Paris d'hier, ça devait être cool à cette époque!
Tu me rappelle moi, qui était obligée de garder mon petit frère ,le dernier car nous étions 7.
Maintenant beaucoup sont seul dehors très tôt cause travail des parents.
Bisous de nous deux,
Anne-Marie

Écrit par : Anne-Marie | 22/10/2011

Serait-il capricieux le petit Augustin ? Peut-être un peu plus chouchouté car étant le plus petit.
Attendons la suite.
Bises

Écrit par : pimprenelle | 24/10/2011

Augustin un prénom attachant, c'était celui de mon grand-père. Les prénom d'antan renviennent et à chacun je revois un ancêtre : Louise une de mes petites nièces, porte le prénom d'une arrière grand tante ; Jeanne sa cousine porte le prénom de maman, Emile mon petit neveu porte le prénom d'un grand oncle que j'ai connu. Je revois le visage oublié de certains, et je suis attendrie.
Il est rare que je lise en entier les histoires sur le net, je préfère le papier. Une simple explication, j'aime choisir l'endroit où je désire m'arrêter et reprendre la lecture au moment qui me plait.
Merci à bientôt

Écrit par : charline | 25/10/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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