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03/02/2011

La Complainte du Panari

La Complainte du Panari

 

Est-il vraiment nécessaire d’avoir des enfants quand on a un mari ?

Avec un enfant, on sait qu’il va y avoir : des bobos, des plaies, des pleurs, des grincements de dents - et des chutes de dents -, des pieds blessés, des doigts entaillés, des genoux ensanglantés, des bleus, des bosses, des ampoules, des entorses, des rhumes, des angines, et la liste est longue.

Avec un mari, c’est pareil.

Douche à l'ancienne.jpgLundi : « J’ai mal au pied » dit le mari

Je n’y prête pas attention, il court tout le temps, il reste debout, il marche sans arrêt. « Change de chaussures, des fois ça aide. »

Lundi soir : « J’ai mal à mon gros orteil

- T’as changé de chaussures aujourd’hui ?

- Ouais

- Prends un bain, ça te détendra, je te masserai le pied après (bonne pâte) »

Mardi matin : « J’ai l’orteil enflé, regarde ! Je dois avoir un ongle incarné

- Ouh là, attends, je vais te mettre du daquin, faut pas que ça tourne au panari. Comment t’as fait ça ?

- Je me suis coupé les ongles d’un peu trop près, aïe ! »

Mardi soir :  « Je peux plus marcher, ça empire !

- Assieds-toi, je te prépare un bain de pieds avec du daquin

- Qu’est-ce que j’ai ? qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que je vais faire ?

- Tu vas avoir un panari, faudra aller à l’hôpital pour te le faire ouvrir

- Ah non, je veux pas aller à l’hôpital !

- Alors, arrête de gigoter, laisse ton doigt dans la bassine. »

esquimau.jpgMercredi matin, même combat, sur le coton imbibé de daquin, petit mari enfile sa chaussette, « comme ça, ça bougera pas de la journée »

Mercredi soir, panique à bord :

« Y a du blanc ! j’ai maaaaal ! Aaaaahh ! C’est horriiiiible

- Faut que t’ailles à l’hôpital je te dis

- Oh mais t’en as de bonnes toi, je suis pas comme toi, à courir à l’hôpital toutes les deux minutes !

- Je te signale que j’ai eu un panari y a quatre ans et que le Dr Truc m’a expédiée tout de suite chez un orthopédiste !

- J’irai pas ! J’irai PAAAS !

- (Impitoyable) : Il m’a anesthésié le doigts de pied, j’ai attendu une demi-heure, je ne sentais plus rien, après il a ouvert le panari, tout le fourbi est sorti…

- Beurk, arrête !

- Il a désinfecté, refermé et mis un pansement. Et voilà !

- Mais ça fait un mal de chien, ça sera atroooooce !

- C’est atroce maintenant, à cause du pus…

- Beuark !

- Quand y a plus d’pus, on n’a plus mal.

- Ouais mais toi, tu marchais pas sur ta main, moi je pourrai pas marcher sur mon panari de pied !

- Bon ! Si tu veux pas te soigner, je sais plus quoi faire !!!

- (Geignard) Elle se déplace pas, notre docteur ?

- Ben si, mais il faut l’appeler rapido avant qu’elle commence ses visites »

Il se couche, après avoir enroulé un pansement imbibé de daquin autour de l’orteil. Il a insisté pour le tenir avec un élastique (? Mieux que du sparadrap sans doute ?) Ca me rappelle mon père qui ne se cassait pas la tête avec l’ « esthétique » de la maison, quand il avait besoin d’accrocher un objet au mur, il plantait un clou, c’est tout. Maman aussi, d’ailleurs, pour un torchon ou n’importe quoi d’autre. Un clou de ceux qui servaient à clouer les peaux de fourrure sur les planches.

« Mais elle va m’envoyer aux urgences, c’est sûr, comment je vais y aller ?

- En voiture, ou en taxi

- Tu viendras avec moi ?

- Evidemment.

- Je veux pas y aller

- Appelle ton frère au moins, demande-lui conseil (son frère est pharmacien)

- J’ai perdu mon téléphone, je connais pas son numéro par cœur. Tu veux pas l’appeler toi ?

- Pfff… Bon je l’appelle. »

Répondeur, message. Dodo. « Aïe ouille, me mets pas la couverture sur le pied ! »

enfant infirmière.jpgJeudi matin : Inspection du pied :

- Y a du blanc ! C’est définitivement un panari !

- Je te l’avais bien dit, je sais ce que c’est quand même

- Comment je vais aller bosser, moi ?! »

Le grand frère appelle. Affolement : « Note, Hélène, note ce qu’il dit !

Quoi, je mets quoi ? Note, toi : hexomédine transcutanée, quséqusa ?

- J’en ai, de l’hexomédine

- Et quoi ? Fucidine, t’entends, fucidine, note ! Quoi, faut une ordonnance ?

- J’en ai aussi de la fucidine !

Alerte générale : « Je suis en retard, mon comité, oh la la, déjà que la semaine dernière, oh la la, qu’est-ce que je vais faire ?!

- Assis ! Ne bouge pas, je vais chercher le bazar. »

Compresse imbibée d’hexomédine (il a fini tout le paquet de coton en deux jours – heureusement, il me reste des tonnes de gaze et de sparadrap de mon opération de l’hallux valgus, on n’a pas fini d’en parler de celui-là, mais une autre fois !!!), application de pommade acide fucidique (apparemment générique de fucidine, ah mais, faut être précis !), pose de compresse. Enroulement avec du sparadrap : « Ca serre », collage du sparadrap autour de la plante des pieds : « Je pourrai pas marcher avec ça ». Préparation d’une trousse de secours contenant tous les machins précités.

«  J’y vais !

- T’as ton téléphone ? Fais-le voir (il dit souvent oui et l’oublie)

- Oui

- Ton badge ? (On se fait même fouiller maintenant quand on va travailler même si les vigiles ont vu chaque jour ta bobine depuis vingt ans)

- Ouais

- Des sous ?

- Mmmm

- Des tickets de métro ?

- Mouais c’est bon, à toutt’

Je referme la porte. Il va me falloir une bonne heure pour ranger le chantier, et je suis optimiste.

Sur la table, bien en évidence, trône la trousse de secours.

Je n’ai plus qu’une chose à faire. Je lui téléphone et tombe sur son répondeur : « T’as oublié tes médicaments ! Alors, surtout, n’arrache pas ton pansement avant de rentrer ce soir, si tu n’as pas de quoi le remplacer ! »

Je ne sais pas s’il y a une infirmerie dans son burlingue. Mais là quand même, je ne vais pas enquêter à sa place.

Hélène Merrick

 

12:02 Écrit par Hélène Merrick dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : affolement conjugal, "maladie" comique

26/01/2011

Il suffit de s'y mettre !

 

Une petite nouvelle pour vous, mes Amis, basée sur … « l’expérience » !!! (

Les photos sont extraites d'un très joli album, Mémoires d'Ecole (Le Pré aux Clercs)

N'ayant peur de rien, je lui donne pompeusement le titre :

« Mes Oeuvres » (je trouve ouevres plus rigolo, alors :)

 

"Mes Ouevres" (le zouave n'a pas encore les pieds dans l'eau)

 

Aujourd’hui, je m’y mets.

J’ai toute la journée pour penser à mon oeuvre. Des tas de brouillons qui n’attendent que mes corrections, des monceaux de dossiers avec des projets en veux-tu en voilà. L’angoisse de la page blanche, moi? Ha! Laissez-moi rire! Je ne sais plus où donner de la tête, tant j’en ai des sujets, et des idées, et des romans entamés, inachevés, qui ne demandent qu’à être achevés, comme les chevaux, des moutures, des synopsis, des résumés, des notes, des tickets de métro et des bouts de serviette en papier avec des phrases bien senties. L’inspiration? je me gausse ! Ce n’est pas l’inspiration qui manque!

En plus, ce matin, je suis seule à la maison. Hier, j’ai rangé partout, j’ai lavé le linge, repassé, recousu, plié. La vaisselle est faite, le ménage ça va, le courrier, ça peut attendre.

fillette rêve.jpgUn journée entière pour moi, vous dis-je.

Pas de mari, pas d’enfants pour la journée. Pas de corvée à l’horizon. Je peux m’y mettre.

Dès que j’aurai fait ma toilette, vite fait bien fait, pas de grand bain, pas de douche prolongée. Pas d’épilation ou de lavage de cheveux. Trop long, trop fatigant. Les ongles? Demain.

Le petit-déjeuner? C’est fait. Les courses? Il y a de tout, même du pain dans le congélateur. Rien à poster? Rien. Et la banque? Non. La pharmacie? Ca ira.

Je n’ai plus qu’à m’y mettre.

Je fais les lits, là, hop, ça ne prend que quelques minutes, cinq tout au plus, qu’est-ce que c’est, cinq minutes dans une journée?

Attention au coup de barre de onze heures, il guette dès dix heures du matin, celui-là. Allez, un petit café pour prévenir les dégâts. J’y vais.

Zut, j’ai oublié de me laver les dents. Ma dentiste a bien insisté : pas de myrtille, pas de thé, pas de chocolat, PAS DE CAFE, si vous voulez garder vos dents blanches, ou alors? Lavez-vous les dents aussitôt après, AVEC DU REMBRANDT! Non je ne fais pas de publicité là, je répète, surtout que le Rembrandt, c’est cher. Très cher.

Bon, les dents, un coup pour laver, on rince, un deuxième coup pour la blancheur, on ne rince pas. Ou juste un petit jet d’eau froide sur la langue. C’est super agréable, surtout après le dentifrice qui pique encore plus que celui dans le temps, dont on disait qu’il avait un “goût sauvage”. Ultra Brite. Il y avait même une fille qui plongeait du haut d’une falaise, et un gars qui la suivait, avec une rose entre les dents. Ca me plairait bien, d’aller à Acapulco, de plonger en souriant, de me baigner dans l’eau chaude avec les dauphins...

Bon, je m’y mets.

Hier, il me fallait un crayon et un cahier. Il y a des jours, comme ça, où je ne peux pas fixer un écran. Il me manque le bruissement des feuilles, les pages qu’on tourne. J’allume, j’allume pas?

Avec trois dossiers pour commencer, un stylo rouge, un bleu, un vert et un crayon; ah et du blanc et une gomme, et du papier de brouillon. Et j’allume le Mac. Ca en met un temps. Mon café refroidit. Tiens, pendant qu’il se met en place, Mac, je vais le passer au micro-onde. Trente secondes; Tut tut tut . C’est chaud.

J’y retourne. Mac est allumé. Sur le tableau flotte quelques fichiers : Buffy, guide des épisodes ; Voyage trans-world, discount ; impôts ; écran 1, écran 2, écran 3... il y en a au moins quinze. Je ne sais pas ce que c’est.

Allez on verra plus tard. Je m’y mets. Clic. Mac le bureau apparait dans toute sa splendeur. Le dossier du bas : “oeuvres”. Créfieu, comme dit un personnage de Lanfeust. Créfieu d’oeuvres.

Laquelle vais-je attaquer aujourd’hui? Au hasard : les contes.

Les contes, les contes, oui mais les ronroni! Qu’est-ce que je raconte? Les contes. Les contes de quoi? Des fées, des lutins, des ogres, des elfes, des descriptions, des descriptions, et il en faut de l’imagination. Et il y en a, et ça m’ennuie, de relire tout ça et de tout remettre en ordre. Clic.

“Nouvelles” : ah des nouvelles, tiens, tout le monde me tanne pour que j’écrive des nouvelles, et : “c’est facile, raconte au fur et à mesure, tout est bon”, “tiens, lis donc les nouvelles de Chantal Pelletier, et celle de Dorothy Parker”, et encore : “Là regarde comme c’est simple, Budd Schulberg, et Alice Munro, et Philippe Delerm!” Et pendant qu’on y est : “Maupassant, bon enfin, quoi, tu peux raconter un petit truc par-ci par-là, tu n’es pas plus bête!” Que Maupassant? Tiens donc! “Et Anna Gavalda, ne me dis pas que tu ne peux pas faire aussi bien?” Sous-entendu mieux. On se demande pourquoi je ferais mieux. Je m’interroge. Tous ces gens sont publiés. Pas moi. En tout cas pas récemment. C’est donc qu’ils “font mieux”.

Et si j’allais me faire un petit café, il est midi, je sens le coup de barre de fin de matinée qui s’incruste. Qu’est-ce que je suis fatiguée. Je range le bol dans le lave-vaisselle. Un coup d’éponge sur la cuisinière et la table.

J’ai oublié d’appeler l’électricien. Et la concierge qui n’a pas monté les colis. Ni le courrier d’ailleurs. Je vais aller lui tirer les oreilles. En même temps, je descendrai la poubelle. Et si j’en profitais pour aller acheter des bouteilles d’eau? Avec moi le caddy. Groupons, ça ira plus vite.

Mac est toujours allumé, bah, il va se mettre sur écran noir en m’attendant. J’ai enlevé les fonds d’écran, ça bouffe de la mémoire. Et en plus je restais des heures à baver devant la tête de Leonardo. Ca fait les heures courtes.

Me revoilà. J’appuie sur la touche verte. Mac revient. Un détour par la cuisine pour ranger les bouteilles, le caddy, le sac à linge dans le caddy, les sacs à provisions sur les clous, boire un verre d’eau, mettre le verre dans le lave-vaisselle. Quelle fatigue. Quelle heure est-il? Une heure et quart.

J’ai faim. Bon, je vais mettre Mac en supension. Après un casse-croûte, un café, les Feux de l’Amour, je m’y mets.

A trois heures de l’après-midi, ce serait le moment d’aller chercher la lettre recommandée dont le reçu traîne dans mon sac depuis une semaine.

J’ai un livre à commander chez le libraire. Après, l’esprit tranquille, je pourrai m’y mettre.

Quatre heures et demi. L’heure du goûter. Ca m’endort à cette heure-ci.

Je ne ferai rien de bon sans une petite sieste. Mon esprit est embrumé.

Sur le lit, avec mon manteau de fourrure côté poil sur moi, c’est le plus chaud et le plus douillet, y a pas à tortiller, je m’endors doucement, je fais des rêves, l’heure passe, doucètement? Je n’arrive pas à me réveiller, je n’ai pas la force de me lever. Un oeil quand même pour voir l’heure. Flûte, six heures. Je voulais faire de la soupe; tant pis, je prends les légumes et la bassine et j’épluche le tout en regardant Top Model. Un quart d’heure, pas long, ça, je jette les légumes dans la marmite, de l’eau et ça cuit tranquillement. Je m’y mets.

Mac rallumé, je commence à relire. Un roman cette fois, pas les contes, les petits morceaux c’est pour le matin. Oui, bon, je pourrais peut-être...bonnet d'âne.jpg

“C’est moi, me voilà! Je suis rentré!”

Petit mari arrive du boulot. “Ou t’étais, qu’est-ce t’as fait, qui t’as vu?”

“J’ai faim, je meurs de faim!” dit-il, et des fois : “Je n’ai pas mangé à midi”.

Mon ogre personnel s’installe, je vais à la cuisine, c’est l’heure de dîner.

L’heure d’éteindre Mac. Demain, dès que j’aurais débarrassé tout ça, je m’y mets. Cette semaine, ça devrait pouvoir se faire, j’ai un peu de temps.

Je m’y mets et je torche deux ou trois “oeuvres” .

Suffit de m’y mettre.

 


Hélène Merrick

 

(Il y a beaucoup de "vécu" là-dedans !)

 

 

 

19:32 Écrit par Hélène Merrick dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : ecrire, chef d'oeuvre bien sûr, rêver, buller?

 
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