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20/02/2010

une Fée

 

fée réduit.jpg

 

 

18:18 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rêve de samedi

feuilleton chapitre 15

(Feuilleton)

(Résumé : perturbée par l'invasion de sa maison par des petites personnes inattendues, Liliane néglige un peu son travail, mais l'aventure se corse!)

 

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 15

REMETTEZ-NOUS CA!

- Te voilà bien morose, remarqua Henri.

- Je ne vois plus rien, je n’ai plus d’imagination.

- Ca m’étonnerait, ma Liliane, cette nuit tu as raconté une histoire grâtinée en dormant.

- Je parle en dormant, maintenant ?

- Mais oui !

- Et qu’est-ce que je bafouille ?

Henri me le dit.

- C’est incohérent, je ne peux rien en tirer.

- Mets tout ça en ordre et ça fera une histoire fantastique, affirme Henri.. Avec tes dessins.

- On est loin de Pastor et les Martiens !

- Tu vas me faire le plaisir de boucler ce casse-pieds de Pastor et d’illustrer tes propres histoires. Arrête de perdre ton temps et ton talent.

Comme me l’a conseillé M. Brugnon, j’ai restitué les babioles prétendument réclamées par les habitants du grenier. Depuis, plus un bruit là-haut. En bas, aucun mistoulinet ne se manifeste. Je tourne en rond.

Ce matin, je reçois un coup de fil furibond de M. Grommeleck qui pourtant, sort rarement de ses gonds :

- Dites-moi, Liliane, vos dessins ont pris une tournure, comment dire, un tantinet subversive, ces temps-ci. L’auteur de Pastor est mécontent.

- Subversive ?

- Eh bien, reprend M. Grommeleck, ils ne s’adressent plus trop, plus tellement, et je dirais même carrément plus du tout, au lectorat que nous visons.

- Ah ?

- Pastor et les Martiens est destiné à des enfants de sept ans qui commencent à lire, ils n’ont pas besoin, du moins je veux le croire, de s’ abreuver de visions d’horreur.

- Mes dessins sont horribles ? C’est épouvantable !

- Reprenez-vous, Liliane, vos dessins ne sont pas horribles, ils expriment l’horreur, et ça, l’auteur de Pastor et les Martiens ne le tolère pas. Et moi non plus. Nous voulons du divertissement enfantin. Vous le savez d’ailleurs, vous en avez assez illustré, de ces petits récits.

- Benito...

- Qui ? s’étonne mon patron.

- Mon fils, Benito, adore les contes horribles et apprécie mes dessins. Et c’est un fou de mangas. Il a sept ans.

- Déjà sept ans, s’extasie M. Grommeleck, à côté de la plaque.

- Je peux même vous affirmer que ma fille, à trois ans, se délecte des histoires de crados, elle rit à gorge déployée quand quelqu’un pète et elle se roule par terre quand on raconte des blagues scatos.

- Vos enfants ont peut-être l’habitude des plaisanteries de mauvais goût, mais les lecteurs de Pastor sont supposés baigner dans un monde idyllique.

- C’est votre idée de l’enfance ?

- Ma chère Liliane, je pense à ma maison d’édition et aux recettes inespérées des livres de Mlle Larrivoire, la créatrice de Pastor.

- Que dois-je faire, M. Grommeleck ? dis-je, vaincue.

- Remaniez les dix dernières illustrations et rajoutez-en quatre et on sera bon.

On a été bon. J’ai laissé s’entasser les corvées ménagères pour rattraper mes bourdes. Tous les jours, Henri me tannait : “Alors, ton histoire, t’en es où ?” C’est chouette de se sentir encouragée. “Je termine Pastor et je m’y mets”. Il se fâchait. Je lui montrais les dessins jugés “horribles” par M. Grommeleck. Ca le réjouissait, et il me poussait derechef à bâcler les Martiens et Pastor le demeuré et d’utiliser mes dessins ‘horribles’ pour mes propres livres.

- M’an, disait Benito tous les matins, fais voir ton cahier, t’as fait un beau cauchemar, dis ? Dis ? Pourquoi t’écrirais pas un truc comme Horror et les monstres de l’espace ? Ouah ! Ils sont géants tes dessins, ils vont être publiés ?

- Résume donc à ton fils ce que tu m’as raconté l’autre nuit, dit Henri.

- Ouais Manman, fait Colette, raconte raconte !

- Je vous préviens c’est atroce, pas pour les enfants !

- Chouette ! font-ils tous les trois.

- C’est tout ?

- Non, mais ça suffit pour aujourd’hui

- T’as oublié le roi qui te coupait la tête, reproche Colette en têtant son pouce.

- Et les crapauds qui tombaient du ciel et te sortaient de la bouche, ajoute Benito, hilare.

- Et le vampire qui t’a dévorée, renchérit Henri.

- Vous êtes tous des détraqués, dis-je, ravie. Pas un pour racheter l’autre.

- Allez, fait Henri, tout le monde à son poste, on laisse maman travailler!

Facile à dire : les quatre dernières illustrations de Pastor et les Martiens sont à peine esquissées, en attente de contours et de couleurs. Au plafond de la cuisine, des fissures sont apparues cette semaine comme par enchantement. Il y a une fuite d’eau à la cave, les outils et les caisses non déballées vont être inondés. Une vingtaine de tuiles ont été emportées par une tempête la nuit dernière. Le compteur électrique cliquète, les plombs n’arrêtent pas de sauter. Il faut faire les courses et préparer les repas. Promener Idiot.

- Tout ça, c’est des prétextes, dit Henri, achète des surgelés, laisse le chien dans le jardin, ne fais plus le ménage, ne repasse plus nos affaires. Tout le monde porte des loques chiffonnées maintenant. On fera la lessive seulement le samedi, on mettra les mêmes tee shirts trois jours de suite. Je vais appeler le plombier, l’électricien et le couvreur, laisse-moi faire. Toi, débarrasse-toi des Martiens et mets-toi au travail.

Jamais vu un homme pareil. Jamais compris surtout qu’il s’en foutait pas mal, au fond, d’avoir une femme modèle. “T’es belle”, me dit-il les jours où je suis décoiffée, en attente de shampooing, le vernis écaillé sur les ongles, pas une once de maquillage sur la figure, une vieille combinaison sur le dos du matin au soir. Si c’est pas de l’amour, ça.

J’ai remarqué, à ma grande stupéfaction, que les fois où je suis le moins apprêtée, le moins “habillée”, où je me fiche comme d’une guigne de plaire, où j’ai une expression hagarde sur la figure, tous les hommes me regardent. Au super marché, dans la rue, dans le métro.

Je n’y comprends rien. Que veulent-ils à la fin? Ils bavent et émettent des grivoiseries devant les poupées gonflées à l’hélium, les blondes à grosse bouche et à string. Et voilà qu’ils collent aux basques des ménagères en sandales Scholl qui font leurs courses, la tignasse relevée en chignons approximatifs, l’oeil cerné par les tâches quotidiennes.

Ils me rendent chèvre. Je n’aime qu’eux. Et il y en a un que j’aime plus que les autres.

(A suivre!)

13:03 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

19/02/2010

feuilleton chapitre 14

Feuilleton.

"Résumé : Dans le grenier Liliane a rencontré des créatures peu aimables. Elles sont différentes des visiteurs du jardin et de la cuisine. L'aventure ne s'arrête pas là, il y a la vie quotidienne, bien plus amusante parfois qu'on ne s'y attend)

LES CELLULES ETOILEES
lori jpg.jpg
(le petit lori ci-dessus est de mon cru !)
chapitre 14

LA SOURIS QUI RIT

C’est vraiment pour faire plaisir à Benito :

“La fête foraine bat son plein. Liliane est debout, attachée par la taille à une roue de la fortune. Face à elle des badauds préparent leurs boules de fonte et visent sa tête. Elle est l’attraction la plus courue du parc. Des cris d’allégresse salue l’impact des boules qui lui fracassent le crâne, éparpillant à tous vents sa cervelle en bouillie.”

- M’an, t’es géniale, dit Benito, tu me diras la suite demain matin ?

- Je me demande pourquoi tu me fais raconter ces atrocités, mon grand, ça ne te donne pas de cauchemars, à toi ?

- Mais non, M’an, ça me fait rire !

- En tout cas, promets-moi de ne rien raconter à ta soeur, elle est trop petite.

- Oh tu sais, Colette, elle aime bien les histoires de crados, les crottes de nez, les cacas qui puent ...

- Bon, ça va, arrête, mais quand même, promets !

- Je promets, dit solennellement Benito, de ne pas raconter tes beaux rêves à Colette avant l’âge de cinq ans.

Ils se sont tous donné le mot aujourd’hui. Henri arrive, en chantant : “Et v’lan passe-moi l’éponge, et v’lan, fais moi gligli ...”

- Tu écris, ma beauté ? Bravo, continue.

- M’an, elle me raconte ses rêves, fait Benito, un grand sourire sur la figure.

- Ah, bien, bien, dit Henri, et après tu nous fais des beaux dessins, et après tu les vends et on devient riche !

Benito me fait un clin d’oeil. Chenapan.

- Qu’est-ce que tu cherches Maman ? s’enquiert Colette, avec ce petit air innocent des enfants sans souci.

- Les bottes, tu te souviens des grandes bottes toutes sales qu’on a trouvées dans le grenier ?

- Oui, fait Colette, renfrognée, elles m’ont étouffée.

- Eh bien, elles ne t’étoufferont plus. Si tu sais où elles sont, on va les rendre à leur propriétaire.

- Le Chat Botté ? dit la petite, excitée.

- C’est ça, le Chat Botté.

- Peut-être qu’avec lui, je pourrais sauter des sept lieux ?

Je me disais aussi.

- Viens là, ma puce, que je t’explique.

- Je veux un gâteau avant.

- Tu auras un gâteau si tu m’écoutes d’abord.

- Nan, fait Colette, mais quelque chose dans mon regard lui enjoint de ne pas insister. Elle s’approche de moi à contrecoeur. On dirait que c’est moi, l’Ogresse, et pas les héroïnes de ses contes.

Sur mes genoux, Colette garde la tête baissée, le pouce dans la bouche, circonspecte, et moi sa maman, venue sur Terre pour lui inculquer la sagesse et le bon sens, je lui soutiens que tous ses héros de contes de fées réclament leurs biens, et si on ne les leur rend pas, ils vont nous persécuter.

- Ca veut dire quoi, Maman ?

- Heu, nous empêcher de dormir, nous disputer, nous chasser de la maison, nous voler nos affaires, des choses comme ça, tu comprends.

- Me voler mes jouets ?

- Par exemple.

Colette fronce son petit front :

- La Souris qui rit, on lui a rien pris.

- Alors elle ne nous embêtera pas.

- Tant mieux, dit Colette, sérieuse, parce que la Souris qui rit, c’est mon amie.

Personnellement, je ne l’ai jamais vue, cette souris qui rit. J’en ai vues des tas, avec leurs sales dents pointues, leur air mauvais et leurs ricanements. Elles avaient deux jambes et deux bras, des costumes qu’aucun rongeur à ma connaissance n’a coutume de porter, et un langage menaçant bien éloigné des couinements ordinaires des vraies souris.

- Tu la vois souvent, cette Souris qui rit, ma chérie ?

- Oh oui, dit Colette, elle vient le soir quand je m’endors, des fois elle se couche contre moi, avec mon nounours ; je lui parle, elle rit. Elle rit tout le temps.

- Elle ne te fait pas de mal, au moins ?

- Mais non, Manman ! C’est la Souris qui rit, elle m’aime bien, elle me rit dans les bras.

Voilà. Il existe au moins une souris qui rit dans les bras des petites filles.

Je ne vais pas le contester. Quand même, dès ce soir, je m’en vais monter la garde, et si je vois une de ces cochonnettes, rieuse ou pas, dans le lit de ma fille, elle va passer un mauvais quart d’heure.

Des malles de M. Brugnon, j’avais extrait : des bottes, un panier, un chiffon rouge, une peau de bête, des balles, des cailloux, des souliers ... Il ne restait plus qu’à mettre la main dessus.

J’ai d’abord récupéré les grandes bottes, reléguées dans le placard de l’entrée où s’entassaient les chaussures de la famille.

Inutile d’attendre la nuit, le Chat ou son sosie n’a qu’à les ramasser et voyager de sept lieux en sept le plus vite possible.

Pour le reste : on m’ a réclamé : un petit pot de beurre, un panier de pique-nique, un rouet, une quenouille, une cape rouge, une pantoufle de vair, ou de verre, allez savoir, une peau (une peau? je vais leur refiler le renard mité de ma grand-mère), une couronne, une baguette, des boules d’or, un petit pois. Un petit pois ? Que suis-je en train de fabriquer, au lieu de dessiner les Martiens de Pastor ? M. Grommeleck va me remplacer, si ça continue.

- Tiens, Manman, j’ai trouvé le panier des pieds, annonce fièrement ma gamine en brandissant la corbeille à linge.

- Mais, où as-tu mis le linge à repasser, Colette, enfin ?

Après ça, j’ai beau retourner la maison, de la cave à la cabane du jardin, je ne trouve rien. Pas plus de quenouille que de beurre en broche, pas plus de voile de fée que de baguette magique. Les boules d’or sont peut-être des boules de pétanque et moi, Liliane, je n’ai plus toute ma tête. Elle me fait un mal de chien, ma tête.

- Colette, on s’arrête, c’est l’heure du goûter. Moi je me prépare un sac d’aspirines.

Sans en informer mes proches, je prends rendez-vous chez un neurologue. Lequel m’envoie passer un scanner de la tête. Lequel s’avère on ne peut plus normal. Pas de tumeur, pas de trou inopiné, pas de bouchon, rien.

Reste l’expert : M. Brugnon. Ce vieux grigou m’a trop souvent lessivé le cerveau avec son vin distillé avec des noix importées de Colombie. Si ça se trouve, c’est ça qui m’a détraquée.

- Vous ne retrouvez rien, hein, ah ah ah ! Ca ne m’étonne pas ; “Ils” ont tout transformé ! Ils ont tout camouflé, ces petits salopiaux !

- Quoi ? Comment ça ?

- Si ça se trouve, vous êtes en train de vous moucher dans un de leurs fichus, et vous croyez que c’est un simple mouchoir !

Je me mouche, oui, dans un carré écossais tiré d’un cadeau de mariage de ma belle-doche.

- Vous avez de l’humour, M. Brugnon.

- Vous ne me croyez pas ? Attendez un peu, vérifiez donc si votre coffret à bijoux ne déborde pas de cailloux !

- J’ai quelques bijoux en toc, ça c’est sûr, mais ils ont tous une valeur sentimentale.

Je m’égare, là.

- Quelque chose me chiffonne, M. Brugnon, est-ce moi qui débloque, ou ces créatures sortent-elles vraiment des contes de fées de notre enfance ?

- C’est vous qui les voyez sous cet aspect, ça vous rassure, vous ne voulez pas affronter la réalité.

- De la psychanalyse, maintenant ? Bon, merci pour votre aide, M. Brugnon, je ne veux pas vous retenir.

- Mais vous ne me retenez pas, je suis juste en train de goûter un nouveau petit cru que m’a envoyé mon cousin des Charentes ...

- Je vais me débrouiller, merci, au revoir, M. Brugnon.

Serviable, mais un peu monomaniaque, le propriétaire.

Ce soir-là, Henri se tourne et se retourne dans notre lit.

- T’as changé les draps ?

- Ben oui, pourquoi, tu n’aimes pas la couleur ?

- M’en fous de la couleur, grogne Henri, c’est quoi, ta lessive ? Ca gratte, je deviens fou !

Au bout d’un quart d’heure de tourné-boulé, les draps et les couvertures ressemblent à une tornade, et mon chéri se lève, exaspéré.

- Je ne peux plus dormir, tu es contente ?

- M’enfin ?

Tandis qu’il peste et tempête, j’explore le lit à la recherche de ce qui le perturbe. Henri fait ses provisions pour la nuit dans les rayonnages : la vie de Louis XV, 1200 pages ; deux exemplaires de l’Encyclopédia Universalis, 30 kilos ; la collection complète des livres de Michel Onfray ; le dictionnaire encyclopédique Quillet, sans commentaire.

- Euh, qu’est-ce tu fais avec tout ça ?

- Je me prépare une longue nuit de réflexion, bougonne-t-il, enroulant la ceinture de sa robe de chambre. T’as fait de la soupe ?

- Y en a, oui, pourquoi, t’as faim ?

- Je n’ai pas faim, je prévois, j’anticipe.

Pendant qu’Henri s’éloigne et anticipe, je défais les draps, dessus et dessous, le protège-matelas, les taies d’oreillers, les couvertures, je vérifie même la descente de lit et le couvre-lit posé sur le fauteuil. Tout me parait nickel à moi. Mon chéri a joué le Prince au Petit Pois, mais je n’arrive pas à mettre la main sur le pois. A part des Boules Quies, il n’y a rien de spécial dans ce lit.

Sur le point de jeter le paquetage dans le bac à linge, j’entends un tapage provenant des murs. Je colle une oreille contre celui de la buanderie. Ca vient d’en haut.

Sans me départir de mon fardeau, je grimpe les marches de l’escalier. Pour me soutenir, j’ai mon Idiot, qui scande ma progression de ses aboiements et me flanque ses pattes dans les jambes. Un si fidèle compagnon ! Les enfants, éveillés, sautent de leur lit, Henri, excédé, se précipite pour les calmer, et moi, je pousse la porte du grenier, derrière laquelle trépigne et s’époumone un peuple entier.

Poussant les plus hauts cris du monde, je les noie sous la pile de draps et de couvertures et dévale l’escalier comme si j’avais le diable aux trousses.

- Explique-moi pourquoi tu passes ton temps à galoper dans ce grenier en hurlant à la mort, éructe Henri, posté sur le palier, un poing sur une hanche, Colette assise sur l’autre, flanqué d’ un Benito stupéfait et d’un Idiot bavant plus fort que les fontaines de la Concorde.

Hirsute, essouflée, Liliane ne peut que balbutier des mots sans suite, comme l’affirment la plupart des romans quand l’écrivain a la flemme d’ écrire un dialogue.

- Hum, fait Henri, j’ai tout compris.

Placide, sage comme le Roi Salomon, il va coucher et border notre portée ; il se dirige vers la cuisine, Idiot sur les talons, pour remplir son écuelle d’eau, il se verse un plein verre de soda sans sucre, et enfin, daigne se tourner vers son épouse.

- Tu me réchaufferais pas un peu de soupe ? émets-je avec un sanglot.

- Avec du bromure ?

- Pff.

On va dans le salon, avec nos bols. On boit. Je m’allonge contre lui sur le canapé. Impossible de dire à ce roc que je vois des nains partout.

- Je ne les vois pas, moi, dit alors Henri, mais je les entends.

- Eh ? Qué, quéq’ tu dis ?

- Mais oui, ma petite Liliane chérie, je les entends tes souris, tes chauve-souris, tes hiboux, c’est normal que tu paniques, ça fait longtemps que cette maison n’a pas été habitée, et je suis sûr que M. Brugnon ne truffait pas son grenier et sa cave de pièges à rats ou de grain empoisonné.

- Mais c’est horrible, moi non plus, je ne ferai jamais ça à ces pauvres animaux !

- Il faut quand même trouver un moyen de s’en débarrasser, non ? Ils te tapent sur le système et ça déteint sur moi. Ecoute, tiens, en ce moment même, je les entends d’ici ! Ca n’a pas servi à grand chose que tu essaies de les effrayer tout à l’heure.

- Tout à l’heure ? Ah oui, tout à l’heure...

- Bon demain, c’est samedi, je reste à la maison, on va tout nettoyer ! Si on désinfecte les combles, plus de problèmes, tes bestioles, ce qui les attire, c’est la poussière et l’odeur de leurs petits méfaits.

- Tu crois ?

C’est le moment de jouer à la dinde, ça marche à tous les coups, et en plus, ça me repose, c’est un plaisir rare que de se faire dorloter.

- Mais bien sûr, affirme mon chéri adoré, on va te leur coller tellement d’eau de Javel et de désinfectant qu’elles vont se trisser fissa. Sur ce, si on retournait se coucher ?

- Meuh euh, y a plus de draps dans le lit.

Henri est décidément d’ humeur magnanime. Il suggère de rester sur le canapé où nous sommes déjà douillettement encafouinés.


(A suivre)

(Ne me demandez pas pourquoi le texte a changé de forme, je n'ai pas encore résolu ce mystère !)

 

17:13 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

18/02/2010

feuilleton chapitre 13

johann_heinrich_fussli_pesadilla.jpg

Ca y est ! Je n'ose pas y croire ! Merci Françoise la Comtoise, tu es mon sauveur ! Il ne me reste qu'à trouver la taille convenable pour cette illustration (et les prochaines!) : il s'agit du Cauchemar, peint pas Heinrich Füssli, un peintre et critique d'art abglais d'origine suisse. (1741-1825) Il a peint plusieurs versions de ce tableau, avec un diablotin différent. Celui-ci correspond le plus à la créature qui vient réveiller Liliane au début des Cellules Etoilées.

(Résumé : installée dans une maison de banlieue, Liliane, son mari Henri, ses enfants Colette et Benito, et maintenant leur chien adopté, Idiot,voient leur vie perturbée par l'apparition de personnages extravagants et farceurs, issus peut-être du "Monde Invisible". J'insiste sur le fait que cette histoire n'est pas "un rêve dont l'héroïne va s'éveiller à la fin", surtout pas ! C'est sa vie réelle). Merci à tous. Je saute de joie à l'idée de pouvoir enfin vous faire partager mes découvertes, photos et illustrations!

Feuilleton, Chapitre 13 :

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre  13

13 - LES PETITES OMBRES

De temps en temps, une ombre furtive glisse sur le plafond. A peine ai-je le temps de l’apercevoir qu’une mini-silhouette traverse la pièce, insaisissable, tout de suite évanouie. Ils arrivent sans prévenir, mais je suis la seule à les voir, et si je le faisais remarquer, on se moquerait de moi. Je ne veux pas que les enfants se mettent à les guetter et à les craindre, en se fiant aux insinuations de leur mère.  

- Il n’est pas encore passé, le dératiseur ? 

- Ah bon, toi aussi, tu les entends ?

- Faudrait être sourd pour ne pas les entendre, elles me réveillent presque toutes les nuits, ronchonne Henri.

- Tu les as vus ? 

- Quoi, les souris ?

- Pas seulement les souris, hein, les autres, tu les as vus ?

- Mais qu’est-ce que tu racontes, ma pauvre Liliane ? Quels autres ? débarrasse-nous de ces souris. 

- Ca me fait mal au coeur de tuer ces bêtes.

- Oh arrête, et tiens pendant que tu y es, demande à ton électricien de nous installer un éclairage là-haut et dans la cave.

Il s’intéresse. Avant de dormir, c’est fort. Je ne vais pas, en plus, lui demander s’il a vu des lutins et des trotte-menu. D’ailleurs, Henri roupille déjà. Paf, d’un coup. Cet homme peut passer des nuits entières à lire devant la télé, saisi d’insomnies féroces, et puis, certains soirs, s’endormir instantanément. 

Puisque c’est comme ça, je passe à l’attaque. Tout de suite. Sans déranger personne.

Enfiler des pantoufles et marcher sur les lattes qui ne craquent pas. Me glisser dans l’escalier en douce et pousser la porte du grenier sans la faire grincer. Surtout, ne pas réveiller Idiot.

Ca n’a pas traîné. Une horde de bestiasses a surgi de l’ombre. Elles sautillaient autour de moi, furieuses ; elles s’aggripaient à l’ourlet de mon tee-shirt et déblatéraient toutes en même temps.

- Oh là ! Oh là ! protestai-je, laissez-moi donc ! Lâchez-moi ! Qu’est-ce que c’est que ces manières ? Au secours !

Au coeur des glapissements, quelques phrases se distinguaient :

- Tu peux crier, personne ne t’entendra ! 

- Une fois passée cette porte, tu es à nous !

Ces attaquants parlaient la même langue que moi. Ils ne ressemblaient pas du tout aux jolies créatures du rez de chaussée, élégantes et précieuses. Celles-ci, dépenaillées, se comportaient comme des furies.

Et des menaces par-ci et des griffures par là ! Heureusement, ces minus n’avaient aucune force dans les mains, ils pouvaient s’acharner sur moi, ils ne réussissaient qu’à me chatouiller sans me blesser.  

Enfin, lassés sans doute de leur propre agitation, les nabots se sont regroupés face à moi, les poings sur les hanches, les yeux propulsant des éclairs de rage.

- Vous avez semé la pagaille dans ma forêt ! a prétendu l’un d’eux.

Un petit garçon vrillait ses yeux bleu ciel dans les miens. Il marchait les pieds nus, un bonnet à bout pointu sur ses cheveux châtain en bataille. 

Un personnage au pelage tacheté titubait à ses côtés, costumé de bric et de broc, un chapeau à demi arraché sur ses oreilles pointues, les pattes ornées de mitaines de cuir ; près de lui, une fille maigre à l’air exténué dodelinait de la tête, tenant négligemment du bout des doigts un gigantesque écheveau de laine, emmêlé par terre à ses cheveux trop longs. Cette fileuse portait aux pieds des pantoufles de fourrure, qui juraient avec sa somptueuse robe de cour moirée, dégoulinant de fanfreluches souillées de boue. Elle semblait avoir terriblement sommeil.

Si ce n’était pas un cauchemar, ça y ressemblait bougrement.

Pourtant, des portes et des fenêtres mal jointes glissait sur moi le courant d’air habituel ; je respirais l’odeur du bois légèrement pourri, celui de la poussière parfumée des vieux costumes de M. Brugnon ; mon propre parfum flottait sur mes vêtements. J’avais même une perception très aigue de ces petits êtres : le cuir du chat, la laine de la belle, les effluves provenant du couffin d’une fillette en rouge, celles des pommes dans une coupe posée à mes pieds. Une jeune fille en robe bleue, les cheveux noirs retenus par un ruban, pinçait ses lèvres carminées ; à son bras se balançait un panier débordant de souliers pour petons de poupées. 

Ahurie, je reculai devant cette réalité aux allures d’hallucination. Je vérifiai mes mains et mes mollets, couverts de griffures. Je battis des paupières, me flanquai une gifle, me pinçai. Ca faisait mal ! Je ne dormais pas ! Ces sacripants existaient bel et bien ! Ils avaient organisé un carnaval, rien que pour moi !

- Euh, vous voulez des bonbons, c’est ça?

- NON ! ont-ils hurlé.

Un bonhomme un peu plus haut que les autres, décharné, à la dentition terrifiante et cahotique, titubait derrière eux. Ses hardes trop larges et trop longues pendaient sur lui comme sur un cintre. Des chaussettes trouées flottaient sur ses orteils comme les voiles d’un bâteau-fantôme.

- Qui êtes-vous donc ?

Le gamin aux pieds nus s’est approché de moi, suivi  de huit momignards du même acabit :

- “C’était” un ogre, dit-il sur un ton de reproche, il n’est plus que l’ombre de lui-même, il est mort de faim.

Bon, ces enfants miniatures et leurs acolytes étaient fous à lier. Ils poussaient un peu loin le bouchon du déguisement. Etait-ce l’époque d’Halloween ? Quand cette nouvelle manie de fêter les morts-vivants a commencé en France, j’ai tout de suite imaginé qu’un tas de maniaques allaient en profiter pour perpétrer des meurtres en série. Et  qui se sentirait bête après ? Les braves gens prêts à se ruiner pour offrir des friandises à ces mendiants d’un soir. Et voilà, qui avait raison ? 

- Eh, Madame !

Une gamine au capuchon perché sur sa queue de cheval, me secouait par la manche :

- Ma galette ! piailla-t-elle. Mon pot de beurre !

- Mon rouet ! pleurnicha la princesse en pantoufles

- Mes bottes ! rugirent en choeur le loupiot, le félin et le géant de poche.

Une pauvresse aux mains couvertes de poudre blanche -si jeune et déjà  droguée ?- gémit:

- Ma peau, ma peau !

J’entendis nettement un “Hi Han !” ironique derrière elle.

- Dégage, souillon, avec ta farine ! lui ordonna une grosse bonne femme, coiffée d’un chapeau pointu. Celle-ci brandissait un index boudiné à l’ongle démesuré devant ma figure. Une baguette lumineuse traversait son chignon, décoré au bout d’une étoile scintillante. De son autre main, la mégère tirait, telle un sac de linge, une jeune pouilleuse à la tignasse emmêlée, laquelle contenait dans son tablier six souris, six lézards et un rat.

Non, ce n’est pas possible. On m’a transportée dans un monde parallèle. Hypnotisée. Droguée ? 

Je vais me réveiller avec une migraine du diable. Je savais qu’il ne fallait pas reprendre de la glace aux fraises cinq fois de suite hier soir, juste avant d’aller au lit.

C’est mon estomac qui m’a sauvée. Prise de violentes nausées, je commençai à hoqueter, sous les regards courroucés de mes accusateurs. Quand ils ont compris que j’allais leur dégobiller dessus, ils se sont égaillés avec des cris d’horreur et de colère, pour me laisser dévaler les escaliers vers la salle de bain. Leurs menaces résonnaient encore à mes oreilles tandis que je plongeais ma tête toute entière dans le lavabo, l’eau fraiche nettoyant ma peau et mes frayeurs.

Le lendemain, ayant repris mes esprits, je me repassai la scène.

A qui me confier ? La seule personne susceptible d’écouter mes divagations semblait être M. Brugnon, l’ancien propriétaire de la maison.

Et me revoici affalée dans sa cuisine, trinquant avec ce monsieur affable, aussi givré qu’imbibé de vin de noix.

- Dites, on ne pourrait pas sortir ? J’étouffe là-dedans.

- Venez dans le jardin, ma p’tite dame, on va suivre l’allée des visiteurs.

- Ah non, pas de visiteurs ! Je veux voir de l’herbe, et des arbres.

- Bon, bon, ne vous énervez pas. Buvez un coup, ça ira mieux.

Dans son jardin, il n’y avait que de la verdure et des statuettes en plâtre, inanimées et colorées. Des sourires bonnasses et figés. Pas de lutins en furie.

- Vous n’avez qu’une solution, déclara M. Brugnon, leur rendre leurs affaires.

- Quelles affaires ?

- Vous m’avez dit que votre fille jouait avec des grandes bottes moisies, que vous aviez extrait des vêtements et des objets de mes malles. Non ?

- Ben oui, mais pourquoi n’avez-vous pas embarqué tout ce fourbi, vous ?

- Si vous croyez que je vous ai tendu un piège, chère Madame, vous avez tout faux. Jamais je n’aurais imaginé que ces sagouins allaient vous importuner.

- Pourquoi, vous, ils vous ont importuné ?

- Hum, fit M. Brugnon, on a eu quelques frictions !

- Franchement, vous auriez pu nous prévenir !

Tout en déambulant, Monsieur Brugnon avala d’un trait le contenu de son verre et sortit la bouteille de sa poche.

- Pas piqué des hannetons, mon petit vin de noix, hein ? Fabrication maison ! Bon, mettez-vous à ma place, vous répondez à ma petite annonce, vous venez visiter ma maison, si je vous avais dit : elle est infestée de créatures invisibles, vous l’auriez achetée ?

- A un prix exorbitant, quand on y pense.

- Au contraire, c’était donné, avec la féerie en prime !

- La féerie ? Créfieu de crénom, je n’ai pas eu une minute de tranquillité depuis que vos canaillous m’ont élue tête de turc !

- Je ne pouvais pas deviner que vous les verriez ! D’habitude il n’y a qu’à moi qu’ils apparaissent. D’ailleurs des fois, je croyais avoir trop bu, mais non, ils étaient là, même quand j’avais dessoûlé. Rendez-leur leurs affaires, et ils vous laisseront peut-être tranquille, je vous dis.

M. Brugnon n’en démordait pas. Il n’avait rien de plus à dire d’ailleurs, sinon des “On remet ça ?”, “Une dernière goutte pour la route ?”, “Revenez me tenir compagnie quand vous voulez, j’ai fait rentrer du Morgon à damner les pions et les daims.” Les daims ?

Monsieur Brugnon, mon nouvel ami, une réclame pour la sobriété au volant.

09:58 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : les cellules etoilées, fantastique, famille, humour

17/02/2010

feuilleton chapitre 12

il parait que je vous ai surchargés avec quatre chapitres d'un coup! Revoici un rythme normal, un chapitre par jour, pour les patients et les impatients.

Merci à tous.

Je bloque avec l'installation des photos et des illustrations, il y a un point que je n'arrive pas à franchir, une fois sélectionné le fichier, il ne s'installe pas, on me le redemande. Quel est ce mystère ? Sans professeur, je ne sais à quoi me référer !

 

LES CELLULES ETOILEES

 

Chapitre 12

LA COURSE AU BUFFET

- Tu viens avec moi ?

- Où ça ? demande Henri, mal réveillé.

Erreur : il n’a pas fini son petit-déjeuner. Avec lui, ça consiste à : allumer l’ordinateur, lire les nouvelles en écoutant les infos à la radio ; accessoirement, c’est aussi s’asseoir, tartiner son pain et avaler son café, l’oeil toujours rivé sur l’écran.

- Ecumer les brocantes du coin.

- Pourquoi ça ?

- Ben, on a besoin d’un buffet, de quelques chaises, de bibliothèques. Tu veux pas venir ?

- Peux pas, j’ai un déjeuner d’affaires.

- Ah, je croyais que tu restais à la maison aujourd’hui ?

- Tu n’as qu’à emmener les enfants, ça les amusera, dit Henri.

Les enfants. Dans une brocante. Je vois d’ici le tableau. Moi qui imaginais une balade en amoureux, avec des rires indulgents devant les rossignols et les inévitables camelotes, des trouvailles pittoresques, un déjeuner seul à seule entre deux explorations.

- Je te fais confiance, conclut Henri, tu seras plus à l’aise qu’avec moi, tu sais combien ça m’agace de piétiner au milieu de tous ces vieux machins qui ne servent à rien.

- L’idée, c’est de trouver des machins qui serviront à quelque chose.

Benito a tenu à m’accompagner, avec Idiot naturellement. Mon fils se moquait bien des meubles, il avait juste envie de jouer avec son chien. Et pour jouer, celui-ci a joué.

Il n’a épargné aucun des hangars où s’entassent antiquités et petits bijoux cachés. Sniff sniff, snouff snouff, ça reniflait, ça postillonnait, ça sprintait. Au passage, ça bousculait les candélabres, les chaises bancales et les bibelots posés à terre. Dans les allées, la bête galopait comme si elle coursait un charcutier en livraison ; les chineurs trébuchaient sur son passage et certains chutaient à qui mieux mieux contre les objets ; pire encore, une fois les lieux explorés, le chien reprenait depuis le début et pissotait sur tout ce qu’il croisait.

J’avais beau le disputer et le tirer par le collet, Idiot n’entendait qu’une seule voix, celle de Benito, et mon fils gloussait à toutes ses bêtises.

On en a fait trois, des brocantes, avant que je ne perde mon sang-froid. A la quatrième, j’ai accroché la laisse d’ Idiot sur un poteau à l’entrée. Le chien a jappé un bon moment, hululé à fendre l’âme et enfin, s’est étalé en travers de l’entrée. Les visiteurs l’enjambaient en râlant ou en riant, quelques-uns sont tombés sur lui. Idiot levait à peine la tête, en exhibant la langue avec son sourire très personnel, et il remuait la queue avec plus de fougue qu’un batteur à oeuf.

Enfin, j’ai dégoté deux buffets pas chers du tout, et une table de salle à manger en bois qui en avait vu de belles, mais évoquait de savoureuses ripailles campagnardes. Je n’ai pas pu résister à six chaises rescapées d’un ensemble Henri II, avec des petites colonnes sculptées du meilleur mauvais goût, mais d’après Benito réjoui, elles ressemblaient à des trônes de château, alors, inutile d’hésiter ! Le tout pour une bouchée de pain.

Les aboiements sonores d’Idiot nous ont rappelés à l’ordre. C’était l’heure de la graille, encore d’après mon fils, qui mélange allégrement les expressions démodées, l’argot et le verlan de son époque.

Pas loin d’Antony, nous nous sommes arrêtés dans un de ces grills adorés des enfants, et là, tous les trois nous avons pioché dans les bacs du self service. Et en avant pour le coin le plus agité et le plus bruyant, où d’autres enfants et d’autres quadrupèdes se démenaient en travaillant des mâchoires et des cordes vocales.

Il ne restait plus qu’à regagner le logis et à retrouver Colette. Ma petite avait passé la journée chez Claudie, heureuse comme tout de se rouler par terre avec ses chiens et de s’empiffrer des gâteaux dont ma chère amie n’est pas avare.

(A suivre)


17:00 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fantastique, famille, suspense, m ystère, humour

15/02/2010

feuilleton chap. 8-9-10-11

J'apprends à aller sur vos blogs à tous et à vous répondre, vous êtes pleins de surprises et de ressources et savez installer de belles photos.

J'espère ne pas vous lasser en publiant ces notes au jour le jour, pour ma part j'adore les feuilletons et je suppose que certains d'entre vous aussi ?

Les illustrations ne sauraient tarder. Merci de votre patience! Amitiés chaleureuses à tous. Hélène

 

LES CELLULES ETOILEES chapitres 8 à 11

 

Chapitre 8

CHIENS ET CHATS

Une petite bêtise pour Benito:

“A la place du chiot surgit soudain un énorme loup-garou, toutes dents dehors, les canines alignées comme les touches d’un piano, pointues et sanglantes. Ses pattes crochues fendaient l’air sous le nez de Liliane, de plus en plus près, un nez sur le point d’être arraché, comme ses sourcils et les ongles de ses orteils .”

Berk.

- On pourrait avoir un chien, M’an ?

Voilà. On était bien tranquille pourtant, pour une fois. J’avais presque oublié la façon dont les Sept Nains m’avaient reçue cette nuit, je m’étais persuadée que les bleus qui couvraient mes mollets ce matin n’avaient rien à voir avec les coups de balai d’une Blanche-Neige imbibée de crack.

Henri me dit que la nuit, je saute comme un haricot mexicain dans le lit, je “fais des bruits abominables avec mon nez et ma gorge”, quelle horreur, et en plus il a souvent l’impression que je me bats. Avec des créatures invisibles.

Colette et moi nous étions dans la cuisine, béates, à partager les oeufs au lait fraichement défournés ; je ne pensais pas encore à la promenade de l’après-midi et encore moins aux corvées du soir, et voilà que mon Benito surgissait de nulle part avec l’idée lumineuse du siècle.

- Oh voui, a fait Colette, ravie, un petit chien !

- Non, un gros, a corrigé sévèrement Benito, pourquoi un petit ?

Colette a bondi de mes genoux en miaulant. Cette gosse est aussi zinzin que sa mère, c’est en tout cas ce que j’ai lu dans les yeux de Benito.

Toute la journée, pour m’embêter, Colette a miaulé, elle a même marché à quatre pattes jusqu’à l’arrivée de son Papa chéri.

- Papa, miaou !

- Mon petit minou, a bêlé le grand dadais en lâchant sa serviette de cuir bourrée de paperasses.

Ils sont partis minauder et bêler en coeur dans le salon, pendant que Benito et moi nous mettions la table.

Après les miaou, Colette a changé de refrain :

- Chester ! Chester, chester, chester !

Elle tape du pied, comme si elle écoutait de la musique techno. Devant son museau, un plateau de fromage étale sa corne d’abondance, bleu, gruyère, chèvre, brebis, carrés frais... au moins une dizaine de fromages, mais son petit nez se plisse de rage, et de sa bouche fuse la mystérieuse imprécation : “Chester ! chester ! chester !”

- Peux-tu te taire un peu, mange plutôt du gruyère, on n’a pas de chester, gronde Henri, qui commence à s’énerver.

La nuit a été longue. Fatigante.

“Une pluie de bottes frappa Liliane de plein fouet. Elle tomba à la renverse sur un amas de branches mortes. Les hurlements de la horde et le fracas du tonnerre étouffèrent ses cris de douleur. Au-dessus d’elle craquaient et gémissaient les branches blafardes des arbres, pliées par le vent ; sous les éclairs de l’orage, leurs racines arrachées du sol fracassaient les airs et rebondissaient sur la fugitive. Les appels à l’aide de Liliane disparaissaient dans la tourmente. Les semelles des bottes écrasaient ses joues, leurs boucles de fer lui lacéraient le visage. Des lambeaux de cuir cinglaient ses jambes. Hors d’haleine, elle tenta de se dégager. Les chats s’abattirent alors sur elle, toutes griffes dehors

Je n’attends pas d’être dévorée pour rejeter les couvertures, les draps, les oreillers, le couvre-lit, le tapis de sol, les pantoufles, et accessoirement le mari, qui encombrent mon lit.

- Quoi encore ! grogne Henri, les quatre fers en l’air.

- Ben euh j’ai fait un cauchemar, j’ai failli me faire bouffer par des chats !

- T’es folle, ma pauv’ chérie, faut te faire soigner !

Benito arrive en trombe :

- Alors Maman, t’en as parlé à Papa ?

- Quoi encore, gronde derechef son père, à qui il vaut mieux ne rien demander avant le premier café.

- C’est rien, mon chéri, bafouillé-je, en essayant de m’extirper du fouillis environnant.

- Vous jouez à cache-tampon ? demande avec dédain mon Benito, du ton d’un maitre d’hôtel dont le client a bavé sur son plastron.

Henri rabat dignement son haut de pijama, déroule les jambes jusqu’aux chevilles ; quant à moi, la chemise de nuit remontée jusqu’au nez, je cache sous l’ amoncellement de textiles des appâts de femme mûre que mon fils n’a pas besoin de connaître avant quelques années.

- Vous jouez tout le temps tout seuls, reproche Benito, on n’arrive pas à petit-déjeuner ensemble.

- Va te coucher, brame son père, qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Et toi, Liliane, si tu ne peux pas dormir, va le préparer, ce petit-déjeuner, laisse-moi récupérer cinq minutes !

Il se recouche en grommelant dans son patois personnel. Je file dans la cuisine remplir la machine à café ; en attendant que tout le monde se lève, je vais m’en boire une grande tasse dans le salon en regardant un épisode de “Buffy contre les Vampires”. Celle-là au moins, elle déguste plus que moi !

Chapitre 9

CHIEN DEVANT !

Traverser une allée du refuge des animaux, c’est sûrement pire que marcher entre les cellules des prisons d’Alcatraz et de Sing Sing réunies. Aucun hurlement humain ne peut se comparer à celui des chiens. De leur gorge émane une plainte si forte et si profonde que les cheveux se dressent sur la tête ; on claque des dents, on frissonne d’horreur, on s’attend à croiser des morts vivants.

En réalité, tous ces pauvres clebs crient la même chose : je suis seul, abandonné, j’ai besoin d’amour, c’est Johnny Hallyday version canine. Ils se jettent contre les grillages et les barreaux et leurs grands yeux larmoient, leurs gueules supplient, leurs pelages sont secoués d’émotions, ils n’en peuvent plus ces pauvres clébards, de solitude, de faim, de soif, de désespoir.

Je n’avais pas emmené Colette, et je n’aurais même pas dû céder aux prières de Benito qui voulait choisir son chien. Choisir. Comme si c’était possible. Il les voulait tous. Je les voulais tous. Et tous nous voulaient.

Nous ne sommes même pas allés au bout de ce couloir de la mort.

Benito et moi avons tourné la tête en même temps vers un “wif wif” particulièrement déchirant. C’était lui. Nous ne ferions pas un pas de plus.

Avec son air résigné et désabusé, la jeune femme qui s’occupait du secteur a ouvert sa cage.

Au fond deux autres chiens dormaient, indifférents au vacarme. Ils semblaient à bout de forces, presque morts.

“Le” chien a eu l’air surpris et a hésité, la truffe levée vers Benito. Mon petit garçon a tendu sa mimine et le chien l’a léchée avec timidité d’abord et avec un enthousiasme qui l’a propulsé hors de son enclos, droit sur la poitrine de son nouveau maître.

Benito riait et pleurait tout à la fois, les bras autour de son petit copain à poils, tout puant et gluant.

J’ai donné un peu d’argent comme convenu, et un peu plus en me disant qu’un refuge pareil ne devait pas être bien riche. Ce n’était pas grand-chose, à côté de ce qu’on nous donnait, à nous : une vie.

Le petit corniaud a sauté dans la voiture en commençant par le siège conducteur. Il tournait en tous sens, bondissait de la place passager aux sièges-arrière. Il dégageait une forte puanteur de chenil.

Benito est monté derrière moi et a refusé de lâcher son pote en délire. Il a mis un certain temps pour lui passer le collier acheté avant notre expédition.

A la maison, le chien a commencé par filer dans le jardin en s’empêtrant dans sa laisse ; il reniflait éperdument, la truffe au sol, piétinait nos maigres plantations et bien sûr, ne manquait pas de pissoter un brin contre les arbres et les pierres.

Je n’arrivais à déterminer ni sa race, ni sa couleur tant il était crotté. Comment lui faire prendre un bain? Il s’agitait avec plus de frénésie qu’une armée de guêpes sur une assiette de confiture. Benito a détaché la laisse de son collier, j’ai poussé la porte de la maison et nous avons regardé le bestiau prendre possession de son foyer.

Il bavait d’allégresse, soufflait et respirait à tue-tête, il courait partout en dérapant, il se roulait sur les tapis et s’élançait avec fureur sur toutes les sufaces vernies et cirées, il jappait, gloussait, éternuait et surtout, cet imbécile ne cessait pas de sourire. Bien sûr que les chiens sourient. Autant que les chats !

Colette est rentrée avec Claudie, qui l’avait gardée pendant notre absence. Elle a poussé des cris de joie et s’est roulée par terre avec le petit pouilleux.

- Manman, a-t-elle crié, ravie, il va nous dire merci, regarde !

- Pauv’ fille, a fait Benito, le nez relevé en signe de dédain, les chiens ne parlent pas !

- Ighirrf ! a fait le chien .

- Ah tu vois ! C’est toi le pauv’gars ! A moi il a dit “il griffe”.

- “Il griffe” ! “Il griffe” ! Ah ah ah, ce qu’elles sont bêtes les filles !

Colette s’est réfugiée contre mes genoux, Benito a joué à chat avec son chien avant de lui jeter ses savates et mes pelotes de laine.

Le chien aboyait, Colette pleurait, Benito s’époumonait, Claudie riait et j’essayais de calmer tout le monde en ramassant les jouets improvisés. Ca dégageait pas mal de bruit.

Henri est rentré, balançant un sac d’épicerie, dans lequel s’entrechoquaient des bouteilles de Côtes du Rhône. Nous étions tous les quatre affalés sur le tapis du salon, à rire et à taquiner le corniaud essoufflé.

- Manquait plus que celui-là, a soupiré le chef de famille.

- Bon je rentre, a dit Claudie, il faut que je sorte les miens, de chiens.

- Et tu n’aurais pas pu dissuader ma femme de ramener ce fauve ici, toi qui as de l’expérience ? a demandé Henri.

Colette a glapi :

- Si tu savais ce qu’ils sont mignons, les chiens de Claudie !

- Et en plus elle a des chats, ai-je ajouté.

Henri m’a jeté un regard noir et s’est réfugié dans l’escalier.

Au dîner, le chien s’était calmé, épuisé, après un bon repas de bourguignon et de riz.

Benito lui a déjà trouvé un nom. Il nous l’a révélé à table, et Henri a failli s’étrangler avec les saucisses du cassoulet.

- Tu es bien sûr de vouloir appeler ce chien “Idiot” ?

- C’est évident, dit Benito, ce nom est gravé sur son front.

- N’a rien de gravé, dit Colette, n’a que des jolis poils beige.

- Il est Idiot, dit Benito, péremptoire, je l’ai vu tout de suite, et en plus, quand je l’ai appelé comme ça, il est venu me lécher.

- Et c’était quand, ça ?

- Tout à l’heure, pendant le goûter.

- Tu venais de manger un hot dog, fait Henri, pas étonnant.

Vexé, Benito s’est tu.


Chapitre 10

TOUS AU GRENIER !

Toute la nuit, il y a eu du potin au-dessus de nos têtes. Une armée en marche, le défilé du quatorze juillet. Je ne rêve pas. Henri se réveille, Colette se réveille, Benito se réveille, je suis réveillée. Et pour couronner la fête, Idiot se réveille. Il aboie, il éructe, il s’entruche.

Benito ricoche dans notre chambre, le pyjama en accordéon autour des genoux, les épis de ses cheveux en bataille.

- Idiot ! Il s’est fait mal ?

On nous envahit par le toit, et ce gringalet ne pense qu’à son bête chien.

Dans sa petite chambre, Colette geint :

- Manman, j’ai peur ! Papa, viens me chercher !

Tout le monde se réunit sur le palier. Idiot dévale les escaliers en glissant sur son arrière-train, animé d’une rage schizophrène qui le transforme en lion. Pour un bâtard croisé de basset, de barzoï, de pékinois et de je ne sais combien d’autres races, pour ne pas dire d’espèces, c’est un exploit. Ca ne l’avance pas à grand chose : le bruit provient d’en haut, pas d’en bas.

Une fois au pied des marches, Idiot se propulse à l’envers dans les escaliers pour les escalader, toujours en glissant, et en plantant bien ses griffes dans le beau bois tout juste ciré.

- Crétin ! crie Henri.

- Il est pas crétin, proteste Benito, il est Idiot !

- Je ne te le fais pas dire ! braille Henri, au bord de la même hystérie que le roquet en question.

Colette, un doigt de sa poupée Chiffon dans la bouche, brandit un poing dodu vers le grenier:

- Là, là ! Des fantômes ! Des monstres ! La souris qui rit !

En effet, le ramdam continue, un mélange de fête foraine, de foire aux bestiaux, de pensionnaires de zoo récalcitrants atteints de la danse de Saint Guy, encouragés par les vivats d’un public de corrida assoiffé de sang, le fracas d’un rallye automobile, tout à la fois.

- Reste avec les enfants, ordonne Henri, chef de l’expédition.

J’adore quand les hommes se prennent pour des généraux, qu’ils cèdent leur place dans les canots de sauvetage, qu’ils disent : “Les femmes et les enfants d’abord”. J’adore quand ils portent les paquets, quand ils se précipitent pour trouver de bonnes places dans le train, au cinéma, au restaurant, quand ils ouvrent les portières de voiture, quand ils se lèvent de table chaque fois qu’on va “faire un brin de toilette” ; j’adore quand ils disent : “Ne fais surtout rien ma chérie, je m’occupe de tout.”

Bon, c’est le moment de profiter à fond de l’aubaine.

Malgré mes inquiétudes, je m’appuie à la rampe, Colette et Benito collés à mes jupes. Le vaillant mari prend le chemin des combles.

Après plusieurs minutes d’incertitude et une nouvelle avalanche de vacarmes en tout genre, Henri redescend en ronchonnant.

Assailli par nos questions, les manches de son pyjama saccagées par ses bambins, il me foudroie d’un air sévère :

- Quand quelqu’un aura décidé de mettre un peu d’ordre dans cette maison, ce genre de cirque ne se reproduira plus.

La machoîre décrochée sur les pantoufles, je le suis dans la chambre des enfants ; Henri les recouche en bougonnant dans une langue inconnue, celle de la mauvaise humeur, qu’il vaut mieux ne pas savoir déchiffrer.

Colette et Benito rient d’aise parce qu’ils trouvent toujours leur Papa hilarant quand il râle. Henri a le chic pour mélanger des injures internationales à son dialecte des Vosges et au parisien le plus parigot. Un jour j’écrirai un dictionnaire rien qu’avec les mots d’Henri.

Une fois dans notre chambre, il s’ allonge, les yeux au plafond, l’air à la fois fulminant et consterné.

- Mais, enfin, chéri, tu vas me dire ce qui s’est passé là-haut ?

Henri me regarde comme si les tentacules de la Méduse m’avaient poussé sur le crâne :

- Ma pauvre Liliane, je sais que tu as du travail à ne plus savoir quand respirer, mais tout de même, tu ne trouves pas que le grenier pourrait ressembler à autre chose qu’à une décharge municipale ?

- Quoi ?

- Pff, fait Henri, et il pose sa belle tête sur l’oreiller pour s’endormir à la seconde.


Chapitre 11

DES BOTTES DE CHAT

Devant moi se dresse une paire de bottes aussi volumineuses qu’éculées, d’où émergent deux petites mains et une tête hilare. Colette.

- Mais, comment as-tu fait pour tomber dans ces horreurs?

Colette rit, soulevant une bouffée de poussière.

- C’est Benito qui m’a aidée. Elles sont belles, hein ?

- Je t’avais pourtant dit de ne toucher à aucun de ces objets. Regarde-moi cette saleté !

Colette baisse la tête, les larmes ne sont pas loin.

- Combien de vieilleries as-tu exhumées du grenier, ma puce, dis à Maman ?

- C’est pas des vieilleries, c’est les affaires des fées.

- Bon d’accord, les affaires des fées. Tu en as descendu d’autres avec Benito ?

- Mais tu sais bien, geint Colette, qui transpire dans ses horribles brodequins. On a pris les affaires des fées, l’aut’ jour toi et moi.

- D’accord chérie, tu veux bien montrer tes belles bottes à Maman ? On les enlève d’abord ?

- Nan, euh si, euh nan, c’est mes bottes.

- Bon, Colette, chérie, écoute-moi bien : on les enlève..

- Nan.

- Tu les montres à Maman...

- Mmm gnan.

- On les brosse ...

- Elles sont pas sales !

- On les met dans ta chambre, si tu veux, d’accord ? Comme ça tu pourras les regarder autant que tu voudras.

- Mmm c’est mes bottes.

Je l’ai extirpée des deux tuyaux de cuir pourri. Colette s’est un peu débattue, mais elle ruisselait tellement là-dedans qu’elle m’en a été reconnaissante.

Il a fallu la relaver avant de lui décrotter son infâme trésor. Elle piaillait tant et plus dans mes pauvres tympans. Ses petits doigts enroulés dans des chiffons, elle s’est resalie en patouillant la cire sur le vieux cuir des bottes ; les découvrir enfin propres et lustrées l’a calmée.

- Voilà, on les met là, près de ton lit, mais promets de ne pas les enfiler sans me le dire.

- Promis, Manman, ‘garde comme elles sont belles ! Peut-être qu’elles font les sept lieux ?

- Ca m’étonnerait ma chérie, il n’y a pas de chat dans le coin, alors elles ne peuvent pas marcher sept lieux d’un coup, tu comprends ?

- Ah non, c’est pas juste, moi je veux un chat.

Manquait plus que ça.

- Un chat ne s’entendrait pas avec Idiot, tu sais, Idiot est un chien. Les chats et les chiens se battent la plupart du temps.

- On n’a qu’à mettre les bottes à Idiot, il fera des sept lieux aussi !

- Bon, c’est l’heure de préparer à manger, on verra tout ça avec Papa.

- Voui, Manman, Papa il saura qui fait les sept lieux.

- C’est ça, peut-être bien qu’il les fera lui-même les sept lieux !

- Tu crois, Manman ?

Le lendemain, même pastis. Colette s’est enroulée dans des haillons qui d’après elle, ont appartenu à Cendrillon.

- J’ai aussi des crayons, dit-elle.

Elle brandit sous mon nez un vieil escarpin en plastique bourré de crayons.

- C’est mon plumier !

- Et d’où sors-tu cette coch... ce plumier, ma chérie ?

- L’ai trouvé dans l’escalier ; l’est en verre tu vois, comme la pantoufle de Cendrillon.

Avec un soupir, je la cale sur mes genoux et lui fourre un crayon dans la main.

- Il est drôle ton ogre, Manman. Tu fais plus de Martiens ? Moi je vais dessiner les petits Poucets.

Nous sommes seules dans la maison. Idiot s’est couché sur mes pieds et s’est endormi. Il ronflotte et bavotte dans mes pantoufles.

Colette griffonne des ronds, “les têtes des Poucets qui dorment”. Sur la table trainent un bavoir, une écumoire, une assiette avec les reliefs des oeufs au plat avalés par Henri au petit-déjeuner, un exemplaire de “Elle” écorné, un lego et des cubes, un relevé d’eau, une boite de crayons de couleurs, des papiers de brouillons, un dé à coudre, des socquettes.

- T’as pas rangé, Manman.

- Eh non, ma puce, aujourd’hui je n’en ai pas envie.

- Tu préfères dessiner ?

C’est ça, je préfère dessiner. En guettant les apparitions intempestives.

J’ai tout de même d’autres soucis dans la vie. Benito qui ne me raconte jamais rien de sa vie scolaire. Henri qui n’est là que pour manger et dormir. En gros. Le boulot ménager, comment gagner des sous supplémentaires. Comment chasser les lutins de ma cuisine, les créatures de l’ombre, les monstres des placards, les mutants du grenier.

Demain j’attends le plombier, pour la fuite dans la cave, après-demain l’électricien, pour toutes les prises arrachées du mur et celles qui ne marchent pas du tout, après-après-demain le ramoneur, et la semaine prochaine le couvreur pour des tuiles déplacées.

- J’ai vu la souris, dit Colette.

- Quoi ?

- La souris qui rit.

- Quand, comment ?

- La Souris qui rit, elle saute sur le lit, elle fait des grimaces, elle lit.

- Hein ?

- Elle lit. Oh regarde, ton prince, il a les dents pointues !

- Mais...

Colette glisse le long de mes jambes et se met à tournoyer en fredonnant.

- Elle lit, la souris, elle lit la souris, le Prince il est moche, lali lala.

- Dis-moi, mon chou, tu ne veux pas la dessiner, la souris ? Montre à Maman.

- Nan, nan, moi danse avec Idiot.

Et c’est ce qu’ils font, tous les deux, le chien et la naine, sur le tapis ; et pendant ce temps-là, sous les fenêtres galope le cocker doré, qui vient faire pipi sur mon rosier fraîchement planté, talonné par la Dame qui le gronde, mais si tendrement que le cocker lui rit au nez.

Mon amie Claudie, qui passe de temps en temps, remarque :

- Tu es sûre de ne pas en faire trop ? Tu dois être fatiguée, tu as des hallucinations, c’est tout.

- Et ça, c’est des hallus ? lui dis-je en exhibant mes mains griffées, mes orteils mordillés, mes bleus.

Claudie part d’un rire égrillard :

- Dis donc ton mari, il est en pleine forme !

- Quoi, t’es folle ! Henri ne m’a rien fait !

- C’est ça oui, et le suçon là dans le cou ?

- C’est pas un suçon, c’est un coup de patte !

- Ah ah ! fait Claudie, de mieux en mieux, tu laisses le chien dormir dans ton lit !

- Mais t’es vraiment givrée ma pauv’ fille, je préfère entendre ça que d’être sourde !

- Je te donne l’adresse d’un bon psy, glousse-t-elle.

Décourageant. Je l’entraîne dans la cuisine.

- Regarde, là et là, tu ne vois pas les empreintes de leur pas, non ?

- Je vois juste que t’as pas lavé le carrelage, ouais !

Le mur. Les marches du grenier. Je vais les lui montrer:

- Et ça, c’est de la crasse de carrelage peut-être ?

- Non, c’est de la crasse de mur et d’escalier.

Déprimant. Retour à la cuisine. Vite un siège.

- Tu n’es plus mon amie.

- Bon, dit Claudie, on va se faire un super-café et tu vas tout me raconter du début à la fin. Au fait t’es sûre que tu n’es pas frustrée sexuellement en ce moment ?

- Oh noooon.... pas ça.....

- Pleure pas ma ’nouche, allez viens dire à ta copine ce qui ne va pas.

Elle ne m’a pas crue. Elle a tout mis sur le manque de sommeil, sur le surmenage, le changement de décor, le fait d’habiter la banlieue et de ne plus prendre le métro, sur le silence de notre petite rue, la poussière et la solitude de la ménagère de fond.

- Ch’uis pas une ménagère de fond, j’ai une activité.

- A part torcher les mômes et le mari ?

- Ils se torchent tout seuls, déjà, et moi j’ai repris mes illustrations, faut bien qu’on vive.

- Ce serait pas mieux pour toi d’aller dans un bureau, de voir du monde ? s’intéresse ma Claudie, tirée à quatre épingles, à la mode, parfumée, jamais enfermée dans son trou.

- Du monde, ah ah ah, si tu savais le monde qui grouille dans cette turne !

Claudie lève les yeux au ciel :

- Du monde, du vrai, des êtres humains comme toi, pas des fantômes.

Alors là c’était trop, j’ai piqué une crise de larmes et il a fallu ouvrir une bouteille de gin, presser des citrons, givrer des verres, saler leurs bords, sortir des pistaches, des brezels, des olives, des piments, des blinis et du tarama, des gressins au sésame, de la purée d’aubergines, du tzatziki ...

- Bon, tu crois que ça va suffire pour te requinquer ? fait Claudie, lassée de faire le service, faut que j’aille voir ce que font mes chiens.

Ses chiens. Entre deux gorgées de remontant, je vois ses deux clébards se rouler sur ma pelouse mal tondue avec Idiot, tout cochonné, et comme par hasard, le cocker doré de la Dame mystérieuse. Elle aussi, tiens, j’ai rêvé d’elle. Si ça se trouve c’est une illusion, pas une vraie dame.

- Dis donc, me crie Claudie par la fenêtre, il est à toi le chien roux ?

Je lui fais un signe de dénégation de la main gauche, la droite étant occupée à monter et descendre le verre de la table à mes lèvres.

La dame au cocker se pointe, et pour une fois qu’elle l’ouvre, je ne l’entends pas. Avec Claudie, elle entame une discussion animée, elle s’esclaffe, elle désigne les quatre chiens avec de grands gestes.

Enfin, elle rappelle son cocker et les voilà qui s’éloignent en dansant, oui, en dansant, je ne rêve pas, j’ai les yeux ouverts, les oreilles coincées vers la vitre, les trous de nez béants, la bouche idem ; c’est le deuxième chien que je vois danser, Idiot, et maintenant ce clebs doré ; et pire encore, voilà que le long de la grille du jardin, défilent des petits êtres affublés d’oripeaux chatoyants, tout petits, plus petits que des nains de jardin, des homoncules, des femmelettes, des gros et des fluets, des animaux à trompe, à poils, à bosses, à queues, à plumes, des chariots minuscules, et preuve que je ne suis pas cinglée, les deux chiens de Claudie et le mien, Idiot, mon Idiot chéri, tous trois se précipitent vers cette procession et reniflent et aboient et grattent le sol, et deviennent zinzins à tourbillonner alors que les mistoulinets s’évanouissent dans un endroit du jardin où il n’y a rien, pas de trou, pas de passage, pas de porte, pas de brèche.

- T’as vu ? t’as vu ?

- Quoi ? dit Claudie en repassant la porte de la cuisine.

Je me rassois, sonnée.

- T’as rien vu.

- Elle est sympa la fille au cocker, dit Claudie, tu la connais ?

- Vaguement.

- Au fait, Idiot, il faudrait lui nettoyer les pattes, ses coussinets sont tous englués.

- Ouais ouais.

- Ses oreilles aussi, tu sais, à force de trainer par terre.

- Ouais ouais.

Claudie lève un sourcil étonné.

- Bon, enfin je ne vais pas te dire ce que tu dois faire avec ton chien, hein? Arrête de boire, ça te fatigue.

- Ouais ouais.

- Bon j’y vais, dit ma copine. Allez les enfants, on rentre !

Ses bestioles bondissent dans sa voiture, caracolant gaiement sur les sièges en faux cuir, me laissant là, dans la maison vide, avec une bouteille de gin, des amuse-gueules, des êtres jaillis du monde invisible ; et Idiot et ses coussinets bouchés.


(A suivre !) 

10:23 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : les cellules etoilées, famille, fantastique, animaux, mystère

12/02/2010

feuilleton Chapitre 7

Merci de venir lire mes élucubrations. Je suis stupéfaite et émerveillée par le nombre de vos visites !

(Résumé : Liliane est allée voir l'ancien propriétaire de sa maison. Accueillant et jovial, il raconte de drôles histoires sur les mystérieux habitants)

Les Cellules Etoilées

Chapitre 7

TROIS BOULEDOGUES

Un petit rêve pour Benito :

“Liliane trébucha sur les boules de pétanque et s’affala devant les Chevaliers. Toute l’ Armée de Rafar le Cruel s’esclaffa quand elle se releva, la culotte sur les chevilles. Les armures des guerriers scintillaient, aveuglantes. Les yeux de Liliane pleuraient à chaudes larmes. Les chevaux aîlés des Chevaliers piaffèrent à l’unisson et entamèrent une série de ruades destinées à la réduire en poussière. Trois boules de billard lui frappèrent le front. Liliane ferma ses paupières brûlantes en voyant trois boulets de canon enrobés de flammes foncer vers sa figure.”

- Benito, ne répète pas à ta soeur ce que je viens de te raconter !

- Oh mais pourquoi, M’an, c’est fumant, j’ai jamais entendu des cauchemars pareil !

- Quand même, c’est un peu raide pour une fillette de trois ans, alors tais-toi, sinon, pas de dessert pendant une semaine.

- Bah, fait Benito, avec sa petite grimace de futur tombeur.

Et voilà ma Colette qui approche.

- ’Zour Manman, ça sent bon le chocolat.

De bonne humeur, quel trésor ! Il y a des jours comme ça, où je me moque complètement des tyrans nocturnes quand je vois la frimousse de mes enfants chéris émerger de la nuit. De vrais arcs en ciels.

Et en voici un autre, un soleil, un grand beau temps.

- Alors, ça boume ?

Et Henri, dans la foulée, entonne : “Prosper Yop la boum, c’est le roi du macadam ! Prosper Yop la boum, c’est le chéri de ces dames”.

- Maman, hoquette Colette, hier tu m’as dit que les trois bouledogues exauçaient les voeux, tu crois qu’ils pourraient m’apporter une trotinette rouge à Noël ?

- Euh, qui ça ? les trois quoi ?

- Les bouledogues.

- C’est quoi cette histoire de chiens, je ne t’ai pas raconté ça?

Colette sirote son Banania, avec sur son mignon visage cet air satisfait des bienheureux à l’abri de l’insomnie.

- Si, t’as dit que la vieille fée, elle avait donné trois bouledogues à Finette et Finette, elle pouvait faire un voeu chaque fois qu’elle en sortait un de sa poche.

- Un quoi ?

- Ben, un bouledogue, s’impatiente ma fille.

J’ai pas mal de tracas, ménagers et existentiels, mais quand même, je perds sûrement la boule. Une des trois boules d’or.

Benito interrompt cet enrichissant échange en réclamant ses céréales.

Avec son père, iI entame une discussion sur les mérites comparés des flocons d’avoine et des müsli à base de semoule. Moi qui croyais que le seul souci des enfants consistait à échanger des figurines de super-héros japonisants, je reste soufflée, comme le blé de son petit-déjeuner. Colette agrémente la discussion de postillons de semoule.

Le sort des trois bouledogues va devoir attendre.

Et celui du grenier aussi.

J’ai pris un gros retard dans mon travail

Si l’éditeur de “Pastor et les Martiens” s’en aperçoit, il va me virer, sûr et certain.

Au bout de quatre pause-café, de quatre tasses renversées sur leurs soucoupes, je décroche le téléphone.

- Liliane, où en êtes-vous de “Pastor et les Martiens” ? s’enquiert, affable, M. Grommeleck, mon patron.

Pastor, crénom, comme si je n’avais pas assez des souris et des hiboux.

- Euh, comment ça ?

- Il vous reste un mois pour finir vos illustrations, vous ne l’avez pas oublié ?

- Ben non, j’ai presque fini, je peaufine.

- Peaufinez vite alors, parce que la maquette est prête, on n’attend plus que vos dessins pour combler les blancs. Ce n’est pas un déménagement qui devrait vous empêcher de terminer votre travail.

M. Grommeleck est coulant, mais sévère quand il le faut. Une allure paternelle, avec des cheveux gris, une calvitie naissante, une silhouette un peu enveloppée. Il porte des costumes sur mesure avec des cravates assorties, et quand il pleut, il orne sa tête d’un chapeau, comme mon grand-père autrefois. Je l’aime bien, mais il m’impressionne ; c’est un homme d’un autre temps qui sait se faire respecter. Quand j’entends sa voix grave au téléphone, je me sens coupable, même si j’ai déjà rendu mes illustrations en temps et heure !

- C’est presque fini, M. Grommeleck, promis, vous les aurez dans quelques semaines.

- Trois semaines, dernier délai, après je prends les dessins de votre rival.

- Pas de problème, trois semaines, promis juré.

Mon rival, ça non alors !

Bon. “Pastor et les Martiens”. Il faut vite le torcher celui-là. C’est une fille idote qui a écrit cette histoire idiote pour lecteurs de 5 à 8 ans. Et moi, ne suis-je pas une illustratrice idiote de servir la soupe à une crétinerie pareille ?

“C’est exactement ça, m’a répété Henri, en lisant le début de Pastor et les Martiens, tu as certainement dans tes tiroirs des histoires moins abêtissantes pour les enfants.”

Des chevaliers sadiques, un âne qui éjecte des pièces d’or en me crachant dessus, ce serait “moins abêtissant” ? Voilà qui mérite réflexion.

Entre la télé et la table à repasser, des silhouettes furtives se faufilent, mais à ce stade de la journée, je veux les ignorer. Ce n’est qu’une illusion.

La seule personne à qui je peux me confier : mon amie de toujours, Claudie. Je lui téléphone sans délai. Ca devient une habitude.

Nous avons discuté une heure. Elle a beaucoup ri de mes “visions” et n’a pas voulu croire à leur réalité. Elle s’est seulement inquiétée : “Tu es sûre d’avoir fumé une cigarette et pas un pétard, dans ta cuisine ? Prends donc un calmant et va te coucher.”

A part le plaisir d’entendre sa voix, je n’ai pas puisé de réconfort dans ses paroles.

L’heure était venue de récupérer ma progéniture. La petite d’abord, pressée de dévorer son goûter, le grand ensuite, qui a daigné se sustenter, c’est ce qu’il a dit : “Je viens me sustenter”, avant d’aller jouer chez son copain Mounir.

Il restait encore de quoi m’épanouir : débarrasser leur vaisselle et préparer le dîner pour quatre personnes.

- Je sais pas quoi faire, geignait Colette. Je veux fouiller le grenier.

- Demain, mon poussin, il est trop tard maintenant. Il faut que je dessine pour mon travail.

- Fais voir Manman, c’est Pastor?

- Et les Martiens, oui.

- Raconte les Martiens.

- D’accord, on s’assoit, on dessine ensemble et je te raconte.

Le lendemain, un mercredi, les deux petits sur les bras, Pastor et les Martiens à “peaufiner”, j’étais sur le point d’abandonner l’idée de farfouiller dans le grenier. Un instant, je songeai à égarer ma progéniture dans le parc de la résidence voisine, mais on m’aurait reproché d’être une mauvaise mère. Colette insistait, lassée de colorier mes brouillons : “Grenier, grenier !”

Alarmé par tant d’insistance, Benito a prétexté des devoirs de vacances à faire avec Mounir, quel petit menteur !

“Je t’appellerai avant de rentrer, m’a-t-il annoncé d’ un air hypocrite, mais ne m’attend pas avant dix-neuf heures. La maman de Mounir me ramènera.”

Il a arboré son air de premier de la classe, imbu de son avenir probable de chef d’état, et s’est éloigné dignement avec son petit cartable. S’il n’avait pas été mon fils, je l’aurais fait tourner sur le parquet comme une toupie.

- Il aime pas ranger, Benito, a dit Colette, perspicace, avec son divin sourire à fossettes.

Elle au moins, quand il s’agit de brasser des objets, elle vaut bien un troupeau de fadas des soldes.

- Neuneu, chantonne Colette, où il est Neuneu ?

- C’est le fou des greniers, un neuneu qui aime vivre dans la pagaille !

- Chic, dit Colette, alors moi je vais le trouver le neuneu.

Des vieux meubles, le grenier en regorgeait. Merci à M. Brugnon, ex-proprétaire, fabricant de vin de noix hallucinogène. Si je dégotais des meubles de rangement pas trop abîmés, je pourrais les retaper.

Colette, tout excitée, espérait dénicher des pochettes-surprises dans tous les coins poussiéreux. Des cotillons, des feux d’artifices. Et des crécelles, des trompettes, des confettis.

On a pêché un peu de tout, dans des grosses valises et des cantines aux serrures rouillées. Maintenant je comprenais ce que M. Brugnon entendait par : “Ca va faire pas mal de cochonneries à déblayer”.

Il avait entreposé les vieux costumes de sa troupe de théâtre itinérante, de vraies reliques ; il fallait beaucoup d’imagination pour y déceler un peu de leur éclat d’origine, mais Colette en avait à revendre.

- Oh c’est beau ! s’extasiait-elle, devant les lambeaux de tulle de robes défraîchies.

Les souliers tombaient en morceaux, les chapeaux empestaient le renfermé. Un essaim de mites s’échappa d’un flot d’étoles de skunks trouées.

Colette éternuait, moi aussi, mais j’avais beau lui intimer de quitter ce nid de saletés, ma petite ne voulait rien entendre.

- Le trésor, disait-elle, tout excitée, tu vas voir, sous les robes des reines, on va trouver le trésor des rois.

Que lui avais-je donc lu la veille ?

Peau d’Âne, et cette stupide affaire de l’âne qui remplit des seaux de pièces d’or tous les matins au lieu de bon crottin pour les plantations.

Et la veille, on s’était coltiné les Rois Mages avec leurs présents inestimables croulant sur le dos de leurs chameaux exténués. L’encens, la myrrhe et l’or. On en trouve maintenant partout à Barbès.

- Là, là ! hurle ma bambine.

Là là : une boite à chaussures, dont le couvercle s’effondre entre les doigts. A l’intérieur, des colliers de verre, des bracelets de plastique, des diadèmes en papier mâché.

- Là là ! braille Colette

Là là : un autre étui, plus long, tout aussi délabré, contenant des épées en caoutchouc, des couvre-chef aux plumes engluées de crasse, des rubans aux couleurs passés.

- Là là ! s’époumonne Colette.

- Bon, écoute ma chérie, regarde tout ça autant que tu veux, pousse les cris que tu veux, mais pas trop fort, laisse maman explorer.

- Oui, oui, s’extasie Colette, là là ! oh, là là !

Deux heures plus tard, je n’ai récupéré qu’un secrétaire piqueté et des planches pour des étagères. Quand j’appelle ma petite poupée : “C’est l’heure de déjeuner !”, un farfadet noir comme le charbon saute devant moi dans un nuage de poussière et de suie, couvert de hardes et bardé d’objets tintinabulant.

- Manman, t’as vu, fait Colette sous son camouflage, j’ ai des tas de trésors !

D’une grande malle, sentant très fort la naphtaline, elle avait extrait : des bottes de cuir usées et craquelées, une peau de renard mitée avec des yeux de verre et des lambeaux d’oreilles, une cape rouge sale avec des taches visqueuses, un panier à la paille déchiquetée, une bourse en loques, trois balles souillées par au moins les jeux de pelote mortels des anciens Mayas ...

- Ce ne sont que des vieilleries, allez viens, ma chérie, on va se nettoyer et déjeuner.

- Mais si, regarde, insiste ma fifille.

En soupirant, je me penche. Sur la partie intérieure du couvercle, une grande étiquette à demi effacée indique, d’une écriture désuète avec pleins et déliés : “Tournée Contes de Fées”. Une illustration au pochoir presque effacée entoure ce titre, sur laquelle s’ébattent des créatures diaphanes. D’éventuelles fées, épuisées et défraîchies par plusieurs saisons de sabbats.

Colette, en ébullition, plonge ses petits bras dans le magma, à la recherche d’un rouet, d’une baguette magique, d’une couronne ; je m’en veux soudain de lui avoir déversé chaque soir autant de balivernes pour l’endormir.

- Bon, Colette, maintenant, ça suffit, on descend !

- Manman ? fait-elle, surprise.

- Tous ces déguisements usés, moisis ...

- Nan, tu comprends rien, c’est les affaires des fées.

Après quoi, Colette fait la tête. Elle refuse de descendre.

Craignant ses hurlements imminents, je lui demande posément ce qu’elle veut à la fin.

- Je veux apporter des choses pour Papa ! Et Benito, et toi !

- Mais je ne veux rien, ma Colette, des meubles, c’est tout.

- M’en fous, grogne-t-elle, oubliant qu’elle n’a pas le droit de jurer. Moi, veux des cadeaux pour Papa et Benito.

- Bon, prend-les vite alors et après on va déjeuner.

L’ après-midi, sur le dernier niveau du grenier, accessible par une échelle, je dégote deux commodes, une armoire et deux tables pas trop déglinguées. Pas de quoi sauter de joie.

La peau de Colette est toute rose dans le bain. Il a fallu trois couches de savon pour effacer les salissures. Le corps adouci par une bonne friction à l’huile d’amande, ma petite princesse s’est laissé envelopper dans son peignoir. Maintenant elle feint le sommeil, et malgré son expression boudeuse, je reconnais dans son abandon une volupté certaine.

Elle ne perd pas un mot de ma comptine :

“Nous sortons la nuit, et dans les salades, faisant des gambades, nous allons manger. Manger sans grimace, cloporte ou limace, du ver qu’on ramasse, dans le potager.”

La Chanson des Crapauds. Cette nuit, c’est sûr, je vais rêver d’un prince charmant. Je l’embrasserai et il se transformera en crapaud, ou pire, il m’embrassera et c’est moi qui serai changée en crapaude. Les grenouilles des sept plaies d’Egypte me dégringoleront sur la tête.

Les enfants endormis, mon prince Henri et moi, nous trinquons avec du Saint Emilion. Il m’a acheté un bouquet de roses. Le genre d’attention qui me console de tout. Je peux enfin m’asseoir et grignoter en sa compagnie.

On croit qu’il suffit de le rencontrer et de l’épouser, le Prince Charmant. On ne sait pas encore, le jour des noces, qu’il faut lui laver son linge, le repasser, le ranger, nourrir ses quatre-vingt kilos, refaire son côté de lit transformé en toupie, lui prendre rendez-vous chez le docteur, chez l’ophtalmo, chez le dentiste, lui rappeler de vidanger la voiture et de téléphoner à sa mère, trier ses chaussettes usées, avec en plus l’obligation, je dis bien obligation, sinon, on est foutue, séduite et abandonnée, de rester pimpante et mignonne et compréhensive, et naturellement une bombe au lit. Je vous demande un peu.

Est-ce que ça n’aurait pas été chouette d’être un ange sauvage et de sillonner les routes avec ma grosse moto, les bras couverts de tatouages, au son d’un hard rock diabolique, avec sur ma selle, de temps à autre, une pimpante pépée qui aurait passé son temps à se reposer et à s’amuser pour moi ? J’aurais bu des bières en regardant des conneries à la télé, j’aurais jeté les canettes dessus et tiré sur l’écran comme Elvis quand le programme l’énervait. Et pendant ce temps-là, ma galante aurait minaudé dans son tablier de soubrette, rien que pour me faire plaisir.

La prochaine fois, je naîtrai garçon.

Peut-être.

Parce que si on m’en donne le choix, je suis sûre que je choisirai ma vie, la même, celle que je vis maintenant. Avec le même homme, avec les mêmes enfants.

(A suivre!)

11:47 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : les cellules etoilées, famille, fantastique, humour, mystère, rire

11/02/2010

Les Cellules Etoilées Chapitres 5 et 6

Merci à tous les lecteurs, qu'ils soient 1, 2 ou 100, c'est émouvant, car un livre, c'est du rêve, mais aussi beaucoup de travail !

(Résumé : Liliane et sa famille ont emménagé dans une maison de la banlieue de Paris. Des visiteurs inattendus envahissent leur vie quotidienne, professionnelle et sentimentale)


Les Cellules Etoilées

Chapitre 5 - Des hommes et des souris

“- Ah ah ah ! ricana l’ Âne en trépignant du sabot, tu viens encore me taper ?

Autour de lui des seaux à lait débordaient de pièces d’or ; il en coulait plein sa litière. L’âne les repoussait avec irritation loin de ses pattes et flanquait des ruades à tout va. Impossible pour Liliane de s’en approcher.

- Vise-moi un peu, fit l’ Âne entre deux jets de salive noirâtre, j’ai appris à chiquer ! Ca t’en bouche un coin, hein ?

Liliane en reçut plein la figure.

- Ca pique, fiche-moi la paix !

- Tu es obligée de vider le seau, vile manante, gronda l’ Âne, et pour ta fête, j’ai eu la colique cette nuit !

Les pièces d’or puaient. Elles avaient la couleur du caca.”

Ca pue ici. Non. Je dors. Je ne dors plus. J’entr’ouve un oeil.

Pas d’Âne, pas de seau. Pas de caca. Ca sent le café et la vanille.

Debout Liliane. Tu as des cartons à démolir.

Chez nous, à Paris, l’appartement paraissait surchargé. Les déménageurs, quand je leur ai réclamé un devis, ont tous levé les yeux au ciel, poussé des “oh” et des “oh la la”, prédit deux cents cartons minimum pour les livres, deux fois plus pour les cassettes, et : “A quoi bon garder des bouquins qu’on a lus ?” et : “Vous feriez mieux de jeter tous ces vieux magazines, ça n’a aucune valeur !” Et : “Les vieilles cassettes, ça s’efface tout seul avec le temps, les DVD, vous ne savez pas ce que c’est ?”. L’un d’eux avait hoché de la casquette : “Vous ne les regardez même plus, j’en suis sûr, et quand vous en cherchez une, vous ne la trouvez pas !” Sur ce point, il n’avait pas tort.

Les meubles, du menu fretin ; la vaisselle, de la bagatelle, ils en avaient vu d’autres : “Vous pensez, ma petite dame, ce n’est pas vos quatre fourchettes et vos deux soupières qui vont nous effrayer !” mais : “Les vieux disques vynile, pourquoi vous les conservez ? On achète des C.D. maintenant “, et : “Toutes ces bandes dessinées inutiles, ils sont grands vos enfants, maintenant”. Trois ans et sept ans, c’est vachement grand, pour sûr.

Et de me livrer des centaines d’emballages, et d’agoniser : “Pèse lourd tout ça, mélangez avec des vêtements, sinon on va se casser les reins.”

A la fin, quand tout a été déchargé, les déménageurs ne s’étaient pas du tout cassé les reins, ils avaient soulevé chaque colis comme s’il s’agissait d’un coussin de plumes, déplorant finalement que leur camion fût à moitié vide.

Ca m’aurait plu de leur flanquer des coups de poings, de leur rouler sur la tête, de voir s’ébranler leurs cent kilogs de muscles, s’effondrer leurs bajoues de Forts des Halles.

Allons donc dans le grenier, voir s’il ne traîne pas quelques meubles.

A mi-chemin, je m’assieds dans l’escalier ; et si je me chauffais un petit café ? Et si je reportais mes fouilles à un autre jour ? Quoi de plus rassurant au fond, de vivre parmi les sacs et les caisses, ça donne l’impression de pouvoir repartir ailleurs. Hop, un ou deux paquets dans une camionnette, et à moi la route !

Il y a un boucan du diable dans ce grenier. Des souris ? J’entends comme des petits rires, des bruits furtifs de pas de course.

Tremblante, j’entrebaille la porte. De quoi une grande dinde comme moi peut-elle bien avoir peur? De museaux levés vers moi, d’ oreilles dressées et de sourires mauvais sur des babines baveuses ? D’après Colette et Benito, des monstres vivent dans les placards. Certains se tapissent sous les lits. Dans les greniers et les caves, c’est la fiesta mexicaine jour et nuit. Au lieu de les épouvanter, cette perspective réjouit mes rejetons.

Soudain, des balles de couleurs sombres s’élèvent dans les airs et tourbillonnent du sol au plafond, des silhouettes affolées roulent et rebondissent sur le sol, trottent en rayant le parquet de leurs griffes, je les vois, de tous mes yeux, déraper et s’engouffrer frénétiquement dans les trous des murs.

Si des animaux s’incrustent dans le grenier, une seule personne est au courant : l’ancien propriétaire.

Chapitre 6 -

SANTÉ !

M. Brugnon, l’ex-propriétaire de notre maison, arbore le teint rouge des amateurs de bonnes bouteilles. Un gros nez piqueté à la W.C. Fields, l’acteur comique allergique aux enfants, et un sourire qui escamote ses yeux bleus plissés-soleil.

- Alors, vous n’êtes pas trop gênée par tout le bazar que j’ai laissé là-haut ? m’assaille-t-il sitôt le grenier mentionné.

- Non, non, c’est pas ça...

- Vous voulez que je débarrasse ? Je m’en doutais.

- Non, non...

- Ah, j’ai eu tort de négliger ce fatras, c’est vrai, y a pas de raison pour que vous en subissiez les conséquences.

- Mais, il ne s’agit pas de ça, Monsieur Bru ...

- Ah, vous voulez les vendre et vous n’osez pas ?

- Mais non, enfin ...

- Bah, si ça peut vous rapporter un peu de sous, allez-y, je ne les pleurerai pas, ces vieilleries. Le jour où j’ai vendu la maison, j’ai dit adieu à tout ce qu’elle contenait !

- Mais ...

- Venez, on va boire un coup.

- Il n’est pas un peu tôt, là ?

- Jamais trop tôt pour se faire du bien ! Allons dans la cuisine, c’est la pièce la plus agréable.

Le foyer de M. Brugnon ne ressemble pas du tout à celui qu’il nous a cédé. Chez nous, un petit pavillon entouré de plantations anarchiques, pas de nains de jardin, pas de Blanche-Neige en plâtre peint, pas de jardinières sur un faux puits. Chez lui, oui.

Dans sa cuisine, des plantes s’enchevêtrent aux poignées de portes et aux fenêtres, des chats entretiennent un ballet incessant entre la porte grande ouverte et les écuelles posées par terre, sur un carrelage orné de fleurettes et de personnages de dessins animés. J’aurais plutôt imaginé M. Brugnon dans un boxon avec sur les genoux des femmes à quadruple air-bags ; au moins des tonnelets disséminés dans tous les coins apportent-ils à mes yeux une touche de réalisme à son décor enfantin.

L’ambiance est douce, avec une grande table au milieu, des chaises en pin clair, une grosse corbeille de fruits ; des feuillages pendus au plafond caressent les cheveux. Certains traînent si bas qu’il faut baisser la tête pour circuler. Sur le rebord de la fenêtre, le lierre de la façade grignote le dernier espace disponible.

Après quelques verres, M. Brugnon m’annonce, les yeux étrécis, qu’il était accessoiriste de théâtre ; je le savais déjà ; “A la retraite”, croit-il bon de préciser.

Je ne vois pas le rapport avec mes préoccupations.

- Il y a des souris dans le plafond, lui dis-je.

- Des souris, ah ah ah !

- Comment ah ah ah ?

- Des souris, y en a toujours eu, elle font la foire avec les rats des champs et les hiboux.

- Comment ça ?

- Vous n’avez pas repéré des pelotes dans les coins ?

- Des pelotes ? ? ?

- Ces boules de poils, d’os, de plumes que produisent les chouettes et les hiboux ?

- Ah si, ça vole dans tous les sens quand j’ouvre la porte, c’est des pelotes alors ?

- Mais oui, ah, ces gens de la ville !

- Ben, on n’est qu’en banlieue parisienne, quand même ! Vous êtes d’où, vous ?

- Chevilly-Larue.

- Ah ça, comme campagne, c’est le fin fond de la jungle !

Il me dévisage, les joues rouges, l’oeil pétillant et rit de bon coeur.

- Allez, reprenez-moi de ce petit tord-boyau maison.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Du vin de noix, c’est moi qui l’ai fabriqué. J’ai un noyer dans le jardin, z’avez pas vu ?

On trinque.

Faut pas je boive, je conduis.

- Ah ah ah ! mugit derechef l’ex-proprio de la souricière.

- Et mes souris ? Parce qu’il n’y a pas que des pelotes là-haut, on trébuche sur des crottinettes, en veux-tu en voilà !

- Vos souris ! Et vos hiboux ! Y a rien à faire, ces saletés-là sont increvables !

- Dans un sens, ça m’embêterait de faire la chasse aux souris, et encore plus aux hiboux, mais j’aimerais qu’ils arrêtent de me réveiller la nuit.

- Indestructibles je vous dis, faut vivre avec.

- C’est à cause de cette faune que vous avez déménagé ?

- Mais non, vous rigolez ! J’adorais ce boucan, j’avais l’impression que ces bestioles se déguisaient avec mes costumes pour faire la nouba.

- Et comment les convaincre d’attendre le matin pour se déchaîner, après que le réveil a sonné ?

- Ah ça, faut le leur demander.

Ben tiens. Je vais même leur passer un coup de fil, aux souris. Ou leur poster une lettre recommandée avec accusé de réception.

Et de boire. Et M. Brugnon d’ajouter :

- Ouais, faut leur demander. Et gentiment encore.

Sur ce, il m’entraîne dans la cave pour goûter à ses petits vins de derrière les fagots. Il en a beaucoup.

- Il faut leur parler, me répéte M. Brugnon, elles vous écouteront, si vous savez les prendre.

- Je ne parle pas la langue des souris, M. Brugnon, celle des rats non plus et encore moins celle des hiboux.

- Cheers ! dit M. Brugnon, qui a usé les “Skol”, “Santé”, “Dasdrovié” ou je ne sais quoi, “Iyia” je crois, et “Prost” ? Prosit ?

- Elles connaissent la vôtre, faites-moi confiance, dit-il, sur un ton presque menaçant.

- Dites donc, vous avez souvent discuté avec vos souris ?

- Ah ah ! Je n’ai pas arrêté !

- Insomniaque ?

- Même pas, elles m’amusaient. Je leur offrais un verre, et ...

- Hein ? Bon, je crois qu’il est temps de rentrer.

Ca tangue autour de moi. Même bourrée, je refuse d’imaginer ces souris en train de siroter dans un dé à coudre les cocktails meurtriers de M. Brugnon, en lui tapant sur l’épaule, en dansant la gigue sur sa table.

Une seule personne peut me sortir de là. Mon amie Claudie. Une femme de tête qui ne perd jamais les pédales.

J’ extirpe mon téléphone de ma poche :

- Claudie ? T’es chez toi ? Tu bosses, t’es occupée ?

- Oui, non, oui, mais rien d’important, pourquoi ?

- J’ai bu.

- Et ?

- Peux pas conduire.

- T’es où ?

Je le lui dis.

Claudie habite à Nogent. Une trotte jusqu’à Fresnes, pourtant, elle ne rechigne pas à avaler tous ces kilomètres pour secourir sa vieille copine. C’est une femme d’action ; une femme de tête et une femme de coeur ; dans une bande dessinée, elle serait Super Woman. Toujours bien coiffée, les boucles blondes laquées gracieusement autour des joues lissées sous un fard délicatement abricoté. Même en voiture, elle porte des souliers à talons, assortis à ses tenues excentriques-chics. Sur elle, les gros bijoux n’ont pas l’air rapportés, sur son joli corps les volants et les basques semblent avoir été créés sur mesure. Sexy quoi qu’il arrive, elle mène de front une maison, deux enfants, un boulot à mi-temps, dorlote un mari artisan-plombier, et se cogne son secrétariat.

Si je devais décrire une fée moderne, je penserais tout de suite à Claudie, gaie et pétillante, bourrée d’humour et de bonne humeur, sur le pied de guerre en toutes circonstances. Ce genre de perle est rare, mais il existe, je l’ai rencontré !

Un quart d’heure plus tard, Claudie se gare, pimpante et hilare, devant le pavillon de M. Brugnon.

Ses deux chiens aboient et s’agitent sur le siège passager comme s’ils s’ étaient assis sur des clous après avoir avalé des piments rouges.

Comme prévu, Claudie est impeccable.

- Monte !

Les clebs se jettent sur moi dès que je pose un pied dans la bagnole.

Je les pousse pour installer mon postérieur près de ma copine, et ils restent là, agrippés à mes fringues, leurs ongles enfoncés dans mes cuisses, leurs museaux bavant sur mon blouson et mes mains.

- Où est ta voiture ? ricane Claudie

- Là-bas, tu vois pas ? Derrière la camionnette du type.

- Et tu comptes la récupérer comment ?

- Sais pas, demain peut-être, prendrai le train. Ou le bus. Ou un taxi.

- Ou je te ramènerai quand tu auras dessoûlé.

Elle glisse un coup d’oeil vers le pavillon : M. Brugnon, appuyé à la façade, rit silencieusement, son verre à hauteur du nez, ses yeux fripés braqués sur nous.

- Qui c’est ce type ? Qu’est-ce qu’il t’a fait boire ?

- Ggngnnoix, mnoix.

- Bon, fait Claudie, cuve, tu me diras ça demain.

Le soir même, après une sieste de poivrot, je décidai d’attaquer les négociations avec les occupants du grenier.

Croyez-le ou non, il n’y avait rien dans le grenier. Rien de rien. Pas un bruit, pas une pelote, rien.

Je tournai les talons, déçue. Une fois en bas de l’escalier, j’entendis des rires. Mais j’en conclus qu’ils n’existaient que dans ma tête.

(A suivre !)

09:32 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : feuilleton, famille, fantastique, humour, mystère

 
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