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03/10/2011

Une Année au Lycée, chap. 2

UNNE ANNEE AU LYCEE - chapitre 2

… Au ralenti j’ai rallié les autres élèves de ma classe qui attendaient d’entrer dans le préau, bien rangés par deux.

Betty, à peine prononcé son nom, “Betty Sloboda”, a poussé un soupir déchirant et s’est précipitée dans mon rang comme les passagers du Titanic avaient dû se ruer dans les rares canots de sauvetage.

On s’est donné la main en douce et c’est tout juste si nos doigts ne sont pas tombés en morceaux à force de s’étreindre. Quelle chance, nous sommes dans la même classe!

- Sixième B1, a dit la surveillante générale, restez groupées, je vais vous remettre votre emploi du temps et le plan de vos salles de classe. Il est susceptible de changer, mais pour l’instant, conservez-le précieusement.

« Joséphine Dieudonné ! » Ouf ! Joséphine est dans la même classe ; ensemble, on tiendra mieux le coup.

 

lycée.jpgOn n’a pas eu le temps de se réjouir : chacune a reçu un emploi du temps et un plan du lycée. Un labyrinthe et un fouillis de colonnes avec des abréviations obscures comme du chinois.

 

C’est là que j’ai compris : plus rien ne serait comme avant.

Avant, à l’Ecole Communale, chaque année on avait une maîtresse, une seule, pour nous apprendre toutes les matières, sauf la gymnastique. Quelquefois on l’avait pendant deux ou trois ans, elle nous connaissait bien, on savait à qui on avait à faire. Ici, au lycée, toutes les heures, on va dans une classe différente, avec pour chaque cours un professeur différent. Comment c’est possible, ça ? Pourquoi ? C’est comme si on nous disait : « Tiens, cette année tu vivras avec tes parents, mais l’an prochain ce sera avec ceux de ta voisine, et l’année d’après, avec les parents d’un enfant vivant dans une autre ville. »

Betty, Joséphine et moi, on s’est plongé dans ce mode d’emploi avec perplexité. Soudain un coup de sifflet nous a assourdies, toutes les filles se sont mises à cavaler dans tous les sens, à se bousculer, à entrer et sortir, monter et descendre les escaliers. Moi aussi, serrant mon cartable de mes doigts tout crochus de terreur, je regardais défiler les portes des classes avec des numéros, cet étage, non l’autre, non, l’autre bâtiment, c’est pas ici, pas là non plus, mais où est cette fichue salle G1 B2 ?! Voici à quoi a ressemblé ce premier jour : courir d’une classe à l’autre, se tromper d’étage et de salle, et faire connaissance avec cinq professeurs. Un vrai parcours du combattant droublé du marathon de l’année. Au début de chaque cours, il fallait écrire son nom, son adresse, la profession des parents (qu’est-ce que ça peut leur faire ?) et même, ce qu’on « voulait devenir plus tard ». Une fois j’ai mis « pompier », l’autre, « chanteuse », après « marchande des quatre saisons », après « conductrice de trains », et pourquoi pas : « dessinatrice de mode ». Betty, à côté de moi, attrapait le fou-rire, surtout quand j’ai écrit : « dompteuse d’éléphants,comme Sandrine Bouglione ». La prof, car ce n’était que des femmes, pour l’instant, parcourait les feuilles. Elle faisait l’appel, et il lui arrivait de me lancer un coup d’œil menaçant, je regrettais alors d’avoir accepté de répondre à cette stupide question.vict hogo sévigné.jpg

Joséphine, qui a choisi espagnol en première langue, nous quitte quand arrive l’heure de son cours, Betty me laisse elle aussi pour aller en anglais, mais moi, sur un coup de tête j’ai choisi allemand en première langue. Un jour au marché, une dame a dit à maman : « On apprend plus vite l’anglais quand on a fait de l’allemand en première langue. » Du coup, mes parents, pas contrariants, m’ont laissé choisir. A l’heure des premières langues, mes deux copines et moi nous échangeons un regard affolé, avant de nous séparer dans un de ces interminables couloirs. Comment ne pas confondre les heures, les matières et les locaux ? Il y a même des bâtiments préfabriqués dans la cour, faute de place. Trop d’élèves. Et j’oublie deux détails : on continue de porter des tabliers, comme à l’école primaire, et ici c’est mixte. C’est la première fois qu’il y a des garçons dans ma classe. Pour l’instant ça ne change rien, ils restent entre eux et ne regardent même pas les filles . Ils fuient même, dès qu’un regard les croise par hasard, on dirait qu’on a la peste. Tant mieux, je n’ai pas envie qu’il me parle, ils ont l’air idiot et sournois.pont aux choux.jpeg

Quand on est sorti, à quatre heures, j’avais les jambes flageolantes ; avec mes amies, j’ai couru tout au long de la rue de Turenne. Au coin de la rue de Poitou, on s’est arrêté et on a babillé pendant un bon quart d’heure avant de rejoindre nos foyers. Betty et moi, rue du Pont aux Choux, elle au troisième étage, moi au deuxième, Joséphine n’a eu que quelques mètres à parcourir, elle habite rue de Poitou.

Ce premier soir, dans mon lit, je me suis perdue dans des cauchemars d’escaliers et de couloirs qui se terminaient dans des impasses.

(A suivre ...)

(• au milieu : Lycée Victor Hugo, rue de Sévigné

• en bas : la rue du Pont aux Choux en partant du Boulevard Beaumarchais. Tout en bas (au fond de l'image), on tourne à gauche, c'est la rue de Turenne) Je vous dessinerai un plan, ce sera peut-être plus clair!

18:06 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : entrée au lycée, paris, années 60

 
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