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03/03/2010

pingouins et fées

 

Voici l'image en entier pour les pingouins, avec les yeux d'une Fée qui veille sur eux !
pingoins avec Lilly jpg.jpg

 

fée fleur nuit carn.JPG

Et dans la réalité, il y a aussi des fées-fleurs qui se promènent la nuit sous les arcades !

Faites de beaux rêves

 

 

17:19 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : illustrations

revoici les pingouins!

 

pingouins sans Lilly jpg.jpg
Copains pingouins pour un beau mercredi !

 

 

10:33 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : dessin, gouache, sourire

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 24

Décidément, je me spécialise dans le plantage d'URL ! Zorg me précise qu'il faut ajouter une / après com, sinon ça ne marche toujours pas ! Donc, en trépignant, je reprends :

helenemerrickparelle-meme.blog50.com/

C'est bon là ?!

je vous conseille à tous d'aller sur le blog de Zorg, c'est hilarant !

 

gloutinains partie droite.jpg

 

 

 

Voilà le morceau qui manquait hier dans mon dessin.

Ca ne va pas changer votre vie (ni la mienne) mais je ne veux pas me laisser embêter par une colonne jaune qui cache la moitié des images

sans prévenir !

 

L'espèce de cheval ci-contre a dû s'accoupler avec un fourmilier

je me demande d'où je l'ai sorti!

 

 

 

 

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 24

 

PRISON DOREE

 

Et ça, Benito, ça te plait ?

“Liliane nage dans une lagune. Des algues remontent à la surface et lui emprisonnent les poignets. Les chevilles gluantes de sangsues, elle se démène pour ne pas couler. Une formation de caïmans converge inexorablement vers elle.”

Coup de fil de M. Grommeleck :

- Vous n’avez pas rendu la couverture, me reproche-t-il d’emblée.

Il y a bien d’autres éléments que j’aimerais lui rendre sur le plastron.

- La couverture ?

- La couverture de votre livre, Liliane, vous l’avez oubliée ? Celle de Couventine et l’orphelin.

Il va me lâcher, oui ? Je m’étrangle :

- Mais je croyais que c’était fini, cette histoire-là ?

- En fait, dit M. Gromeleck en se raclant la gorge, nous (nous?) avons conservé vos illustrations pour le livre de Mlle Larrivoire. Trouver un autre dessinateur dans un délai aussi court ... Mlle Larrivoire trouve vos oeuvres très intéressantes (Le mère Larrivoire a dû le menacer d’un procès, oui !) Ne vous inquiétez pas, vous serez payée comme prévu.

Mais si, je m’inquiète, justement, face d’escroc.

- ... mais il faudrait quand même que vous composiez sa couverture.

Ca me tue. Reprendre Couventine et son morveux maintenant. Quelle supplice.

- Ce n’est qu’un seul dessin, insiste mon bourreau, et après vous pourrez vous consacrer à la couverture de votre propre livre. Au fait, il n’a toujours pas de titre, quand allez-vous nous le communiquer ? Ca devient urgent.

Je vais le tuer. Ma forêt est bancale, les crapoussins m’épient jour et nuit, je n’ai pas la première idée de titre pour leurs méfaits, et voici que vient, en cet hiver morose, M. Grommeleck et sa carcasse flétrie, brandissant le spectre d’un chèque annulé en guise de représailles.

- Les Trotte-Menu, éructai-je soudain sans réfléchir.

- Comment ?

- “Trotte-Menu”, je vous dis, “Les Trotte-Menu”, sans “s”, c’est invariable, et c’est mon titre !

- Ah ?

Pour un croulant, il me parait bien ignorant.

Le débris abandonne. Je l’entends former avec son stylo Mont Blanc les pleins et les déliés de “Trotte-Menu”, avant de feuilleter son dictionnaire pourri. Je me traîne jusqu’à ma table à dessin.

Le Prince se balance sur les fils de nylon et joue avec la règle. Idiot lui aboie sur les chausses, mais dès que le mignolet le toise, mon chien gémit et s’écrase sur le tapis. Quel fada. Pourvu que la Princesse ne vienne pas s’installer sur ma tête, comme ça lui arrive. Impossible de la déloger, sa crinoline me couvre comme un chapeau. Cette petite personne dégage un enivrant parfum de narcisse qui me saoûle mieux qu’un pack de douze bières brunes.

Sous le regard térébrant de mon Prince de poche, vêtu des pieds à la tête de rouge écarlate, je torche vite fait un dessin de couverture pour Couventine. Un porche d’église, une fifille en jean et baskets, avec dans les bras un bébé abandonné dont on devine le couffin sur la dernière marche. Grotesque. Le Prince manifeste des signes d’impatience.

Assez lambiner. Je sens arriver le moment où il va m’arracher le papier des mains et le transformer en charpie. Je fonce sur le fax pour expédier mon croquis. La secrétaire de M. Grommeleck me rappelle:

- Et les couleurs ? demande-t-elle.

- Vous avez déjà le dessin, faites-en une photocopie correcte et donnez-la à un coloriste.

M. Grommeleck téléphone aussi sec :

- Que se passe-t-il, Liliane, vous ne voulez pas colorier votre couverture ?

Je vais le découper en rondelles.

- Si vous voulez que je le colorie, envoyez-moi un coursier dans trois heures. Ce sera prêt.

Ca lui coupe le sifflet, mais la perspective d’avoir sa couverture le soir-même l’emporte sur son avarice. OK pour le coursier. Je balance les gouaches en à-plat sur Couventine et son lardon. Je les hais.

Pour une fois, les trotte-menu m’ont épargnée. Je fulminais si fort que le rouget princier s’est dématérialisé. Qui sait, si je l’avais attrapé, je l’aurais peut-être inclus au menu d’Idiot.

Pour le dîner de ce soir, la famille est servie. Henri a concocté des dos de cabillaud au four sur lit d’aubergines mijotées. En dessert, du riz au lait maison, onctueux, sucré, vanillé, avec du lait entier. Cet homme va me faire grossir de cinq kilos par semaine si ça continue.

Quelques jours sont passés. Je suis sur le flanc. Henri commence à fatiguer sérieusement. Je le surprends à fureter autour du lave-vaisselle, du lave-linge, de l’aspirateur, du fer à repasser. Il étudie les marques de détergents et empile le courrier en souffrance dans une corbeille.

Les Etres me cernent, ils sont partout. Ma forêt de papier ne leur suffit pas. A peine avais-je donné mon dernier coup de pinceau qu’ils jaillissaient des murs du salon pour me fransquillonner à la figure. A peine avais-je terminé la couverture de l’album “Trotte-Menu” qu’ils sautillaient dans toutes les pièces en battant l’air comme des oiseaux migrateurs contrariés par le vent. Le ménage à trois, Prince, Princesse, Dandy, me poursuit même dans la chambre. Sur le bois du lit, ils me dévisagent en silence, le regard lourd de reproches. Toutes les nuits jusqu’à l’aube. Je ferme les yeux, je me noie dans des cauchemars de plus en plus pénibles. Dès que je soulève les paupières, ils sont là, les affreux, dans leurs cotillons de pacotille, leurs yeux vrillant les miens. Je ne sais pas pourquoi. Je suis en disgrâce. Et terrassée d’inquiétude.

(A suivre!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:20 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

02/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 23

 

A tous mes amis blogueurs qui n'ont pas pu accéder à mon blog pour me répondre, il s'agit d'une étourderie de ma part; mon URL est : helenemerrickparelle-meme.blog50 (j'avais oublié le trait d'union!)
Voici des petites créatures fleuries pour me faire pardonner !
gloutinains jpg.jpg
Feuilleton
LES CELLULES ETOILEES
Chapitre 23
UNE FORET A PLAT

 

Rien que pour se mettre en train :

“ ‘Saute, Liliane’, ordonne l’âne aux pièces d’or, et Liliane fait un bond dans les entrailles du volcan, là où même les morts ne vont pas.”

 

Dessiner à quatre pattes ou à plat-ventre, voilà une acrobatie que j’essaie d’éviter ; mais cette-fois-ci, il ne s’agit plus d’une planchotte de 24 cm sur 32 cm ; devant moi se déroule un serpentin de papier mesurant 40 m sur 3 m ! De quoi couvrir les quatre côtés et une partie du plafond mansardé du grenier. Toute ma technique est à revoir. Les dessinateurs qui renaclent devant une feuille de papier format raisin, 50 sur 65 cm, fuieraient illico presto.

J’ai pris mes précautions : des centaines de crayons, des fusains, des pinceaux extra-larges, des rouleaux de peintres en bâtiment. Et des gommes blanches grandes comme des briques, une trentaine de taille-crayons. Nos vieux draps troués et les torchons usés serviront de chiffons à peinture. Le tout judicieusement réparti dans des bacs en plastique.

Ma petite famille observe mes préparatifs avec circonspection.

- Tu en as pour longtemps ? me demande Henri. C’est pourquoi, ce déballage ?

- Tu verras bien !

 

Tout est en l’air dans la maison, mais Henri ne s’ en formalise pas. Je me demande même pourquoi je me fatigue tant d’habitude : trois grains de poussière de plus, une pile de linge plus haute, des assiettes oubliées dans le séchoir, qu’importe. En revanche, si je ne descends pas de mon nichoir quand mon chéri adoré rentre du boulot, si je passe le week-end dans les pots de peinture, il n’est pas content. Il faudra me contenter des jours ouvrables. Et organiser mon emploi du temps pour dessiner aussi mes deux bouquins.

A la sortie de l’école, j’attends mes enfants dans la voiture, avec mes tabliers et mes mains maculés de peinture. Une fois leur goûter avalé, iIs montent voir ce que je fabrique, pataugent un moment dans le chantier et retournent à leurs devoirs et à leurs jeux.

Un coussin sous les genoux, perdue dans les amas de papier, j’active crayons, pinceaux et couleurs, dans l’espoir de créer une forêt digne d’une population surnaturelle. A moi les courbatures et les tours de reins, mais peu importe. Les “Minis”, comme dit Colette, ont l’air content : ils se relaient pour m’observer. Tout le temps où je suis seule, ils apparaissent, par deux, par dix, parfois par cinquante. Quand ils estiment en avoir obtenu assez pour la journée, ils s’éclipsent. Ils ne déchirent plus mes dessins ; s’il faut pour ça leur inventer une forêt de papier et leur céder le grenier, alors d’accord.

J’ai imaginé des arbres et des bosquets, des feuillages et des fleurs,

ouvert des trouées par-ci par-là, pour offrir à d’éventuels promeneurs la possibilité d’explorer leur domaine. Au milieu de toute cette fausse végétation, le grenier ressemble à une clairière. J’ai d’ailleurs l’intention d’y planter de l’herbe.

- Je m’oppose à toute plantation dans le grenier, fulmine Henri, tu te rends compte ? Trimballer de la terre, de l’engrais, arroser ? Ca va traverser le plafond et niquer toute la maison. Et qui te dit que de l’herbe poussera sous ces combles ?

- Et pourquoi pas des plantes tropicales ?

- Dis-moi, Liliane, c’est un décor que tu construis ou une serre ? Parce que moi, je te suggère de transformer ce capharnaum en cellule capitonnée, ça pourrait bientôt te servir !

Laissons ce pauvre ignorant bafouer mes élans créatifs. Lui aussi est en train d’en développer. “C’est moi qui vais faire la cuisine”, a-t-il décrété après quelques dîners jambon-chips-yaourths-fruits. Désormais, il rentre du boulot avec des sacs géants de surgelés et de produits frais.

- Ce soir, je te préviens, je cuisine des côtelettes en cocotte avec des pruneaux et du fenouil.

Ca me va. Avant tout, je dois venir à bout de mon décor, même si ça me prend des mois. Les envahisseurs doivent disparaître. Ils me pourrissent la vie, me dévorent la journée. Leurs hideux collègues de la nuit pourrissent mon sommeil.

Tout a commencé la nuit où le diablotin a marché sur moi. Je ne l’ai jamais revu. Je n’ai jamais réussi à le dessiner. Son image est parasitée par des étricules issus de livres, films ou bandes dessinées. Seuls ses yeux sont incrustés dans ma mémoire. Plus vifs que tout.

Les nuits et les jours vont-ils finir par se confondre ? J’ai peur de perdre l’esprit.

Je crois oeuvrer pour les petits aristocrates de la maison, pourtant, dans ma pauvre forêt de papier, j’imagine des cavaliers, des tout petits chevaux montés par des êtres menaçants au sourire cruel. Rafar et ses sbires ? Je peins des troncs d’arbre, des brins d’herbe, et j’entends les clameurs d’une foule de fête foraine assoiffée de sang. Mes tortionnaires ? Je compose un bouquet d’arbres et aussitôt se faufilent les silhouettes des chats sauvages, ceux de mes premiers cauchemars. Chacune de ces manifestations éveille des douleurs précises, celles provoquées par des griffures, des morsures, des coups. Pourquoi s’en prend-on ainsi à moi ?

Pendant que je m’escrime là-haut avec des grognements de douleur, Henri sifflote dans la cuisine, affairé à étaler de la pâte feuilletée pour ses tartes aux épinards et au fromage de chèvre. Une de ses spécialités. Avec la tarte aux poireaux émincés, et le pot-au-feu du samedi. Il va spécialement choisir des os à moelle pas trop gros, de la viande de boeuf très tendre, de la joue et des légumes croquants. Le plat mijote des heures, et le parfum des épices et des bouquets garnis s’envole jusqu’à mes narines saturées de fixateurs et d’essence de térébenthine.

Pour éviter à mes planches de frotter les unes sur les autres, je les sépare avec du papier de soie en attendant de les accrocher aux murs. Il faudra les tronçonner en lais, comme du papier peint, avant de les fixer aux flans mansardés, les maintenir sur des tiges comme des pans de paravents. Henri, consulté, m’a acheté des punaises extra-longues et une agrafeuse de tapissier, un escabeau haut et solide, et des ciseaux à longues lames. Au bout de deux mois d’efforts, les lais s’empilent autour de moi, tels une marée montante. Il est temps.

A moi les gros bras et les petites mains : je convoque Claudie, qui appelle la Dame au cocker et deux autres greluches du quartier, amadouées par ses échantillons d’anti-rides. J’interdis aux chiens et aux enfants de mettre les pieds dans mon antre.

Entre deux crises de fous-rires, mes copines soulèvent les rouleaux de décor et les maintiennent vaillamment. Suant et pestant, je punaise et agrafe la “fresque” sur une partie du plafond et la fais courir le long du mur jusqu’au plancher. Tout est en place. Je suis fourbue. L’heure est grave. Les filles ont envie de s’asseoir et de boire un coup, et moi, de rendre mon tablier.

- Elle est bancale, ta forêt, dit Claudie.

- Y a pas assez de sentiers, remarque la dame au cocker.

- Où sont les animaux ? Les oiseaux ? Les papillons ? s’enquièrent les autres.

- C’est pas fini, je bougonne, dépitée.

Le soir venu, découragée, je guette mon chéri et son caddy de provisions. Les mistoulinets se relaient pour me reluquer sous le nez. Je ne moufte pas. Ils peuvent bien m’arracher la tête, me piétiner jusqu’à plus soif, je ne bougerai pas de mon canapé. Bientôt, une centaine déambule dans le salon, ils se concertent dans leur sabir flûtée, me lancent des regards perplexes. Une armée piaffe dans un coin. Je refuse de leur prêter attention. Idiot, les mirettes écarquillées, les oreilles frémissantes, les ignore : il se repaie d’un télé-film adapté d’un roman de Théodore Sturgeon, “Demain les chiens”. Son préféré. Mon chien rigole, moi pas. Ma forêt est bancale et mal fichue. Et elle ne sert à rien.

- Il fallait la peindre verticalement, pas par terre, affirme Henri, en nouant un tablier “Embrassez le chef” sur son survêtement. Ce soir, je fais une poule au pot.

- Ouais, c’est ce que j’aurais dû faire.

- Une poule au pot ?

- Non, peindre debout, au lieu de me casser les reins. Et même, je n’aurais rien dû peindre du tout.

- Ah ça !

Le voilà qui truffe la poule d’un savant bouquet garni, émince des légumes comme un pro, découpe des bouts de barbaque et autres ingrédients dégoûtants dont nous nous repaissons, lamentables humains.

- Tu m’as l’air bien déprimée, ma petite chérie, dit Henri.

Et de monter des oeufs en neige, de fondre du chocolat, de beurrer un moule. Une perle. Il m’énerve.

- Et dis-moi, pour quelle raison obscure nous as-tu redécoré le grenier avec une telle frénésie ?

- Ch’ais plus.

- Goûte-moi ça.

Un cake aux olives et aux lardons. Je rêve. Ca m’abat complètement.

- Si tu fais des trucs aussi bons, jamais plus tes enfants ne voudront de ma tambouille.

- Quoi ? T’es folle ! Personne ne sait mieux que toi dorer les poulets et mijoter de l’agneau au curry !

- Nan, ta cuisine est meilleure.

Grompgf, brouff, glaff, brouff, on dirait Idiot quand il s’ébroue et éternue, mais ce n’est que moi, larmoyant comme le veau dont les côtelettes ont composé notre dîner de la veille.

Câlin, bisous, mouchoir, Ricard. Retour à la case départ.

- Au fait, tu as fini ton travail pour M. Grommeleck ?

- Ouais, je lui ai fourgué une trentaine d’illustrations et trente pages de texte. Plus qu’il n’en faut pour un gros album.

- Il t’a payée ?

- J’ai signé un contrat, mais avant de recevoir le chèque, j’aurai le temps de m’inscrire au chômedu !

- Je vais lui casser la figure, à ce gros lard, s’il continue à t’exploiter !

Et de briser un kilo de noix d’un coup de poing. Et de déboucher une bouteille avec les dents. Et d’aplatir un morceau de poitrine du plat de la main. On le dirait sorti tout droit d’un film sur Attila et les Huns.

- Je pourrais peut-être acheter de la pelouse au mètre ?

- Quoi ? Ca recommence ? !

- Non, pas de la vraie, de l’herbe en plastique, ça se vend comme les rouleaux de moquette.

- Fais ce que tu veux, renonce Henri.

Et de faire sauter des crêpes jusqu’au plafond. Je n’en peux plus. Je vais me coucher.

- Et qui c’est qui va manger tout ça ? rugit le cuisinier.

 

(A suivre!)

 

 

18:12 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

01/03/2010

Feuilleton LES CELULLES ETOILEES Chapitre 22

Brando jpg.jpg

 

 

 

Voici un enchanteur un peu rigolo

qui ressemble un peu

à Marlon Brando !

 

Je ne me prends pas pour Leonard de Vinci, évidemment, ça m'amuse d'inventer mes petits modèles, j'adore dessiner sans me soucier des moqueurs. Merci à mes indulgents lecteurs !

 

 

 

 

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 22

 

(Résumé : non contents d'envahir le territoire de Liliane, les "Etres" merveilleux exigent d'elle des dessins à leur image. Le patron de Liliane est perturbé par son nouveau style d'illustrations. A la maison, peut heureusement compter sur le soutien de sa délicieuse petite famille, qui ignore les curieux tourments qu'on lui fait subir !)

 

Chapitre 22 :

GRANDS TRAVAUX À FRESNES

Il leur faut un espace ? Je l’ai. Un décor ? Je le fabriquerai.

- Où on va Manman ?

- Faire des grandes courses, ma chérie.

Mercredi, pas de garderie. J’emmène ma Colette dans un magasin de fournitures pour peintres. Je n’y trouve pas ce que je cherche, mais Colette, si. Je lui achète des tubes de gouaches, des pinceaux, du papier épais pour aquarelle, et des petites toiles préparées. J’ajoute deux accessoires qui la remplissent de joie, un rouleau et un couteau. “Je suis un vrai peintre comme toi, maintenant, tu vas voir, Manman, moi aussi je vais dessiner des minis.” Des Minis ?

Pour mes fournitures particulières, le vendeur m’aiguille sur un marchand de couleurs. Je croyais cette dénomination disparue, mais non, il en existe encore, des marchands de couleurs. Un fournisseur pour peintres mégalos, de ceux qui peignent en se roulant sur des toiles géantes ou en les foulant aux pieds. Le marchand de couleurs propose des pots de cinq à vingt kilogs de peintures pour tous supports. Mon support, je le dégote plus tard chez un fournisseur de décors pour photographes professionnels. Des toiles de fond en rouleaux de plusieurs mètres.

- On peut pas mettre tout ça dans la voiture, dis Manman ?

- Non, ma fille, on va nous les livrer.

- C’est une surprise pour Papa ?

- Ca va en être une, c’est sûr.

Quand Henri rentre à la maison, il ne trouve personne au rez-de-chaussée. “Liliane ? Colette ? Benito ?”. Idiot dévale l’escalier sur les fesses, couinant et grognant comme toujours de fureur et de douleur, se jette sur la cravate de son maître avec emportement, lui lacère le costume, lui bave sur les chaussures. Henri, stoïque, lui gratte le haut du crâne.

- On est en haut ! crié-je.

- Ah, ça faisait longtemps, ronchonne mon mari en grimpant au grenier.

Ne me dis pas que tu vas recommencer à brasser des vieilleries en hurlant à la mort tous les quarts d’heure !

- Comment ça, hurler ? T’es pas bien toi ?

- Mais qu’est-ce que c’est que ce souk ?

Colette se précipite sur son père ; Idiot lui agrippe le bas du pantalon et réussit à prendre entre ses crocs les deux jambes en même temps. Henri s’effondre entre les pots de peinture. Benito lui tend sa sucette :

- T’en veux, Papa ?

- Non ! braille le chef de la maison, moi ce que je veux, c’est un bon dîner, assis, à la table d’en bas, avec ma famille tranquille autour de moi ! Pas trois chimpanzés irresponsables en train de déchirer du papier !

- On déchire pas, dit Colette, on peint.

Pour l’instant, on étale surtout des feuilles de papier sur le sol pour ne pas tout salir, on y dispose les pots de peinture et tout le bataclan.

- Il y a un monceau de saloperies devant la maison, tu es au courant ?

- Mais oui, j’ai vidé le grenier.

- Eh bien, fulmine mon chéri adoré, on dirait une décharge ; et qui va déblayer le trottoir et le caniveau ?

- Les boueux ! crient en même temps Colette et Benito. Les boueux, les boueux, les boueux!

- Liliane ! Apprends donc à tes enfants à parler français avant de repeindre cette pièce pourrie ! En tout cas, ne compte pas sur moi pour transbahuter tes ordures, ça pourrira sur pied.

Cet homme est surmené. Je laisse tomber les pinceaux et l’embrasse fougueusement. Les enfants nous regardent avec curiosité.

- Hum, fait l’homme, adouci, qu’est-ce qu’on mange ?

- Des zaricots, des zaricots, des zaricots ! scandent les morpions.

- Quoi ? Encore ?

- Ne t’inquiète pas, ce n’est pas ce que tu crois.

Autour d’une fricassée de dinde et des haricots verts mijotés avec des tomates fraîches, du basilic et du persil, la petite famille se détend. Henri raconte comment il a fermé son clapet à un enquiquineur patenté. Colette lui détaille sa journée chez le marchand de couleurs. Benito récapitule ses progrès en rollers, oubliant qu’on lui réclame surtout de meilleurs résultats en français. Je les écoute, plaçant ici et là quelques commentaires. Inutile de leur farcir la tête avec mes projets loufoques.

(A suivre !)

 

Hermeline & Poco jpg.jpg

Et nous voici en pleine science-fiction, maintenant ! Ne cherchez pas à comprendre,laissez-vous bercer!

 

10:16 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

27/02/2010

Feuilleton LES CELULLES ETOILEES Chapitre 21

dorée dos jpg.jpg

 

 

 

 

 

 

C'est la nuit,

Une mystérieuse dorée tourne les talons.

Elle est à Remiremont

Il y fait froid

Mais bon sous ses cotillons !

 

 

 

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 21

 

A L’ATTAQUE !

Coincée dans le boulot :

“Rafar le Cruel, ses chevaliers en armure et leurs chevaux aîlés ont rendez-vous sur la colline de feu avec le peuple des forêts. Les créatures à tête de loups, les vampires en chaussons de fer et les princes sanglants ont attaché Liliane sur la roue d’un moulin. Malgré les feux qui s’élèvent alentour, Liliane se transforme peu à peu en glace.”

Si je veux tout dessiner, j’aurai deux projets sur les bras, les jolies créatures taquinant une certaine Liliane, et des monstres torturant cette même sous-héroïne. De quoi contenter mes deux rejetons.

Tout le monde se ligue pour m’encourager : le matin, Benito veille à placer mon “cahier à horreurs” près de ma cafetière. Il invente lui-même quelques abominations quand les miennes lui paraissent trop fades ! Le côté sadique de mes cauchemars le ravissent toujours. Il n’y voit sans doute rien de plus qu’un prolongement de ses jeux video et se rue sur mes dessins de monstrillons en rentrant de l’école.

Colette, elle, vérifie si mes dessins ressemblent bien à nos petits envahisseurs. Elle réclame des images chatoyantes.

Je ne sais toujours pas pourquoi Colette est la seule avec moi et les chiens à voir les Etres invisible, pourquoi pas Benito et Henri ? Je ne pense pas que les femmes possèdent des dons interdits aux hommes.

J’ai des traces de roue sur le dos, Henri croit que je me suis cognée dans le garage contre un pneu de secours. Claudie se moque de moi : je somatise d’après elle. Moi je sais que ce sont les stygmates de mon art. De l’art ?! Un art mineur, un tout petit art, mais qui peut faire du bien et de la peine, comme la chanson ou la bande dessinée.

Ecrire, c’est chiper du temps entre deux obligations et trois corvées. Aux caisses des supermarchés, devant le lave linge, le lave-vaisselle, la cuisinière, je griffonne. En me couchant, en lisant, en faisant ma toilette, en repassant. Après il me faut rassembler les feuilles volantes, les notes prises sur les listes de courses, au dos des magazines, sur des publicités, des bons de réduction. Je jette tout ça dans un classeur, et le dimanche, je trie. Cahin-caha ça prend forme. Une forme de plus en plus menaçante. Je mélange tout, ma vraie vie, mes cauchemars et l’invasion des trotte-menu. Croqués et coloriés, mes tracassins devraient me laisser tranquille, mais pas du tout. Leur nouvelle manie : jeter tous les objets dont je me sers. Plus particulièrement dans la salle de bain. J’attrape un flacon, je le repose, il vole aussitôt par terre ou sur un mur. J’ouvre une boite, hop, le couvercle s’en va valser alentour. Le temps passé à saisir, déboucher, refermer est multiplié par deux, en comptant le ramassage.

Il y a aussi les objets cachés ; disparus, replacés à des endroits inattendus. Les gens qui se croient maladroits feraient bien de réviser leur jugement, ils sont peut-être harcelés par des êtres perfides et sadiques.

Je ne comprends pas ce que réclament les miennes.

- V’nez donc vouair parr’ chez moué que j’vous explique, me dit un jour M. Brugnon par téléphone.

Je me demande d’où émane ce nouvel accent, peut-être la fréquentation d’un vin du terroir plus corrosif que les autres. Il me donne rendez-vous dans le rayon des spiritueux de l’hyper-Carrefour près de chez lui. Après m’être égarée comme d’habitude dans ce labyrinthe, je repère M. Brugnon, accroché à un chariot géant alourdi de bouteilles savamment sélectionnées.

- Vous n’imaginez pas, ma chère Madame, dit-il, même ici, il y avait une forêt autrefois. La forêt des créatures invisibles.

- Quel genre ? Comme des fées ? C’est pas des fées que j’ai chez moi, M. Brugnon, j’en suis sûre.

- Y en avait aussi, mais faut pas vous tromper, y a pas que des elfes et des fées dans les forêts enchantées, y a des êtres.

- Des hêtres ?

- Des z’ Etres ! Pas humains, mais des Êtres, des vrais Êtres, qui n’ont rien à envier à toutes les autres créatures visibles et invisibles du monde.

- Et alors ?

- Tenez, je vous conseille ce petit Bordeaux-là, même ceux qui n’apprécient pas le Bordeaux tombent raides dès qu’ils le goûtent. Je le mets dans mon chariot, vous le récupérerez à la caisse.

- D’accord, mais pourquoi me parlez-vous des Êtres ? C’est comme ça que vous appelez mes petits emmerdeurs ?

- Affirmatif mon adjudant ! Vos Êtres, ils veulent autre chose que vous aider à vendre des albums, vous savez ?

- Oui, je le sais, la preuve, ils en ont assez de poser, maintenant, je suis obligée de porter mes planches jour après jour au bureau de M. Grommeleck, sinon ils les détruisent !

- Quoi d’autre ?

- Ils exigent des décors de plus en plus compliqués, des palais, des extérieurs et des intérieurs spectaculaires. Je ne peux plus, M. Brugnon, moi je dessine pour les enfants, je ne suis pas Michel Ange ! Mon patron est mécontent, il me reproche d’avoir la folie des grandeurs, et maintenant il est à deux doigts de me virer ! En plus, vos Êtres, ils me mènent la vie dure, je suis au bord de la crise de nerfs. Que me veulent-ils à la fin ?

- Que vous leur rendiez leur forêt. Et leurs palais.

- Rien que ça ! Et comment ?

- A vous de voir ...

- Ce n’était pas la peine de me faire rouler si longtemps pour ça, M. Brugnon, vraiment, vous n’êtes pas sympa ! Vous auriez pu m’en dire autant par téléphone, hein ! Je vais être en retard à l’école, ma fille va chignoter, la maîtresse me passer un savon, vous êtes vache, M. Brugnon, vraiment, c’est pas chic !

- Attendez, voyons !

- Laissez-moi tranquille ! Et gardez votre Bordeaux, je n’ai pas le temps de passer à la caisse !

J’ai oublié le principal. Mettant mon amour-propre dans ma poche, je téléphone à M. Brugnon un peu plus tard.

- J’ai toujours votre bouteille, claironne-t-il, pas rancunier, je vous la garde pour la prochaine fois.

- Bon, oui, merci. Dites-moi, M. Brugnon, qui habitait votre maison avant vous ?

- Ah, mais personne, ma petite dame, j’ai acheté le terrain et je l’ai fait construire.

- Pourquoi nous l’avoir vendue dans ce cas ? Vous n’étiez pas bien ici ? Qu’est-ce que votre nouvelle maison a de différent ? Vous n’avez même pas changé de banlieue !

Silence.

- Alors ?

- Je peux bien vous le dire, maintenant, il y avait trop de chabanais là-dedans.

- Et vous avez cru que les nouveaux propriétaires ne s’apercevraient de rien ?

- En principe, oui. D’ailleurs, vous êtes bien la seule, non ? Votre petite famille ne s’est aperçue de rien.

- Faux. Ma fille les voit.

- Ah ah ah ! Je parie qu’elle n’a pas cinq ans ?

- Trois ans. Je ne vois pas ce que ça a de drôle.

- Rien, sauf que seuls les enfants en bas âge et les illuminés comme vous et moi peuvent pénétrer dans le monde invisible.

Illuminée. Voilà ce que je suis. Une ménagère de fond, selon les dires de ma meilleure amie Claudie ; ménagère de fond et illuminée, alors c’est tout ? Et mes mains, qui dessinent si bien ? Et ma tête, qui invente des histoires ? Un cerveau d’illuminée. Après tout, qu’importe. Les artistes sont des illuminés. Suis-je une artiste ? Une toute petite, une petite artiste. La petite artiste du château invisible de la banlieue de Fresnes.

La toute petite artiste sait aussi confectionner des gâteaux, chanter des berceuses, coudre des vêtements, mijoter des bourguignons. Retourner des crêpes, repasser des pantalons et des jupes plissées. La toute petite artiste illuminée-ménagère de fond sait composer des albums de contes et les illustrer. Et je t’emmerde Monsieur Brugnon de mes fesses. Toute seule elle se débrouillera, l’illuminée de la forêt des crapoussins.

(A suivre!)

 

 

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BONNE NUIT, A DEMAIN !

 

19:31 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

26/02/2010

Feuilleton LES CELULLES ETOILEES Chapitre 20

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Chaque année, au Carnaval Vénitien de Remiremont, on rencontre des créatures échappées des contes, avec des visages peints qui laissent voir les vrais regards. Un rêve qui dure trois jours

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Une Fée du jour en robe de printemps

 

 

 

 

 

 

 

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Des Fées de la Nuit en costume de soleil

Mars est déjà là !

 

 

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Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 20

 

(Résumé : Trois personnages parés de beaux atours sont venus demander à Liliane de les dessiner. Notre illustratrice à domicile a de quoi s'occuper, entre les commandes de son patron, M. Grommeleck, les petites misères de son chien Idiot, et toute l'attention qu'elle donne à sa petite famille. L'aventure continue !)

 

Chapitre 20

GROMMELECK ET MARMOUSETS

 

- Mais c’est superbe !

- C’est pas Couventine et les boudins, remarque Benito.

- Et l’orphelin, relève machinalement Henri. Mais non, ça ne peut pas être ça ?

Il me regarde, réjoui :

- Tu lui as rendu, son manuscrit de merde ? Tu as bien fait !

- Et c’est quoi, alors ? demande Benito

- Oh Manman, s’extasie Colette, c’est mes petits amis !

- Ce doit être un sacré beau livre, pour qu’il t’inspire de si belles illustrations, dit Henri.

Je bafouille.

- C’est vrai M’an, je n’ai jamais rien vu d’aussi joli, dit Benito, d’habitude, c’est un peu... gnangnan tes dessins...

- Merci bien, je balbutie.

- Ses dessins ne sont pas gnangnans, rétorque Henri, mais les histoires qu’on lui impose, oui !

- Mais ça, c’est l’histoire à Manman, déclare Colette.

Les deux hommes m’ont dévisagée, perplexes. Je raconte ou pas ? Après tous mes rêves épouvantables, des visions diurnes ? Ils vont me prendre pour une vraie folle. Pas une seconde ils ne croiront à l’existence d’un monde invisible à tous sauf à moi, à Colette et à Idiot, j’ai déjà eu l’air dingo avec la prétendue dératisation du grenier.

- Ne me regardez pas comme ça, vous deux ! C’est juste une histoire pour Colette.

- Manman elle voit les minis, comme moi, insiste Colette, réjouie.

- Les minis ? T’es dingue, ma pauv’ fille, dit Benito.

Le minois de Colette se chiffonne, signe avant-coureur du déluge lacrimal.

- Laisse ta soeur tranquille, dit Henri.

- Je n’ai pas dit à M. Grommeleck que je n’avais pas fini ses illustrations.

- Mais tu t’en fous ! explose Henri, tu te rends compte ! Porte-lui ces merveilles et il te publiera, même si tu n’écris pas d’histoire autour ! Il ne regrettera pas Couventine et ses morpions.

Benito compulse mes illustrations avec enthousiasme.

- Ca ne ressemble pas du tout à des cauchemars. Raconte m’en un Maman, je suis sûr que tu peux en faire un dessin qui déchire.

Un petit pour la route :

“Liliane s’enfonce dans la boue à chaque pas. Devant elle, des rails traversent le marécage. Liliane a les mains liées derrière le dos et une écharpe l’empêche de respirer. Il faut sortir de ce bourbier, sinon les monstres vont la bouffer. Ils grouillent autour d’elle, prêts à mordre ses chevilles, à l’attirer vers les fonds de vase pour la dévorer tout entière. A chaque pas, Liliane s’enlise un peu plus. Elle entend un train vrombir au loin. Le grondement se rapproche, la locomotive apparait, précédée par un sifflement. Le train passe en hurlant. Liliane disparait dans la boue.”

- Voilà, tu vois ? Un album d’épouvante, ça me plairait bien. Autant que mes mangas sur les Dieux de la Mort, j’en suis sûr !

Je ne sais pas, mais j’en ai une d’histoire, à raconter, une histoire de tous les jours, une histoire vécue : la mienne. Celle d’une famille qui emménage dans une maison peuplée de petites personnes invisibles et tracassières ; celle d’une mère de famille qui est la seule à les voir. Je peux les reproduire, et peu importe si tout le monde n’y voit qu’une imagination débordante.

 

Quelques jours plus tard, l’affaire a pris forme, avec un dessin toutes les deux pages ; et comme ça ne me suffisait pas, j’ai esquissé quelques unes de mes atroces visions de la nuit.

M. Grommeleck a fait la tête quand je lui ai rendu le manuscrit de Couventine et l’orphelin sans les illustrations : “A deux semaines de la date limite ! Vous me mettez dans un embarras inimaginable, Liliane !”

Et puis, il a ouvert des yeux comme des soucoupes en découvrant mes myrmidons et mes monstres : “Mais quoi, mais qu’est-ce ? Vous travaillez pour quelqu’un d’autre ? Quel éditeur ? C’est insensé ? Et qui est cet écrivain pour qui vous dessinez si bien ?” Et tralali et tralalère.

Il a fallu une demi-heure et des milliers de questions pour qu’il comprenne que l’écrivain c’était moi et que mes dessins illustraient mon livre. Ce vieux borné s’étouffait, agité de sentiments contradictoires. Il commençait à me chauffer les oreilles.

- M. Grommeleck, si vous n’en voulez pas, je vais le porter à M. Jollimard.

- Quoi ? Ah mais non ! C’est moi qui vous ai découverte ! De toutes façons, leur pourcentage est ridicule, vous vous feriez estamper !

- Ben euh, je n’ai jamais gagné grand-chose ici non plus.

M. Grommeleck s’étouffait d’indignation. Il y a mis le temps, mais il m’a enfin gratifié d’un sourire pincé.

- Eh bien maintenant ça va changer, a-t-il déclaré.

Et comme si de rien n’était, il a entrepris de me bassiner avec le titre, la couverture, le format, le tirage, le prix de vente, la tête du client et l’âge du capitaine.

- Je vais y penser, M. Grommeleck, merci. Je vous laisse les dessins?

- Mais oui, Liliane. Je vais vous donner des photocopies couleurs. Ah mais, vous ne l’avez pas tapé à la machine? Savez-vous vous servir d’un traitement de texte?

Ma parole, ce grigou centenaire va m’apprendre aussi à composer un numéro de téléphone ou à appuyer sur un interphone. J’ai eu droit à un pot à la brasserie du coin, pendant que sa secrétaire se chargeait des photocopies. M. Grommeleck était surexcité, ses pupilles sautillaient comme des machines à sous. Je ne savais pas si j’allais toucher le pactole, mais j’ avais hâte de rentrer à la maison prendre mes chéris dans mes bras.

 

(A suivre)

 

 

12:31 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

25/02/2010

feuilleton LES CELULLES ETOILEES Chapitre 19

 

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Au Carnaval vénitien de Remiremont, deux fées se promènent et nous enchantent

 

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 19

TROIS POUCINETS

Je L’ai attendu. Il n’est pas revenu. J’ai fait semblant de dormir, immobile. J’ai guetté ses petits pas sur moi. Viens maintenant, je dois te voir, où es-tu ? D’où as-tu surgi ? Montre-toi, Diablotin, explique-moi ce qui se passe. Je me suis assoupie.

A mon réveil, rien n’avait changé. Pas de diablotin. Pas non plus de petites créatures sarcastiques autour du lit.

Je me suis levée. Pas pour contenter ma famille, encore moins pour dessiner Couventine et son orphelin débile, mais pour Idiot.

Je l’entendais geindre du fond de mon lit, il n’y avait que lui et moi dans la maison. Au lieu de rester bien sage sur le canapé du salon à cuver ses médicaments, Idiot s’était traîné au premier et couché devant ma porte. A part le fait qu’ils m’empêchaient de dormir, ses gémissements me fendaient le coeur.

Je me suis extraite de mon lit, abandonnant le début d’un rêve sans queue ni tête. Des crayons pleins de dents livrant bataille à des pinceaux-ciseaux. J’ai ouvert la porte. Idiot a tourné ses yeux mourant vers moi, sans me sauter sur le poitrail comme d’habitude. Je l’ai ramassé tant bien que mal, gros tas de poils brûlant de fièvre, et suis descendue avec lui. Non seulement j’ai réussi à lui faire renifler une inhalation, mais à lui badigeonner les amygdales avec un coton tige. Idiot devait vraiment être mal en point, car il s’est laissé moucher, nettoyer les yeux et instiller du collyre sans sourciller. Tant que j’y étais, je lui ai concocté une tisane à la Claudie, et il l’a avalé comme un condamné à mort son dernier grog. Je me suis préparé du thé et tous les deux nous sommes allés nous pelotonner sur le canapé. “Wif” a fait Idiot en désignant la télé d’un mouvement du menton. Je l’ai allumée, j’ai zappé jusqu’au “Wif” suivant et il s’est mis à regarder “Vingt mille ans sous les verrous” ; à chaque apparition de Bette Davis, Idiot haletait, preuve de son bon goût. Ce chien est plein de ressources.

Ca m’a requinquée, je me suis plongée dans la lecture de Couventine. Si un pauvre chien grippé était capable d’apprécier un film de prison, alors moi je me devais de dénicher les bons côtés d’une histoire minable. Peine perdue. “Couventine et l’orphelin” était bel et bien une flaque putride, rien de mieux.

- Qu’est-ce que je vais devenir, mon chien-chien ?

- Brouf ! répondit Idiot.

Sa patte droite s’abattit sur une page du livre.

- D’accord, lui dis-je.

Je m’installai à ma table à dessin et illustrai le passage choisi par Idiot. Couventine erre dans les rues de Paris. M. Grommeleck veut du monstrueux ? Je vais lui servir la Cour des Miracles. On verra si la prochaine fois il me redonne une histoire de “Riri et Roro vont en bateau” comme dit Henri. Pourquoi ne me confie-t-on jamais une nouvelle édition de Frankenstein, de Dracula ou de Dr Jekyll et Mr Hyde ?

J’étais en train d’esquisser les boyaux du Forum des Halles, avec des mendiants empilés façon misère dans les rues de Calcutta, quand la foudre s’abattit sur ma tête.

Ah, je les croyais loin ceux-là. Grossière erreur. Les Incroyables et Merveilleuses miniatures étaient de retour. Une espèce de prince haut comme trois pommes s’assit sur mon dessin. Il m’arracha mon crayon et le cassa en deux. Ses manches à gigot bruissaient de ce feulement propre au taffetas, son chapeau à plumes balayait l’air et sa grande cape de velours détruisait l’agencement maniaque de mes tubes de peinture.

- Brouf ! redit Idiot sans bouger de son coin.

Je n’aurais pas dû me lever de mon lit, j’aurais laisser cet idiot d’Idiot agoniser devant ma porte, j’aurais dû oublier jusqu’à l’existence de Couventine et me gaver de somnifères.

Une princesse vêtue d’oripeaux multicolores, d’une robe à paniers et d’une coiffe digne des Merveilleuses du Directoire se cala entre mes mains. Je tentai de les récupérer pour essuyer mes yeux pleins de larmes, mais elle me retint de ses menottes minuscules, couvertes de bagues et de bracelets clinquants. “Pff” fit-elle de sa bouche ronde, et une poussière dorée voleta devant mon nez. J’éternuai et chignai derechef.

Un troisième personnage, grand comme une poupée, affublé de gaze, de tulle et de mousseline, se coucha sur le papier à dessin et roula un crayon neuf entre ses pieds chaussés de fourrure. Les trois marmousets baragouinaient dans leur langage inconnu, frais et léger comme des chants d’oiseaux, strident par instants, mélodieux à d’autres. J’en avais la chair de poule.

Le crayon neuf atterrit entre mes doigts, et sous mes yeux stupéfaits, les trois compères prirent la pose, voluptueusement installés sur le bord supérieur de la table, un sourire aguicheur sur leurs jolies lèvres carminées. D’un geste gracieux, ils m’engagèrent à les reproduire.

Sur l’écran, derrière moi, Spencer Tracy étreignait Bette Davis et tous deux échangeaient un baiser passionné. Idiot ronronnait d’aise. Je voyais tout ça dans le grand miroir posé sur la cheminée devant moi. Ils existaient bel et bien, mes trois modèles, au contraire des vampires et des hallucinations, ils se reflétaient, tout comme mon air hagard, le crayon dressé dans une main et mon regard incrédule. Je n’avais pas le choix. Et même si je l’avais eu, je n’aurais pas pu résister.

Je les ai dessinés. J’ai colorié leur visage, leur peau, leurs costumes. J’ai donné à leur image un aspect velouté et chaud. J’ai voulu qu’ils soient sur le papier aussi beaux qu’en réalité. Quand le dessin fut terminé, ils le contemplèrent, échangèrent quelques pépiements et disparurent.

Jusqu’au retour de ma famille, je demeurai hébétée, collée contre mon chien, les yeux rivés comme lui sur le film de fin d’après-midi, “Servitude humaine”.

(A suivre!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:17 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

 
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