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10/02/2010

Feuilleton

A tous ceux qui m'ont fait l'honneur de lire les deux premiers chapitres, merci ! Voici la suite

 

LES CELLULES ETOILEES

3 - Second contact

Je m’accommode de tout, et c’est un privilège d’organiser sa journée chez soi, sans avoir à courir dans le métro et les trains de banlieue.

J’ai même une belle table à dessin offerte par un ami. Il était dessinateur industriel, et du jour au lendemain, il a tout plaqué pour devenir paysan et élever des canards. Son cadeau est tombé à pic.

En pensant au bon foie gras et aux rillettes qu’il prépare désormais, je m’attaque à Pastor et les Martiens, un sandwich à portée de main.

Entre deux esquisses, je me dégourdis les jambes, je regarde par la fenêtre.

Un cocker roux bondit dans notre jardin sans clôture ; il renifle les herbes folles et ses grandes oreilles traînent par terre ; il relève la tête et elles s’envolent comme des ailes. Une voix féminine l’appelle et il s’immobilise, les yeux grands ouverts, les sourcils dressés. Les chiens ont-ils des sourcils ? Celui-là, sans aucun doute. Dans mon champ de vision apparait une femme plutôt jeune, vêtue d’un jean et d’une veste noire. Elle porte des lunettes à large monture ; la laisse du chien est enroulée à son poignet ; elle avance sans le quitter des yeux. Au bord de notre jardin en friche, elle patiente.

- Viens, dit doucement la dame.

Le cocker remue la queue, mais ne bouge pas.

La dame se baisse, ses cheveux blonds séparés en deux cascadent en rideau sur ses joues, et alors seulement, le petit chien retourne vers elle, tout frétillant. La dame accroche la laisse à son collier et ils s’éloignent ensemble d’un même pas. J’ai mal distingué son visage, mais il se dégage d’ elle une impression de solitude et de tristesse intense qui donne le frisson.

Toute seule dans la maison, j’aimerais qu’Henri, Benito et Colette rentrent tout de suite. Cartons, malles, filets et baluchons jonchent la maison ; les meubles sont encore recouverts de sacs de jute ou de papiers d’emballage. Une existence palpitante m’attend, c’est sûr.

Je me rassieds devant mon labeur. Pastor me donne du fil à retordre, en revanche les Martiens ont une allure qui me plait bien.

La fenêtre s’est brusquement ouverte, le vent a emporté ma feuille de papier et tous mes pinceaux sont tombés par terre. Ils étaient là.

Ils rôdaient autour de moi, les uns avec des petits pieds palmés, les autres chaussés de souliers étincelants, les ailes baissées frottant sur leur passage ; ils traçaient des sillons dans le tapis. Je les entendais dans la cuisine rayer avec allégresse mon carrelage humide de nettoyant ménager. Des petites créatures furtives. Deux, puis dix, puis cent, de floues elles devenaient précises et bruyantes, jacassant à qui mieux mieux. Leur dialecte inconnu m’étourdissait.

Une grappe de bestioles au crâne pointu et à la tignasse hirsute sauta sur mes genoux. leurs vêtements s’assemblaient de façon étrange, les manches aux pieds, les chaussures à l’oreille, les gants aux genoux. Hébétée, je les chassai d’un revers de main, comme des mouches.

Je n’avais absorbé ni alcool, ni vin, ni hallucinogènes. Spontanément, je cherchai parmi les intrus le diablotin qui m’avait marché sur le ventre la nuit précédente. Il n’était pas là.

Une caravane de minuscules personnes s’ébroua à mes pieds avant de regagner un chemin précis entre la porte du jardin et la salle à manger.

Je me frottai les yeux, me pinçai, me giflai, provoquant quelques larmes, je me mouchai, me tirai les cheveux, clignai des paupières, non je ne dormais pas, je ne rêvais pas : une foule miniature avait pris possession de ma maison.

Sans réfléchir, j’ouvris le tiroir de la table sur laquelle je m’appuyai ; j’en tirai un vieux paquet de cigarettes qui moisissait là depuis la dernière fois où j’avais décidé de ne plus fumer. L’emballage tout desséché craqua sous mes doigts ; j’en désincrustai une cigarette jaunie ; elle crachota quelques brins de tabac. Mon vieux briquet fonctionnait encore. La cigarette s’alluma dans un crépitement inquiétant. J’aspirai en fermant les yeux.

Trois bouffées plus tard, l’esprit un peu brouillé, je soulevai les paupières : la porte du jardin se rabattait sur une traîne de plumes et un lambeau de voile. Les visiteurs disparurent en caquetant. Du côté de la cuisine et de l’entrée, même phénomène, le cortège se fondit dans les murs avec maintes simagrées et commentaires. A leur joyeux tohu-bohu, à leurs toilettes chatoyantes et multicolores, ces passants semblaient jaillir d’une soirée à l’Opéra, cohue de fêtards en route pour un bal costumé.

Combien de temps suis-je restée assise, hébétée ?

Saisie enfin par une pensée cohérente, je décidai de convoquer un dératiseur dans les plus brefs délais. Même si je n’avais distingué aucun museau gris et aucune queue annelée. C’était des souris, rien que des souris. Pas des êtres humains, pas des elfes ou des fées. Des rats, rien que des rats ! Hors de question d’admettre que des lutins avaient confondu ma cuisine avec une de leurs autoroutes enchantées.

Tant bien que mal, je me redressai, attrapai le caddy et les clefs de la voiture et partis faire les courses au super-marché.

Rien ne vaut la réalité pour remettre les idées en place.

La petite réalité : des socquettes, des collants, des rasoirs, des chaussettes et du savon pour toute la famille ; la grande réalité : des salades, des oeufs, des beafsteaks, du pain, des oranges, du lait. La mega-réalité : du papier Q, des tampons, une serpillère, du déboucheur, de l’eau de javel, de la lessive, du détartrant, du gel W.C.

Au retour, je croise la dame au cocker qui promène son chien.

Elle porte ses lunettes de soleil. Une grande mèche lui couvre la moitié du visage. On dirait qu’elle veut cacher ses traits autant que son humeur. Comme tout à l’heure, une laisse s’enroule à son poignet, son petit chien trottine librement une dizaine de mètres en avant. Il s’arrête régulièrement, renifle le sol, se tourne vers sa maîtresse et repart, rassuré par sa présence. Quand il s’aventure trop loin d’elle, elle l’appelle. Il s’ immobilise et la contemple, un petit air interrogatif sur sa frimousse. Elle lui dit “Viens” ! Mais il ne vient que lorsqu’elle s’accroupit. Il court alors vers elle, ses grandes oreilles battant l’air, et elle l’enlace, le soulève dans ses bras et le dorlote. Il n’est pas petit ce cocker, mais elle a l’air de l’aimer comme un bébé. Je ne l’entends pas lui susurrer ces gazouillis informes et roucoulants distillés par les gâteux des animaux et des enfants. Elle lui parle comme à une grande personne. Et le cocker la regarde comme s’il la comprenait.

(A suivre !)

09/02/2010

Les Cellules Etoilées

Merci aux curieux qui viennent sur ce modeste blog ! Je vous propose un roman sous forme de feuilleton. Aujourd'hui les deux premiers chapitres, demain la suite. Je serais curieuse d'avoir vos réactions un de ces jours. Merci et amusez-vous !

1 - Premier contact

Je dormais. D’un sommeil ordinaire, dont on oublie les rêves.

Les pas m’ont réveillée. Ils ont marché sur mes jambes, sont remontés sur mes cuisses, ont piétiné mon ventre. Sans lourdeur, sans légèreté. Des pas, rien que des pas. Ils pesaient moins lourd que ceux des pattes d’un chien ou d’un chat. Ils étaient plus aigus, plus précis. Ils n’hésitaient pas. Ils m’ont éveillée à la seconde.

Me surplomblant, les pieds sur mon estomac, les mains sur mon thorax, il y avait un être, de la hauteur d’un singe moyen, ou d’un bébé d’un an environ. L’ensemble avait une couleur foncée, ni noire, ni anthracite. Il avait des petites jambes, des pieds bien ancrés sur moi, des mains au bout de membres assez fins. Tous ces détails, je n’ai pu les reconstituer qu’après. Ce que j’ai vu et n’oublierai jamais, c’est son regard. Curieux, sans méchanceté, sans gentillesse, seulement intrigué. Légèrement amusé, et surpris peut-être. Un regard intéressé.

Je n’ai pas bougé. Je l’ai regardé et lui ai dit : “Va-t-en”.

J’ai fermé les yeux. Quand je les ai rouverts, il avait disparu.

2 - Une journée presque comme les autres

Un matin, au petit-déjeuner : autour de la table, Henri, mon mari, lit son journal et boit distraitement un café. Benito, mon fils, avale son bol de céréales avant de filer à l’école ; il a sept ans. Ma fille Colette, trois ans, babille en tapant avec une cuillère sur sa bouillie de Floraline.

Nous venons d’emménager dans une petite maison de Fresnes, banlieue de Paris, après avoir vécu longtemps dans le 12è arrondissement.

Henri replie son journal, se lève et me jette un coup d’oeil :

- Tu as mal dormi, on dirait ?

- J’ai fait des cauchemars.

- Garde-les pour toi, soupire Henri, il n’y a rien de plus barbant que les rêves des autres.

Je le pense aussi, mais Benito insiste, il veut des détails.

- C’est drôlement bien, M’an, on dirait des films d’horreur.

- Tu manges trop le soir, reproche Henri, je t’ai dit mille fois qu’une soupe suffisait, et hop, tout le monde au lit.

- C’est de ma faute, pleurniche Colette. J’oblige Maman à me lire des contes.

Henri me jette un regard noir :

- Des contes d’Edgar Poe, je parie ?

- Crois-moi, j’aimerais mieux ne rien lui raconter du tout !

Colette fond en larmes, Benito se moque de nous, Henri nous embrasse.

La routine.

- Amuse-toi bien, ma chérie.

Henri sifflote. Ce n’est pas le cas tous les jours. Quelquefois, il part travailler avec le poids du monde sur les épaules, il me jette des regards déchirants en ouvrant la porte, plus déchirants encore en démarrant sa moto.

Jusqu’à onze heures, je me suis follement amusée, j’ai déballé, rangé, nettoyé, lavé. Le quotidien.

Pas de diablotin à l’horizon.

Le coup de pompe de onze heures me propulse dans la cuisine. Un petit café grec pour me revigorer. La recette : une tasse d’eau, une cuillère de café grec ou turc très finement moulu, une pincée de canelle et un peu de sucre. On mélange le tout dans une minuscule casserole étroite à bords hauts et on attend qu’il bout. Une mousse se forme, et pour plus de goût, on fait monter les bouillons trois fois de suite. Il ne reste plus qu’à verser dans une tasse.

Ce café-là n’a pas le même goût que les autres. On peut même en boire le marc si on a le coeur solide. Je préfère le laisser dans le fond, tourner la tasse pour en imprégner les parois et la renverser sur sa soucoupe.

Quelques minutes plus tard, je la redresse à l’endroit et contemple les reliefs. Sans avoir appris à lire dans le marc de café, j’interprète les formes à mon idée. Certaines sont précises au point de m’inspirer des dessins. Mon métier, c’est de dessiner. Je le case entre deux corvées, comme tous les gens qui travaillent à domicile.

J’illustre des livres écrits par d’autres que moi, pour une collection d’albums “destinés à la jeunesse”. Le dernier en date porte un titre affriolant : “Pastor et les Martiens”.

- Pastor ? s’était esclaffé Henri, quelle andouille peut bien affubler un héros d’un nom pareil ?

- Une gourde qui vend des milliers d’albums.

- Tu ferais mieux d’en écrire toi-même, des contes, ca te ferait double salaire, et ça nous aiderait bien.

- Ecrire ? ! Je ne réussis déjà pas à rendre mes dessins dans les temps !

- Eh bien, laisse tomber ! Je travaillerai pour deux, s’énerve Henri, pour couper court à toute discussion.

Le genre de discussion stérile qui commence par :

- Ah, parce que tu crois que je n’ai rien à faire ? Tiens, par exemple, j’ai un avis de passage du facteur, quand est-ce que je vais trouver un moment pour aller faire la queue à la poste ? En plus c’est une lettre pour toi ! Pourquoi t’y vas pas ?

- Oh, ne commence pas !

Et me voilà qui démarre :

- Tu ne te rends pas compte : les mômes, les courses, la vaisselle, la lessive, le repassage, la bouffe, et en plus il faut que je ponde des beaux dessins pour des livres écrits par des abrutis !

- Ca fait des années que je te le dis : écris-les toi-même, les bouquins, si c’est des abrutis ! Personne ne t’en empêche ! Tu m’énerves à la fin !

- Ah oui, tiens, comme s’il me restait une minute pour écrire, en plus !

- Bon, soupire Henri, horripilé, rends-moi le papier de la poste, j’irai samedi matin, quand il y aura la queue jusqu’à Orly.

- Non, laisse, je vais le faire.

- Faudrait savoir.

- Oui ben, ce que je veux c’est que tu comprennes que je ne me tourne pas les pouces devant la télé toute la journée.

- Tu veux qu’on échange ? éructe Henri, tu veux te taper une heure et demi de transport dans les embouteillages, te coltiner des réunions de cinq heures, des coups de téléphone en chaîne, des paperasses à lire et des dossiers à rédiger ? Des déjeuners d’affaires indigestes ? Deux heures de bordel le soir pour rentrer ?

Et c’est parti, ça peut durer des heures, pour n’aboutir à rien. Le tonneau des Danaïdes.

Alors, on s’ arrête à temps ; Henri s’en va après un baiser et mes habituelles recommandations : “T’as pris ton téléphone ? Ton badge ? T’as des sous ? Tu m’appelles ? Tu rentres tôt ? Fais pas de bêtises ! (sous - entendu : ne te fais pas écraser, ne zigzague pas sur le périf’ et surtout pas dans Paris, ne bois pas trop, ne fume pas, prends une pause pour déjeuner, ne laisse personne t’humilier, pense que tout le monde est ridicule en caleçon, que même les patrons vont au cabinet, ne te fatigue pas”).

(A suivre...)

09:30 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : feuilleton, famille, fantastique, humour

01/02/2010

L'Autre Dumas

L'Autre Dumas (3 étoiles)

Comédie historique et romantique de Safy Nebbou, avec Gérard Depardieu, Benoit Poelvoorde, Mélanie Thierry, Catherine Mouchet, Dominique Blanc

(Sortie le 10 février)

Autrefois, les peintres et les sculpteurs travaillaient en atelier, avaient des élèves et des collaborateurs. C'était le cas aussi du grand écrivain Alexandre Dumas : dans son ombre besognait inlassablement Auguste Maquet, qui trouvait des idées et travaillait d'arrache-pied pendant que Dumas prenait des forces en  goûtant largement aux plaisirs de la vie, les femmes, la bonne chère. L'écrivain intervenait  avec son génie, son style, son sens de la construction et du rythme, son imagination et son lyrisme pour étoffer et peaufiner des œuvres comme les Trois Mousquetaires ou la Reine Margot.

En 1848, époque où Dumas et Maquet rédigeaient Le Vicomte de Bragelonne, Maquet tomba amoureux d’une jeune révolutionnaire qui le confondait avec Dumas. Le film de Safy Nebou raconte cette méprise, avec autant d’humour que de panache. L'ensemble est pétillant, les costumes éblouissants, dans une ambiance pleine d' énergie et de bonne humeur .

Dans le rôle de Maquet, Benoît Poelvoorde  est émouvant et splendide, tout en retenue et en frémissements ; face à lui, Gérard Depardieu compose un Dumas truculent, un ogre insatiable au gros rire et à la carrure impressionnante, jamais lassé d’inventer des histoires et de partager le plaisir de la création avec son double anonyme. Depardieu décrit Poelvoorde comme "fragile et exalté"; Benoit Poelvoorde voit son partenaire comme quelqu’un qui « dévore la vie, curieux de tout et proche des gens », les qualités idéales pour composer un Dumas à sa mesure et fidèle à sa légende de roi-lion au fort tempérament.

Mulâtre d’origine africo-haïtienne, Alexandre Dumas apparaissait comme un excentrique au XIX è siècle, contestataire de cœur, vivant dans l’opulence, mais surtout constamment au service absolu de la langue française et de l’Histoire de France qu’il raconte au fil de ses romans. De jolies surprises émaillent le film : la ménagerie en liberté dans le château de Monte-Cristo, un Marabout piétinant tranquillement les manuscrits dans un bureau, un étourdissant bal masqué, ou encore les caractères bien trempés des épouses, Catherine Mouchet et Dominique Blanc. La jeune républicaine qui confond Maquet avec Dumas au début du film a les traits angéliques de Mélanie Thierry, une comédienne toujours juste (elle s'est fait connaître sur scène avec "Le Vieux Juif Blonde", après avoir débuté dans un consternant Quasimodo del Paris), mais c’est le duo Poelvoorde-Depardieu qui pimente les meilleurs moments de ce film emballant.

H.M.

10:09 Écrit par Hélène Merrick dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : complicité littéraire, humour, amour

 
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