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30/10/2011

Une fée pour patienter

 

Fée fatiguée.jpg

Embarquée dans les visites de famille, la Toussaint et tout ce qui s'ensuit, j'arrête les histoires pour vous offrir une petite fée, un peu lamentable, mais j'espère mignonne quand même !

Gros bisous à tous. A tout de suite !

 

17:55 Écrit par Hélène Merrick dans Dessins | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : entr'acte

25/10/2011

Lycée - 6 Augustin et la fontaine

Une Année au Lycée

- 6 -

Augustin et la fontaine

En rentrant du lycée, à quatre heures, je suis tombée sur Joséphine qui accompagnait Betty, et je me suis imposée, puisque c’était mon chemin aussi.

On quitte la rue de Sévigné, on tourne à gauche dans la rue de Turenne. On passe devant la maternelle. Je sais que ma petite sœur Aurélie s’y plait, je me demande si Augustin y est allé aujourd’hui.lutin timide.jpg

Voilà qu’une dame jaillit en trombe de l’école, juste sous notre nez. Les cheveux hirsutes, elle psalmodie : « Mon Dieu,mon Dieu, que vais-je dire à Mme Demètre ? »

Joséphine, Betty et moi nous échangeons un regard stupéfait. C’est bien de Maman que cette personne parle ? Betty m’attrape par le bras et crie :

-Madame, Madame ! C’est Jacqueline Demètre ! Mme Demètre, c’est sa mère !

-Mon Dieu, Mon Dieu, ma pauvre petite, Augustin !

-Quoi, Augustin ?

-Il s’est enfui!

-Tout seul ?

-Quand ?

-Où ?

-On ne sait pas, il n’est plus là !

Je me suis mise à courir dans la rue de Turenne, j’ai traversé en trombe la rue du Pont aux Choux et me suis engouffrée dans notre immeuble. Joséphine et Betty m’ont suivie tant bien que mal, en haletant sous le poids de leurs cartables.

- Lili! Attends! Qu’est-ce que tu fais ?

Je sonne, je ne sais plus où sont mes clés. Maman ouvre, souriante. Je n’ai plus de souffle :

- M’an, où il est Augustin ?

Maman a blêmi. Elle m’a poussée, s’est jetée dans l’escalier et a galopé jusqu’à la maternelle en hurlant « Augustin ! Augustin ! Augustin ! »

Galvanisées par ses cris, Betty, Joséphine et moi, on s’est mise aussi à glapir aux trousses de Maman, et ça faisait un raffut du tonnerre dans le quartier. En tournant au coin de la rue de Poitou, j’ai remarqué, on se demande pourquoi, que le charcutier avait sorti sur le trottoir sa table ronde avec les kilomètres de boudin en spirale tout fumant. Normal, c’est mardi, jour du boudin. Ca sent incroyablement bon, ça donne faim, mais ce n’était pas le moment de saliver.

En route, des mamans qui allaient récupérer leurs mouflets à la maternelle, demandaient ce qui se passait, on répondait sans s’arrêter, et certaines se joignaient au troupeau, tout ce joli monde braillant « Augustin ! Augustin ! »

Ce petit renard était assis tout bête sur la margelle d’une fontaine, un peu plus loin sur le trottoir d’en face de l’école. J’aurais dû deviner. Il veut toujours y aller quand on part vers le Square des Vosges, tout au bout de la rue de Turenne. Augustin avait l’air contrit, avec ce regard en dessous, honteux, qu’adoptent les chiens quand on se moque d’eux.

Maman a failli l’étouffer en le serrant contre elle, il a pleuré, forcément, pour l’apitoyer. On est rentré.trio clamart.jpg

Le nabot s’est tellement arraché la glotte à brâmer que les parents ont pris leur décision. Augustin va rester à la maison un an de plus.

Et si moi je fuguais ? Et si je pleurais trois jours durant ? Me laisseraient-ils rester à la maison ?

« Tu peux toujours rêver » ont conclu Joséphine et Betty.

Du coup, j’ai réclamé du boudin pour le dîner. Papa est venu avec moi pour mesurer le morceau. Le charcutier était très content.

(A suivre)

(à gauche : années 70, Maman, Papa et moi, ce doit être ma soeur qui prend la photo)

 

 

 

13:48 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : années 60, entrée en maternelle

17/10/2011

Lycée - 5 La Crise d'Augustin

AUGUSTIN PIQUE UNE CRISE

Ce soir à mon retour du lycée, la maman de Joséphine, Mme Dieudonné et une de ses soeurs étaient à la maison, à bavarder avec Maman. Elles circulaient entre la cuisine et la salle à manger. Sur la table, au lieu des couverts du dîner, de nouveaux coupons de tissus et des amas de perles brillaient de toutes les couleurs.

boulangerie.jpg - Regarde donc ce que nous a apporté Mme Dieudonné, dit Maman, je vais pouvoir créer des modèles magnifiques avec ces merveilles et comme il y en a des quantités, nous allons travailler ensemble à des costumes pour une fête antillaise!

- C’est bien, M’an.

Elle m’a regardée avec surprise. D’habitude, je suis subjuguée par ses travaux, je n’en finis pas de tripoter les étoffes, de réclamer des explications sur ses travaux de couture.

Au lieu de ça, je me suis tristement plongée dans une version d’allemand.

Je suis trop ennuyée par ma brouille avec Betty.

Elle fait comme si elle ne me connaissait pas. Joséphine court de l’une à l’autre avec des petits mots vengeurs ou des messages qui ne valent pas mieux. Quand il nous arrive d’être côte à côte, Betty et moi, en gymnastique par exemple, pincées et dédaigneuses, nous n’avons pas l’air plus malin que deux navets oubliés près d’une cocotte de soupe.

- Jacqueline et Betty, répète Joséphine, vous êtes bêtes comme des pieds qui ne marchent pas. Si vous continuez à vous fai’e la tête, moi je me choisis d’autres amies!bistrot parisien.jpg

A la maison, c’est le branle-bas de combat.

Ce soir Papa, qui travaille comme rédacteur dans un magazine hebdomadaire, est rentré plus tôt de son bureau, plantant là une réunion de rédaction.

- Et c’était très important! gronde-t-il, je remplace plusieurs personnes absentes ce mois-ci, je suis débordé par les articles et les corrections! Que se passe-t-il ici?

Augustin, mon petit frère de trois ans, est en larmes, il s’agrippe à Maman et tente d’attraper le pied de Papa.

- Ah, mais qu’a-t-il donc, ce ouistiti? grogne Papa, qui d’habitude est plus gentil que mille Pères Noël réunis. J’espère que c’est assez grave pour m’avoir dérangé!

- Paaapaaaaa..... râle Augustin.

- Allons Louis, cesse de terroriser cet enfant, dit Maman, tu vois bien qu’il est en crise.

- Terrorisé? Mais quand ne l’est-il pas? s’ emporte Papa, a-t-il de la fièvre? Une otite? une appencidite? A-t-il avalé une arrête? de la mort aux rats? Non? Alors, pourquoi me faire courir comme ça?

Marché du Temple.jpg Parce qu’il est plus fatigué que fâché, Papa finit par se calmer et par s’asseoir dans un fauteuil. Maman m’adresse des grimaces incompréhensibles, en secouant la tête vers le buffet, et puis vers la cuisine. Je me sens de plus en plus nouille, tandis que ses joues rosissent et que ses yeux roulent en tous sens!

Je finis par deviner et m’en vais chercher un grand verre d’eau fraîche pour Papa. En revenant de la cuisine, j’ attrape à tout hasard une bouteille de ouzo dans le buffet et je pose le tout sur la table basse devant Papa.

- Merci ma choupinette, me dit-il; tu n’aurais pas quelques “meze” aussi? Ta grand-mère a fait des feuilles de vigne farcis, et regarde s’il reste des olives de Kalamata, et tiens, apporte-moi donc aussi un peu de tarama avec un quignon de bâtard. Merci ma grande.

On dirait qu’il a oublié Augustin, mais une fois avalé deux trois bouchées et autant de gorgées, il soupire d’aise et remarque nos têtes:

- Mais qu’as-tu Delphine? Tu es toute rouge ! Prends un apéritif et des hors d’oeuvre avec moi!

- Il est trop tôt, Louis, je vais m’endormir si je bois une goutte d’alcool.

- Finette, pose donc ce moutard par terre, enfin! Il est assez grand maintenant pour s’asseoir comme tout le monde! Et pour aller à la maternelle aussi d’ailleurs.

Augustin n’attendait que ce mot, “maternelle”, pour se remettre à piailler. C’est bien simple: chaque fois que Maman fait mine de le quitter après l’avoir confié aux bons soins d’une maîtresse, Augustin se pend à ses basques et refuse de la lâcher. Ses hurlements ressemblent tellement à un signal d’alarme que le libraire qui se trouve juste à côté de l’école maternelle, rue de Turenne, a même appelé les pompiers l’autre jour.

Rien à faire. Augustin ne veut pas quitter la maison.bar de l'Ambigü .jpg

- Que faire? dit Papa, veux-tu que je le conduise moi-même demain matin?

- Tu ferais ça? dit Maman, oh oui, essaie, Louis, avec ton autorité, ça marchera peut-être.

L’autorité de Papa, en voilà une nouvelle. Mes frères Léon et Barnabé, qui viennent d’arriver et assistent à la scène en mâchant des sandwiches, se mettent à rire si forts qu’on les somme de finir leur vacarme dans leur chambre. Maman me lance un regard suppliant

- Jacqueline, ton lycée est tout près de la maternelle, que dirais-tu d’aller jeter un petit coup d’oeil entre deux cours? Ou à la récréation? Ou en rentrant le soir?

- Mais, M’an, tu ne te rends pas compte? Je n’ai pas les mêmes horaires qu’Augustin! Et tu me vois avec ce champignon accroché à ma jambe tout le long de la rue de Turenne, avec les élèves de mon lycée qui vont se moquer de moi?

- Oh, les enfants, vous êtes trop compliqués! Ton amie Joséphine ne fait pas tant d’ histoires, elle, pour s’occuper de ses frères et soeurs!

Et retoc. J’en veux à Joséphine, sur le coup, parce qu’elle est exactement comme le dit Maman, jamais gênée de transporter un bébé sur les bras, ou de rentrer au lycée avec un bavoir dans la poche et un nounours oublié à sa ceinture, après avoir conduit une ribambelle de frères et soeurs à leur école respective.

Comme j’avais des devoirs à finir, la discussion s’est arrêtée là.

(A suivre...)

(Photos de haut en bas :

• une boulangerie où  je m'arrêtais pour acheter du réglisse avant d'aller à l'école

• Un vrai bistro parisien

• Le Marché du Temple

• Le bar de l'Ambigü, un petit théâtre merveilleux dont je vous ai déjà parlé et qui a été démoli)

 

18:22 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : années 60, entrée en maternelle

14/10/2011

Lycée - 4 - Chamailleries

Une Année au Lycée – 4 - Chamailleries

C’est le matin, je grimpe vite un étage pour aller chercher Betty. Elle ouvre la porte avec un grand sourire. Elle commence à se sentir à l’aise au lycée, bien plus à l’aise que moi. Un petit pincement m’a traversé la poitrine, comme un vertige, une minuscule jalousie. Dans la cour, pendant la pause du matin, Betty donne carrément une conférence sur sa vocation : devenir vétérinaire. Les autres filles écoutent quelques instants et se détournent toutes en même temps ; un petit groupe de garçons passe près de nous.

classe 5è ?.jpg

- C’est lui, chuchotent les filles autour de nous.

Betty continuait à pérorer.

- Eh, la rouquine! dit “Lui”

S’il n’avait pas une aussi grosse voix, Betty l’aurait sans doute ignoré. Elle relève la tête, les yeux écarquillés, la bouche toute ronde. Je me recroqueville derrière elle. Papa m’a prévenue : “Les élèves les plus grands ennuient les nouveaux, le bizutage, ça a toujours existé.” Le seul mot de bizutage m’a épouvantée; de plus Papa n’a pas eu le temps de m’expliquer en quoi consiste cette opération. Et voilà qu’un garçon à la grosse voix vient s’en prendre à mon amie.

- Qu’est-ce qu’il y a, a soufflé Betty, qu’est-ce que tu veux?

Les autres élèves se sont toutes poussées, elles forment comme une voie royale, tout juste si elles ne brandissent pas des lances et des flambeaux, comme dans “Sissi impératrice”, quand Romy Schneider traverse la place Saint Marc. J’aimerais bien m’enfuir, mais je reste pétrifiée. Moi si hardie d’habitude, que m’arrive-t-il? Le lycée ne me réussit pas, je deviens peureuse, voilà une découverte que l’on n’aime pas faire sur soi-même.

“Lui” n’a pourtant pas de quoi faire peur: un garçon pas beaucoup plus grand que nous, châtain avec une grande mèche d’un côté. Il a un beau sourire et l’air moqueur, pas du tout méchant. Il prend même l’air contrit :

- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur.

Betty est toute rouge.

- Tes cheveux ressemblent à un feu de forêt, dit le gars.

Toutes les filles frémissent, gloussent, se poussent du coude. Rien que des idioties. Tout pourrait se terminer comme ça, surtout que le poète, se sentant sûrement ridicule, fait mine de s’en aller. C’est alors que j’ai la bonne idée d’éternuer. Et en plus je fais tomber toutes mes affaires, manteau, écharpe, bonnet, gants ; la surveillante nous oblige à les emporter avant de sortir dans la cour, on ne les met jamais.

“Lui” s’arrête et les ramasse, pendant que je renifle lamentablement en tortillant mon nez avec un mouchoir.

- Mon nom, c’est Alain Bouvier, il dit

- Euh, merci, laisse, ça va.

- Et toi, c’est quoi ton nom?

- Ben euh, Jacqueline Demètre, 6ème B1

- On est dans la même classe, dit Alain Bouvier d’une voix très basse.

Heureusement la cloche a sonné juste à ce moment-là.

- Euh ouais, bon, faut que j’y aille.

Alain Bouvier m’a emboité le pas et a marché près de moi jusqu’à la classe.

Je me suis esquivée dès que j’ai pu pour m’asseoir à côté de Betty. Je lui ai jeté un coup d’oeil : elle avait les joues rouges et le regard fuyant, avec la lèvre inférieure un peu pendante, comme les jours d’ examen.

- Mais qui c’est ce gars ? Ce qu’il est embêtant !

- Tu ne sais pas? a chuchoté Betty, l’air suffisant, c’est le redoublant. Il parait qu’il est brillant mais dissipé.

- Moi je le trouve collant, j’espère qu’il va me laisser tranquille!

- Qu’est-ce qu’il est beau, a chuchoté Betty, les yeux chavirés, et tu as vu, il a dit que mes cheveux étaient comme un feu de barrière!

- De forêt, quelle gourde, ma pauvre, tais-toi, on va se faire disputer.

Ca n’a pas loupé, je suis passée au tableau me débattre avec mes premières équations.

Fée Top model !.jpg Quelle journée !

Le soir, je faisais mes devoirs dans ma chambre quand Joséphine est venue me voir. Cet été, elle a passé deux mois en Martinique, et comme il fait encore beau à Paris, elle continue de porter des tissus bariolés et des ruisseaux de petites perles d’or autour du cou et sur la poitrine.

- Quelle chance tu as, je lui dis tout le temps, tu n’as pas peur de t’habiller comme tu veux, moi je n’ose pas!

- Ben, pou’quoi? Personne ne te fo’ce à mettre du marron, du noir ou du gris tous les jours!

Joséphine est la seule de sa famille à avoir du mal à prononcer les “R”, mais j’ai constaté qu’elle avait fait des progrès. A la place maintenant, elle a un petit accent bizarre.

- On a rencontré un groupe de Provençaux, ce qu’ils étaient drôles, m’a-t-elle confié, ils sont restés tout l’été p’ès de chez nous. On était tout le temps ensemble.

Comme je m’y attendais, Joséphine s’est vite adaptée au rythme du lycée. Elle se démonte rarement : “C’est pa’ce que j’ai une famille très nomb’euse, dit-elle, des catastrophes, c’est pas ça qui manque à la maison!”

Joséphine ne s’est pas encore aperçue qu’entre Betty et moi, c’est fini.

Juste parce qu’un certain Alain Bouvier ne complimente plus Betty sur sa crinière digne d’un appel aux pompiers, juste parce qu’il tourne sans arrêt autour de moi à me proposer de faire mes devoirs de maths et de physique.

- Essaie de travailler seule, me dit Papa, étonné des coups de téléphone répétés du “petit Bouvier, le fort en maths”; si tu commences à te faire assister dès les premiers mois de lycée, tu ne sauras plus rien faire.

- Fais tes devoirs avec tes amies, mais ne laisse personne les faire à ta place, ça ne servirait à rien, ajoute Maman.

Aucun des deux n’est capable de m’expliquer pourquoi ces équations rencontrent une inconnue, et puis deux, et sûrement tout un bataillon d’indésirables dans les années qui vont suivre.

- Tout ça est tellement loin derrière nous, rient-ils, nous serions bien embêtés d’avoir à résoudre de tels problèmes.

En tout cas je ne veux pas des bonnes grâces d’Alain Bouvier. A cause de lui, toutes les filles me charrient déjà, chaque fois qu’il me regarde avec un de ses sourires qui les font pâmer. C’est Betty la pire ; persuadée d’avoir les plus beaux cheveux de la terre, ce dont personne ne doute, elle s’invente des coiffures de plus en plus baroques pour attirer son attention, mais le gars, à part un “salut” distrait, ne lui accorde rien de plus.

Résultat : Betty me fait la tête. J’ai beau lui répéter :

- Puisque je te dis que je m’en moque, de ton Bouvier! Tu sais bien que mon genre, c’est ton frère !

Son frère. Il a quatorze ans et il s’appelle Romain, une vraie vedette de cinéma. Je le rencontre le plus souvent dans l’escalier, et à chaque fois je manque de m’étaler à ses pieds, tellement il est gorgeous. C’est un mot que j’ai appris en anglais : gorgeous. Rien que de le prononcer, on en comprend le sens. Papa m’a dit qu’en français, pour trouver un équivalent, il fallait chercher du côté des racines grecques. Papa écrit dans un magazine, alors il faut suivre. Le mot en question, c’est “cataplectique”, pas cataleptique, ça n’a rien à voir. Cataplectique vient de catapliktikos, dit-il, un adjectif de grec ancien qu’on emploie encore en grec moderne et qui désigne quelqu’un de si superbe qu’on tombe quasiment malade à sa vue. Romain est cataplectique. Gorgeous et cataplectique.

N’empêche, à cause d’Alain Bouvier, le pot de colle de la classe, Betty me déteste maintenant, elle ne veut plus me parler.

(A suivre...)

(Photo : Classe de 5ème, je me trouve au premier rang, 2è en partant de la gauche)

 

18:05 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : années 60, histoires de filles

11/10/2011

Lycée - 3 - Les profs

(Résumé : Lili (Jacqueline Demètre) entre en sixième au Lycée Victor Hugo à Paris. Tout y est différent de l'Ecole Communale primaire.)

Une Année au Lycée - 3

LES PROFS

 

Quel défilé! En majorité des femmes, jeunes et moins jeunes, sympathiques ou sévères ; deux messieurs nous servent de professeurs de physique - chimie, et de mathématiques. J’ai trouvé le prof de maths drôlement beau, et je me suis promis, dans un grand élan, de faire un effort surhumain pour m’intéresser à cette abominable matière.

A chaque cours, il y a des têtes nouvelles parmi les élèves, surtout en langues, les B, les A, les C, se retrouvent en anglais, en espagnol, en allemand. Quand j’entre en classe la dernière, après m’être perdue dans les couloirs, trente paires d’yeux inconnus se collent à moi; il faut alors trouver une place sans trébucher sur les cartables, ne pas me placer trop près du professeur, trop loin de la porte, trop près ou trop loin des radiateurs, ou trop au fond avec les cancres. Atroce. Et ça va durer toute une année!

 

lycée 58:59.jpg

A peine assise, je découvre le professeur du moment, et je compulse l’emploi du temps, persuadée d’avoir oublié un devoir, un livre, une leçon.

Ce matin, dans le grand flot qui m’emportait vers le cours d’allemand, je cherchais désespérément mes deux amies. Joséphine et Betty étaient sûrement déjà entrées dans leurs classes. Je m’assois, commence à sortir un cahier, un stylo, je pose ma bouteille d’encre sur le pupitre en bois. A l’école, on avait des plumes qu’on trempait dans un trou sur le bureau, rempli d’encre. Maintenant, on a des stylos à encre, qui se vident très vite. On les remplit dans sa propre bouteille, en s’en collant partout sur les doigts.

Pendant que je m’active, m’essuie les mains sur mon tablier, - ici on dit blouse-, je ne fais pas attention au prof. Soudain, j’entends : « Buenas Dias » ! Flûte ! Je me suis trompée de cours ! Ach, Wo ist der prof d’allemand- deutsch ? Hébétée, je regarde la prof d’espagnol, rapetissée de honte ; il va falloir lui dire, devant toutes ces pécores, que j’ai fait la bourde du mois. Je lève timidement la main : « Madame… Je me suis trompée de classe ». Sous les ricanements je rampe vers la porte et m’enfuis en galopant. Je vais en plus être en retard au cours d’allemand ! Rentrer dans le cours devant toutes ces filles aux yeux cruels ! Maman, t’es où ? Viens me chercher !

« Asseyez-vous ! » m’intime la prof d’allemand, Mme Von chais pas quoi. Sévère mais pas vindicative, c’est déjà ça. Rebelote, cahier, stylo, encre, barbouillages, tablier cochonné, sueur, rougeur, envie d’évasion, sentiment profond d’horreur et de fatalité.

« Maineténan, a bardir d’aujourdouai, nous né barlerons qu’allémangne, z’est gombri, mè bédites démoizelles ? »

Mais qu’est-ce qu’elle dit ? Je regarde de tous les côtés, affolée. Les autres filles ont l’air placide, elles sortent de leur cartable un livre qu’elles ouvrent à la bonne page, mais laquelle ? Comment font-elles ?

Pourquoi j’ai toujours l’impression de débarquer d’une autre planète ?

-Vous !

Qui ça ?

-Vous, au deuxième rang

Zut, c’est moi.

-Lisez !

Je lis quoi ? Ma voisine me pousse du coude et souffle « page huit, le début ! » Bon j’y vais. Un couac sort de ma gorge, la prof Von Truc Oppenheimer menace : « Voyons vodre brononziassion ! »

Là devant moi, sur cette page couverte de hiéroglyphes, je me jette sans filet dans le vide d’un monde que personne sur cette Terre ne souhaiterait volontairement explorer : « Deutschland bestand nur noch aus Ruinen –da tauchte darüber dieses Gesicht auf, klar, hell, mädchenhaft, mutig. »

Ah bon ? « Gut » dit sobrement Mme Von Truc Klein. Vraiment ? J’ai « gut » ? Ouf elle va peut-être me laisser reprendre ma respiration, maintenant ? Je commence à comprendre mon grand-père, Papou, quand il dit « Laisse-moi respirer, Lili, je ne suis plus le gaillard d’avant », et il soupire, et il respire bruyamment, la main sur le cœur.

-Bonne journée ma chérie ? me dit Maman quand je rentre le soir.

-M’oui, M’an, j’ai parlé allemand

-Bien, bien, tu as des devoirs à faire ?

-Non pas encore

-Alors viens m’aider dans la cuisine.

 

(A suivre...)

(Sur la photo, je suis au premier rang, la 3ème en partant de la gauche. On avait toutes l'air d'avoir les cheveux noirs, mais il y avait surtout du châtain, un peu de roux, si beau, très peu de blond. Avec le temps et les cheveux blancs qui s'y mêlent, les couleurs ne retrouvent jamais le beau châtain brillant de l'enfance)

 

10/10/2011

Un Vote de plus!

Hélène et sa poupée Anaïs.jpgMes Amis, vous m'avez perturbée "grave" avec vos réactions à mon feuilleton sur le Lycée ! Voici le problème :

• Au départ, c'est un roman, dans cette histoire, il y a du vrai et du faux.

- Le vrai, c'est la rentrée en sixième, le cirque de changement de classes et de professeurs, le quartier, le nom de ma copine Betty.

- Le faux, c'est le nom de "l'héroïne" (Jacqueline, dite Lili), la composition de sa famille (frères et soeurs en pagaille), la profession de la maman et du papa, le lieu exact du lycée, la mixité des cours. Ce n'était pas comme ça "en vrai" !

• Voilà ma perplexité : que souhaitez-vous lire ? Un roman, basé sur quelques faits réels ? ou ma vraie vie, ma vraie rentrée, ma vraie famille (c'est beaucoup moins folklorique, mais j'ai remarqué que l'âge aidant, moi-même je ne lis plus de romans, mais des auto-biographies!)

• Je ne fais plus de note tant que vous n'aurez pas voté... en masse !!! Na.

Gros bisous perturbés à tous !

(Photo : Lélène demande son avis à Anaïs, sa poupée joliment renfrognée. Anaïs s'en tamponne, évidemment)

12:27 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : perplexité, réalité ou fiction ?

03/10/2011

Une Année au Lycée, chap. 2

UNNE ANNEE AU LYCEE - chapitre 2

… Au ralenti j’ai rallié les autres élèves de ma classe qui attendaient d’entrer dans le préau, bien rangés par deux.

Betty, à peine prononcé son nom, “Betty Sloboda”, a poussé un soupir déchirant et s’est précipitée dans mon rang comme les passagers du Titanic avaient dû se ruer dans les rares canots de sauvetage.

On s’est donné la main en douce et c’est tout juste si nos doigts ne sont pas tombés en morceaux à force de s’étreindre. Quelle chance, nous sommes dans la même classe!

- Sixième B1, a dit la surveillante générale, restez groupées, je vais vous remettre votre emploi du temps et le plan de vos salles de classe. Il est susceptible de changer, mais pour l’instant, conservez-le précieusement.

« Joséphine Dieudonné ! » Ouf ! Joséphine est dans la même classe ; ensemble, on tiendra mieux le coup.

 

lycée.jpgOn n’a pas eu le temps de se réjouir : chacune a reçu un emploi du temps et un plan du lycée. Un labyrinthe et un fouillis de colonnes avec des abréviations obscures comme du chinois.

 

C’est là que j’ai compris : plus rien ne serait comme avant.

Avant, à l’Ecole Communale, chaque année on avait une maîtresse, une seule, pour nous apprendre toutes les matières, sauf la gymnastique. Quelquefois on l’avait pendant deux ou trois ans, elle nous connaissait bien, on savait à qui on avait à faire. Ici, au lycée, toutes les heures, on va dans une classe différente, avec pour chaque cours un professeur différent. Comment c’est possible, ça ? Pourquoi ? C’est comme si on nous disait : « Tiens, cette année tu vivras avec tes parents, mais l’an prochain ce sera avec ceux de ta voisine, et l’année d’après, avec les parents d’un enfant vivant dans une autre ville. »

Betty, Joséphine et moi, on s’est plongé dans ce mode d’emploi avec perplexité. Soudain un coup de sifflet nous a assourdies, toutes les filles se sont mises à cavaler dans tous les sens, à se bousculer, à entrer et sortir, monter et descendre les escaliers. Moi aussi, serrant mon cartable de mes doigts tout crochus de terreur, je regardais défiler les portes des classes avec des numéros, cet étage, non l’autre, non, l’autre bâtiment, c’est pas ici, pas là non plus, mais où est cette fichue salle G1 B2 ?! Voici à quoi a ressemblé ce premier jour : courir d’une classe à l’autre, se tromper d’étage et de salle, et faire connaissance avec cinq professeurs. Un vrai parcours du combattant droublé du marathon de l’année. Au début de chaque cours, il fallait écrire son nom, son adresse, la profession des parents (qu’est-ce que ça peut leur faire ?) et même, ce qu’on « voulait devenir plus tard ». Une fois j’ai mis « pompier », l’autre, « chanteuse », après « marchande des quatre saisons », après « conductrice de trains », et pourquoi pas : « dessinatrice de mode ». Betty, à côté de moi, attrapait le fou-rire, surtout quand j’ai écrit : « dompteuse d’éléphants,comme Sandrine Bouglione ». La prof, car ce n’était que des femmes, pour l’instant, parcourait les feuilles. Elle faisait l’appel, et il lui arrivait de me lancer un coup d’œil menaçant, je regrettais alors d’avoir accepté de répondre à cette stupide question.vict hogo sévigné.jpg

Joséphine, qui a choisi espagnol en première langue, nous quitte quand arrive l’heure de son cours, Betty me laisse elle aussi pour aller en anglais, mais moi, sur un coup de tête j’ai choisi allemand en première langue. Un jour au marché, une dame a dit à maman : « On apprend plus vite l’anglais quand on a fait de l’allemand en première langue. » Du coup, mes parents, pas contrariants, m’ont laissé choisir. A l’heure des premières langues, mes deux copines et moi nous échangeons un regard affolé, avant de nous séparer dans un de ces interminables couloirs. Comment ne pas confondre les heures, les matières et les locaux ? Il y a même des bâtiments préfabriqués dans la cour, faute de place. Trop d’élèves. Et j’oublie deux détails : on continue de porter des tabliers, comme à l’école primaire, et ici c’est mixte. C’est la première fois qu’il y a des garçons dans ma classe. Pour l’instant ça ne change rien, ils restent entre eux et ne regardent même pas les filles . Ils fuient même, dès qu’un regard les croise par hasard, on dirait qu’on a la peste. Tant mieux, je n’ai pas envie qu’il me parle, ils ont l’air idiot et sournois.pont aux choux.jpeg

Quand on est sorti, à quatre heures, j’avais les jambes flageolantes ; avec mes amies, j’ai couru tout au long de la rue de Turenne. Au coin de la rue de Poitou, on s’est arrêté et on a babillé pendant un bon quart d’heure avant de rejoindre nos foyers. Betty et moi, rue du Pont aux Choux, elle au troisième étage, moi au deuxième, Joséphine n’a eu que quelques mètres à parcourir, elle habite rue de Poitou.

Ce premier soir, dans mon lit, je me suis perdue dans des cauchemars d’escaliers et de couloirs qui se terminaient dans des impasses.

(A suivre ...)

(• au milieu : Lycée Victor Hugo, rue de Sévigné

• en bas : la rue du Pont aux Choux en partant du Boulevard Beaumarchais. Tout en bas (au fond de l'image), on tourne à gauche, c'est la rue de Turenne) Je vous dessinerai un plan, ce sera peut-être plus clair!

18:06 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : entrée au lycée, paris, années 60

 
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