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04/05/2011

Marcher sur la Mer

Merci à tous de m'avoir écrit pendant mon silence ! Même quand je ne mets pas de note, je suis avec vous tous en pensée, regrettant que le temps ne soit pas élastique pour me permettre de tout faire dans une journée !

Voici le début d'un de mes souvenirs les plus aigus :

J'avais cinq ans. Après avoir passé plusieurs étés en Normandie, lassés sans doute par la grisaille et la pluie toujours fidèles au poste, mes parents ont commencé leurs voyages vers un pays ensoleillé, la Grèce. Ils y avaient tous deux encore de la famille, maman plus que papa. Lui n'aimait d'ailleurs pas y aller, il était né dans une région montagneuse et fraîche et n'a jamais aimé les grosses chaleurs de son pays d'origine!

Nous voici partis en train vers l'Italie, jusqu'à Gênes où un paquebot devait nous emmener vers Athènes. Pourquoi un bateau ? A quatre, c'était moins cher que tout autre moyen de transport. Le voyage en train a duré un jour et une nuit.

 

Le France.jpg

Sur le quai de Gênes, j'ai vu cet énorme bateau flotter comme une forteresse abritant des géants. Il y avait plein de monde sur le quai. Des bagages des baluchons, des très grandes personnes, dont je ne voyais que les genoux ou les pieds!

 

D'autres que moi vous diront combien ils ont été éblouis par leur premier bateau, mais certains sont des menteurs, je vous l'affirme! Dès que nous avons embarqué, avant même le départ de ce monstre, face au quai où des gens agitaient des mouchoirs et tanguaient comme des marionnettes, je me suis penchée sur le parapet, et ... j'ai vomi.

Voilà mon premier contact avec le voyage vers la Grèce. Très poétique. J'en ai beaucoup d'autres à vous raconter. La suite de ce voyage demain!

 

Photo : Le France. J'ai oublié le nom de celui qui nous a transportés autrefois, je crois qu'il était italien ou grec, genre Le Socrate, ou allez, inventons, je ne vais pas dire Le Poséidon, celui-la a coulé dans un film, alors L'Atlantide, flûte, elle est engloutie! Disons Le Demetrios, c'est joli!

15:22 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

01/04/2011

Au Cirque d'Hiver !

Cette semaine, sur une chaine diffusant des films "classiques", j'ai pu voir deux films se passant dans un cirque : "Polly of the Circus", avec Clark Gable (il y avait un cycle consacré à Clarkounet!), et "Je ne suis pas un Ange", avec Mae West.

Dans le premier, l'héroïne fait du trapèze, dans le second, la grosse et amusante Mae dresse des lions ; pour attirer le public elle accepte de corser son numéro en plaçant sa tête dans la gueule d'un lion!

Dans "Sous le plus grand Chapiteau du Monde", avec Charlton Heston, Gloria Grahame pose sa jolie tête sous le sabot d'un éléphant, brr, ça faisait peur!

Cirque nuit couleurs.jpg

Ces films sympathiques m'ont rappelé le beau Cirque d'Hiver où mes parents m'ont emmenée quand j'étais petite. C'est un bâtiment rond, forcément, un cirque en dur situé au métro Filles du Calvaire, rue Amelot, près de la Place de la République à Paris.

Pour la petite histoire, il a été construit par l'architecte Jacques Hittorff en 1852. Aujourd'hui il est classé monument historique, heureusement!Cique face N&B.jpeg

Beaucoup de pignoufs auraient aimé le démolir pour en faire un parking ou un super marché!

Au tout début, il se nommait Cirque Napoléon. En 1934, quatre frères Bouglione l'ont acheté. Ils ont installé une piste nautique!Cirque jour biais.jpeg

Des spectacles chantant et dansant se sont ajoutés aux traditionnels clowns, trapézistes, acrobates, animaux savants...Tout ça pour en arriver aux glorieuses années 50 où le Cirque était pour les enfants un rêve éveillé!

Les Bouglione ont inventé les "Opérettes de cirque à grand spectacle". J'en ai vu un :" La Perle du Bengale". Je ne l'ai jamais oublié !

Pendant plusieurs semaines, je voyais sur les kiosques publicitaires des affiches impressionnantes : des danseuses hindoues (on ne disait pas indiennes) évoluaient dans un lac, entourées de serpents! C'était à la fois effrayant et attirant.

Cirque façade N&B.jpegPar chance mes parents m'ont offert ce spectacle. Il y avait des chansons, des danses, des acrobaties, tout un tas d'animaux, les fameux éléphants Bouglione, chevauchés par la belle Sandrine Bouglione qui est aussitôt devenue mon idole ! Je voulais monter sur les chevaux et les éléphants, sauter sur leur dos !

Le bassin aux serpents était plus petit que sur l'affiche, évidemment, et les serpents n'atteignaient pas le nombre de dix, mais c'était magnifique, fascinant !

Il parait que Zavatta était dans ce spectacle, en duo avec Despard (? Zorg tu connais?)

Avec mes petites copines de l'école communale, on faisait semblant de connaître Sandrine Bouglione, on se racontait des histoires abracadabrantes, on prétendait que nos genoux écorchés venaient des cascades partagées avec elle !piste Cirque.jpg

Autre éblouissement de la même époque : au Cirque d'Hiver s'est tourné le film de Carol Reed "Trapèze", avec Gina Lollobrigida, Tony Curtis et Burt Lancaster. Paillettes, passions, sauts périlleux !

Je voulais être trapéziste! Voltiger dans les airs ! Porter le juste-au-corps scintillant de Gina !

 

trapeze-1956-2006-1582836125.jpg

Ah ! sublime, sublime !!!!

Petite, je ne voyais qu'elle, maintenant je regarde aussi ces deux beaux gaillards !

 

 

16:40 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

13/03/2011

Au Concert Pacra !

 

pacra.jpgAu Concert Pacra

 

Au 10 du Boulevard Beaumarchais, stations de métro Chemin Vert ou Bastille, il y avait le music hall le plus populaire et le moins cher de Paris. Les gens du quartier de la « Bastoche » le fréquentaient assidûment et on venait de partout pour passer un bon moment, sans prétention, avec les artistes les plus variés. Maintenant c’est un cinéma avec trois salles MK 2, et comme avant, on entend le métro rouler sous le plancher !

J’y suis allée une fois, en 1965, avec une amie de lycée, Marie-Christine, qui s’était entichée de Barbara. Cette chanteuse brune, mince et mystérieuse, vêtue tout de noir, à la voix grêle et haut perchée, était l’anti-yéyé. Je préférais les Beatles et les Moody Blues, Tom Jones et Jean Ferrat, mais j’allais avec joie et avidité dans toutes les salles de spectacles que nous avions les moyens, parfois, de nous offrir.

Marie-Christine préparait un concours pour devenir professeur de musique, moi je suivais des cours de dessin à l’Académie Charpentier. Nous trouvions assez facilement des petits boulots pour étudiants, il existait un organisme d’emploi spécialement pour ça !Barbara.jpeg

Avec nos trois sous, nous sommes donc allées à Pacra, où Barbara passait en vedette. Apparemment, se produire à Pacra n’était pas très glorieux, mais c’était un début, un très bon début qui pouvait mener à l’Olympia. Barbara avait auparavant écumé les cabarets de la Rive Gauche, le Quartier Latin, comme beaucoup d’autres chanteurs, acteurs, comiques et artistes de music hall, Georges Brassens, Pierre Perret, Michel Serrault, Jean Poiret…

L’intérieur du concert Pacra était petit, rouge, avec un balcon arrondi à l’ancienne ; la salle était en rond, les sièges en bois, bien grinçants ; on nous dit que la dame là-haut, dans la loge près de la scène, venait systématiquement s’asseoir à la même place chaque jour de l’année, quitte à revoir durant trois semaines le même spectacle.

Je la nommai aussitôt Nini Peau de Chien, celle qui habite « à la Bastiiiilleeueu… ! » Les artistes lui faisaient des signes et elle les apostrophait de temps en temps, c’était très drôle, très familier.

barbar.jpegAvant Barbara, il y avait de tout : des jongleurs, des équilibristes, des comiques qui racontaient des blagues, l’un d’eux notamment m’a pétrifiée, avec son faux accent allemand racontant des histoires de Siegfried et des Walkyries, absolument hilarantes.

Il y avait aussi des chanteurs, de charme, de genre, réalistes, des fantaisistes, des ballets exotiques ou classiques… Tout ça se déroulait sur cette petite scène, pendant la première partie, c’était assez copieux et hétéroclite. Certains artistes étaient excellents, d’autres ramaient un peu, mais ils étaient tous plein d’espoir et de courage, avec, pour les plus âgés, cette pointe de désespérance, comme dans la chanson de Charles Aznavour « Je m’voyais déjà… en haut de l’affiche… »

Quand je vois des peintures de Toulouse-Lautrec, ses affiches, avec la Goulue, Berthe Sylva, les filles du Cancan, les buveuses d’absinthe, les maisons closes, les froufrous, Valentin le désossé, Damia, je pense au concert Pacra, avec sa petite scène collée aux spectateurs ; on voyait de si près les maquillages et les yeux des artistes, on détaillait leurs costumes, on se demandait comment les ventiloques réussissaient à parler avec leur ventre en bougeant une marionnette sur une main…

J’ai même l’impression d’avoir vu chanter Damia, mais n’est-ce pas plutôt un rêve éveillé ? J’ai si souvent écouté son 33 tours, avec Sombre Dimanche, Mon Grand Frisé, que je l’ai imaginée sur cette scène à la fois miteuse et glorieuse, brillante à mes yeux d’enfant vite grandie, magique, émouvante, comme toutes les scènes de music hall.

H.M.

(J'ai trouvé des photos de mon joli théâtre disparu, l'AMBIGU, évoqué dans une précédente  note, les voici :

 

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18:05 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : music hall, populo, bastoche

28/02/2011

Boulevard du Crime

 

la vérité.jpg

Boulevard du Crime

Dans Les Enfants du Paradis, on voit le Boulevard du Crime envahi par les Parisiens, les fêtards, les banlieusards, les artistes… Arletty y rencontre Pierre Brasseur, « Paris est tout petit pour des gens qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour ». Et elle s’en va, « emportée par la foule ». Elle porte des boucles d’oreilles en forme de cœur ; j’en ai cherché après avoir vu le film, c’est dire que ma quête dure depuis plusieurs décennies !

bd du crime.jpg

Mon souvenir de ce fameux boulevard, qui n’est autre que le boulevard Saint Martin, est moins achalandé. Il démarre à la station Strasbourg Saint Denis et se termine à la République. La station de métro Saint Martin a été fermée car trop proche de Strasbourg Saint Denis.

Le Boulevard Saint Martin est en hauteur des deux côtés. Sur un des trottoirs, il y avait un grand magasin de linoleum. Des gros rouleaux multicolores se répandaient jusque sur les pavés. Plus haut, le beau Théâtre Saint Martin,qui existe toujours heureusement, avec ses colonnades et ses statues. Je n’y suis jamais entrée.rideau theatre.jpg

Un peu plus loin vers la République, une curieuse boutique « Vêtements coloniaux » ! Dans les vitrines, des mannequins arboraient des tenues beige, shorts, chemises, sahariennes, et des chapeaux en forme de casques. On ne voit ces tenues aujourd’hui qu’en feuilletant de vieilles bandes dessinées, Tintin au Congo pour la plus célèbre. Ni mes parents ni moi n’y avons jamais mis les pieds, qu’aurions-nous fait de vêtements coloniaux ?! C’est tout juste si je savais où se trouvait l’Afrique, avant de suivre les cours de géographie à l’école. Cependant, il m’arrivait de trouver ces tailleurs clairs, et très chers, très élégants derrière leur vitrine !

Un peu plus loin, un magasin pour les peintres et les artistes, avec tous les accessoires et produits de couleurs : on y vendait des figurines en bois articulé, mannequins très utiles pour effectuer les croquis. J’en ai acheté une, étant étudiante, je me demande encore avec quels sous, tellement nous étions serrés côté budget. Le vendeur m’a montré un autre mannequin, en forme de cheval, mais je n’ai pas compris à l’époque à quel point c’était précieux, ça n’existe plus, c’était peut-être le dernier cheval fabriqué à la main et articulé pour servir de modèle. Je le regrette comme tant d’autres choses… Et justement, un des regrets que sûrement beaucoup de mes contemporains partagent, c’est la destruction du plus joli théâtre de Paris, en plein cœur du Boulevard Saint Martin, avec sa petite place et sa station de métro ancienne : le Théâtre de l’Ambigu.au theatre.jpg

Ce petit théâtre, sa petite place, sa ravissante station de métro, ont été abattus impitoyablement pour laisser place à un hideux immeuble moderne de bureau. L’Ambigu recevait chaque jeudi le Petit Théâtre de Roland Pillain, des spectacles destinés aux enfants. J’y suis allée une fois, accompagnée par Maman, et ai été très impressionnée par la foule. Les enfants montaient sur la scène, je ne sais pourquoi, et j’y suis allée aussi, complètement terrorisée, poussée sans doute de force ! ne réussissant pas à bafouiller un mot. Et Roland Pillain qui vociférait –gentiment bien sûr- mais c’était déjà trop violent pour une petite comme moi.

Il y avait une fête après, costumée je crois, et dans la salle où m’a emmenée Maman, des tas d’enfants dansaient, sautaient, riaient et criaient, j’ai eu tellement peur que Maman m’a ramenée à la maison. Elle a fait quelques réflexions méprisantes et apitoyées, comme si j’étais vraiment une créature à part, ratatinée, et p’t-êt’ bien que j’en étais, une créature à part, un lémurien « moitié chat moitié grenouille », comme les bestioles que je dessine maintenant, « not of this world » comme on dit en anglais !

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Ce souvenir à la fois navrant et comique ne m’a pas empêchée d’être chaque fois éblouie quand je passais devant ce délicieux Théâtre de l’Ambigu. Sans penser « c’était mieux avant », je trouve quand même que le modernisme à tout prix, sans discernement, a déglingué beaucoup de jolis monuments.
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En marchant vers la République, on tombait sur un renfoncement et deux rues se rejoignant de travers sur le boulevard ; entre les deux : le cinéma Les Folies. J’avais entre seize et vingt ans quand je me suis retrouvée à vivre seule avec Papa (une longue et douloureuse histoire) et tous deux nous allions souvent le dimanche aux Folies. C’était une grande salle, rouge comme je les aime, avec cette odeur particulière du velours poussiéreux et du parfum des cinémas d’autrefois, très capiteux, « Houbigant » disait-on. Une fois, nous sommes allés l’après-midi voir un western, la salle était presque vide, un personnage tire sur un autre, un spectateur a dit à voix haute « Et voilà le travail »… en grec ! Ce qui donne : « afto itann ! » phonétiquement. Papa et moi on s’est gondolé pendant la moitié du film. A un moment, un cowboy cassait des œufs dans une poêle et les faisait frire avec du lard. Papa et moi nous avons eu tellement l’eau à la bouche qu’aussitôt après le film, nous avons foncé à la maison pour manger des œufs frits !

on m'appelle garance.jpg

Après il y avait la Place de la République, et sur le trottoir face aux Folies : le Caveau de la République, avec les Chansonniers, très populaires dans les années 50-60. Du côté Caveau, j’ai oublié ce qu’il y avait, car c’était le trottoir de l’Ambigu, du magasin pour peintres, de la boutique coloniale et de celle des linos qui me ravissait.

(A suivre...)

Les photos sont extraites des Enfants du Paradis, de Marcel Carné, ici Arletty et Pierre Brasseur

En haut : "La Vérité" toute nue, dans le même film.

15:27 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

01/02/2011

Un Broc et une Cuvette

Le Broc et la Cuvette

Un des souvenirs les plus persistants de mon enfance, c’est le froid.

bébé baignoire.jpg Ce n’était pas une calamité, mais un élément auquel on s’adaptait constamment. Aujourd’hui, je souris quand, dans un appartement surchauffé, quelqu’un se plaint d’avoir froid ! « Il y a des courants d’air, il faut calfeutrer les portes… »

Au milieu du siècle dernier, « à la maison », c’est-à-dire dans l’appartement, une seule pièce était chauffée, l’atelier de Papa. Il y avait un poêle à charbon. Chaque matin Papa le démarrait avec des journaux, des France-Soir chiffonnés en boules, le nourrissait avec du charbon et y jetait tous les déchets de fourrure.

Je vous ai parlé avec des trémolos de l’odeur à jamais délicieuse pour moi de la fourrure travaillée, eh bien, curieusement je n’ai pas de souvenir de mauvaises odeurs : le froid empêchait les gens de transpirer et personne ne sentait mauvais ! Même pas dans le métro. Il n’y avait pas de salles de bains, de douches, de baignoires dans les immeubles, pourtant on était à cheval sur la propreté.

Dans le cabinet de toilette attenant à la chambre de mes parents, il y avait une jolie cuvette en émail et un broc. Je me souviens des gants de toilette dont Maman me frottait le museau, les bras, soigneusement par petit bout, elle me lavait. Il n’existait pas de déodorant, et nous tous, toutes, nous sentions bon le savon. Une fois de temps en temps, tous les mois je crois, Maman décidait de me faire prendre un bain ; à côté de la cuisine il y avait une petite pièce qui servait de débarras. On y rangeait le « baquet », une grande bassine ronde en ferraille très lourde. Papa le transportait au milieu de la cuisine. Maman le remplissait d’eau chauffée sur le gaz et d’eau du robinet pour la refroidir si nécessaire.

L’opération m’était aussi agréable qu’éprouvante, surtout au début : il fallait se déshabiller dans cette cuisine glaciale, je grelottais, vite j’allais dans l’eau et ça faisait un choc quand même ! Une fois savonnée, rincée, Maman me sortait, et de nouveau, j’avais la chair de poule, je claquais des dents, le temps pour elle de me sécher, me frictionner d’eau de Cologne. Vite, m’habiller. Après je me sentais vraiment bien !

Les adultes, parents, grands-parents, allaient aux Bains Publics rue de Bretagne. Il y en avait un peu partout dans Paris, on payait quelques sous pour prendre une douche, un quart d’heure, ou un bain, une heure maxi.

Cet endroit sentait comme les piscines, avec en plus les vapeurs de savon et d’eau de javel. J’y ai accompagné ma Yaya une fois ou deux. Elle avait du mal à entrer et sortir de la baignoire, à cause de son poids, et trouvait qu’une heure c’était trop peu. Mon Papou y allait très souvent, c’était un dandy, tiré à quatre épingles.

Après les ablutions, le plus réconfortant c’était évidemment de se réfugier dans l’atelier, notre cocon à tous, le mien en tout cas, parce que je ne voyais pas encore les tumultes qui agitaient les cœurs et les esprits des Grands.

(A suivre…)

La photo est extraite de "Il y a un siècle... l'Enfance" de Ronan Dantec

 

 

 

13:57 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

20/01/2011

Le Berceau baladeur

Vous vous êtes étonnés, mes amis, de l’exclamation de la sage-femme : « C’est un pruneau ! » Vous n’êtes pas les seuls. Maman a cru qu’il s’agissait d’un petit garçon, avant d’entendre la dame en question préciser « Une pisseuse, une fille ! » Voilà comment on accueillait les petites filles autrefois ! La sage-femme a-t-elle été influencée par ma couleur ? J'étais peut-être violacée de rage d’être sortie d’un cocon si doux ? Chiffonnée parce que recroquevillée contre l’agression du monde ? Les bébés se défripent pour devenir de jolis enfants tout lisses, et puis un jour, ils reviennent au point de départ, se refripent pour peut-être se défendre contre le temps.

Certains petits chanceux prétendent se souvenir de leurs toutes premières années, sans recourir à l’hypnose ! Mes premiers souvenirs tournent autour du berceau, je vois les parois lisses et roses de mon lit. Les visages qui se penchaient au-dessus de moi. Des sourires, des airs renfrognés, le beau visage d’une sœur de Papa aux belles dents et au verbe expansif. C'était ma marraine, ma "Nouna".

mam Pap moi petite.jpgJe me souviens de ma main dans celle de Papa. Il me paraissait si immense. Il me prenait dans ses bras et m’asseyait sur ses épaules. Je n’avais plus peur de rien alors.

Je pleurais beaucoup, je hurlais encore plus. J’appelais Maman tout le temps. Mes parents restaient à travailler si tard la nuit dans l’atelier, il fallait qu’ils viennent se coucher pour que je puisse m’endormir enfin.

Notre voisin le plus proche, sur le même palier, avait survécu à une rafle qui avait emporté toute sa famille pendant l’occupation allemande. Il était si traumatisé qu’il n’osait pas ouvrir sa porte même au facteur. Ses yeux étaient exorbités, fous de terreur quand il regardait les gens. Il disait à Maman « Elle est méchante », à propos de moi. Il ne supportait pas les pleurs et les cris. Elle lui répondait « Je ne sais pas ce qu’elle a ».

Maman m’a souvent dit que je ne la lâchais pas d’un pouce, je la collais, la suivais, l’attendais devant la porte des cabinets quand elle y allait. Elle me disait de la laisser tranquille, mais non, je restais là à attendre, je l’aurais attendue jusqu’à la fin des temps derrière une porte close.

Je suppose que dans la journée, on me faisait dormir dans l’atelier. Ma seule et unique vraie maison, en réalité, c’était d’être avec eux deux. N’importe où mais près d’eux.

(A suivre…)

 

11:14 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

18/01/2011

Naissance d'un pruneau

Les Halles, le « Ventre de Paris », c’est là que j’ai poussé mon premier cri ! Les Pavillons Baltard, l’effervescence des marchés aux fleurs, aux viandes, aux fromages, les bistros et restaurants qui ne fermaient jamais. Il y en avait des victuailles dans ce Ventre, et comme les travailleurs, déchargeurs, vendeurs, transporteurs, des fêtards emplissaient la nuit d’exclamations joyeuses ou impatientes. Ils venaient avaler une soupe à l’oignon après le théâtre ou le cabaret. Les garçons de la rue sifflaient les belles dames en robes du soir, lançaient des propositions amoureuses ; entre deux tâches, ils riaient, ils fumaient, ils buvaient, mais reprenaient vite leur charge ; ils soulevaient inlassablement ces cageots pleins de légumes et de fruits, ces grandes carcasses de bœufs, ces plantes…Des centaines d’odeurs, de senteurs et de parfums enveloppaient cette effervescence. La vie.

Gros bébé LN plage.jpgLa vie, Maman me l’a donnée en catastrophe. Elle a été surprise, mal au ventre, vite, Papa, ton fils va naître, vite vite ! Il n’y avait aucun moyen de se transporter à la maternité autre qu’à pied, dans ces rues encombrées. Papa et Maman ont couru, autant qu’ils le pouvaient, à travers le quartier du Marais, pour arriver en grande panique rue Rambuteau. Une rue plutôt étroite agitées par les livraisons, les magasins d’alimentation à touche-touche, les camions bouchant les issues.

A la maternité, la sage-femme a dit : « Oh mais y a plus de place ! Qu’est-ce que vous avez toutes à accoucher en même temps ?! » Elle a poussé Maman en vitesse sur un lit de camp, expédié Papa fumer ses gitanes dans le couloir. Il était dans tous ses états, tellement fou amoureux de sa femme, tellement adorateur de sa première fille, inquiet pour elles. Il voulait un petit garçon, cela faisait sept ans qu’il tannait ma mère pour qu’elle accepte de faire un deuxième enfant. Pour une raison mystérieuse, il voulait le prénommer Jean-Claude.

C’est moi qui suis sortie, impatiente et hurlante, balançant des coups de pied à tout va, sous les acclamations de la sage-femme qui a bramé : « C’est un pruneau ! »

Perplexe, Maman a vaguement émergé de ses efforts et s’est demandé à quoi pouvait bien ressembler ce pruneau dont elle avait mis bas.

Papa, même pas déçu, a cavalé à la mairie pour enregistrer sa fille, oubliant qu’il avait rêvé d’un héritier pour lui succéder devant sa planche à fourrure. Artisan-fourreur. A l’époque, il faisait vraiment froid, il n’y avait pas de chauffage dans les maisons et appartements. Les femmes rêvaient de se réchauffer dans les fourrures, elles achetaient selon leurs moyens, le mouton doré et le lapin étant les moins chers. La « conscience écologique » et les fourrures synthétiques n’allaient pas fondre de sitôt sur les malheureuses frigorifiées.

Le « pruneau » nouveau-né allait se voir gratifié(e) de quatre prénoms, pour faire plaisir à plusieurs membres de la famille, et d’un dérivé du fameux « Jean-Claude » pour contenter Papa.

N’ayant effectivement plus de place dans sa clinique, la sage-femme a réclamé une valise à une infirmière. Elle l’a posée entre deux fenêtres, au pied du lit de fortune de Maman, et c’est là que j’ai dormi pour la première fois. Quand on me demande où je suis née, je réponds « dans le Ventre de Paris, dans une valise ».

(A suivre…)

 

10:00 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : souvenirs, baby boom

17/01/2011

Partir, revenir

 

LN dodo.jpg

Pourquoi écrit-on ses mémoires, ses souvenirs?

 

Jusqu’à récemment, il n’était pas question de raconter ma vie, et surtout pas celle de ma famille. D'ailleurs, vous en ayant fait partager quelques bribes, je me suis demandé si je n'aurais pas dû m'abstenir ! Et puis, c'est bête, autant raconter sa vie, comme ça, elle ne sera "pas perdue" en quelque sorte !

Avant de venir sur ce blog, je ne comprenais pas pourquoi les personnes âgées se mettaient à rassembler leur passé et à le ranger par écrit. Il me semblait qu’en vieillissant, on oubliait tout. Je constate qu’on n’oublie que les événements récents et tout “ce qui n’est pas important”: les idioties que nous ont dites des collègues, des connaissances, les informations ineptes de la télévision ou de la radio, les noms des acteurs, les titres des films ou des livres récents, presque tous nivelés par le bas, médiocres, les histoires sans saveur, les soirées sans saveur, les gens sans saveur. Les corvées, les “choses à faire”, le courrier, les obligations, les factures, tout ce qui nourrit l’Ennui.

Le devoir, l’épuisement, l’ennui, le découragement, le désespoir, ça marche dans cet ordre. Et pourtant... Il y a des renaissances...

 

Pourtant, j’ai résisté ! Même si je n’aime pas toujours ce visage dans la glace, je trouve souvent qu’il n’a pas beaucoup changé, que mon regard est celui de la petite fille des premières photos d’école, ou d’une photo prise sur le balcon de mes grands-parents, enfouie je ne sais où !

Commencer par quoi? La naissance? Je ne suis pas née dans le Faubourg Saint-Denis, comme Mistinguett, cette artiste de music hall qui m’apparaissait comme une ruine étant enfant, mais dans les Halles ...

(A suivre ?)

12:14 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : retour en arrière

 
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