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25/10/2011

Lycée - 6 Augustin et la fontaine

Une Année au Lycée

- 6 -

Augustin et la fontaine

En rentrant du lycée, à quatre heures, je suis tombée sur Joséphine qui accompagnait Betty, et je me suis imposée, puisque c’était mon chemin aussi.

On quitte la rue de Sévigné, on tourne à gauche dans la rue de Turenne. On passe devant la maternelle. Je sais que ma petite sœur Aurélie s’y plait, je me demande si Augustin y est allé aujourd’hui.lutin timide.jpg

Voilà qu’une dame jaillit en trombe de l’école, juste sous notre nez. Les cheveux hirsutes, elle psalmodie : « Mon Dieu,mon Dieu, que vais-je dire à Mme Demètre ? »

Joséphine, Betty et moi nous échangeons un regard stupéfait. C’est bien de Maman que cette personne parle ? Betty m’attrape par le bras et crie :

-Madame, Madame ! C’est Jacqueline Demètre ! Mme Demètre, c’est sa mère !

-Mon Dieu, Mon Dieu, ma pauvre petite, Augustin !

-Quoi, Augustin ?

-Il s’est enfui!

-Tout seul ?

-Quand ?

-Où ?

-On ne sait pas, il n’est plus là !

Je me suis mise à courir dans la rue de Turenne, j’ai traversé en trombe la rue du Pont aux Choux et me suis engouffrée dans notre immeuble. Joséphine et Betty m’ont suivie tant bien que mal, en haletant sous le poids de leurs cartables.

- Lili! Attends! Qu’est-ce que tu fais ?

Je sonne, je ne sais plus où sont mes clés. Maman ouvre, souriante. Je n’ai plus de souffle :

- M’an, où il est Augustin ?

Maman a blêmi. Elle m’a poussée, s’est jetée dans l’escalier et a galopé jusqu’à la maternelle en hurlant « Augustin ! Augustin ! Augustin ! »

Galvanisées par ses cris, Betty, Joséphine et moi, on s’est mise aussi à glapir aux trousses de Maman, et ça faisait un raffut du tonnerre dans le quartier. En tournant au coin de la rue de Poitou, j’ai remarqué, on se demande pourquoi, que le charcutier avait sorti sur le trottoir sa table ronde avec les kilomètres de boudin en spirale tout fumant. Normal, c’est mardi, jour du boudin. Ca sent incroyablement bon, ça donne faim, mais ce n’était pas le moment de saliver.

En route, des mamans qui allaient récupérer leurs mouflets à la maternelle, demandaient ce qui se passait, on répondait sans s’arrêter, et certaines se joignaient au troupeau, tout ce joli monde braillant « Augustin ! Augustin ! »

Ce petit renard était assis tout bête sur la margelle d’une fontaine, un peu plus loin sur le trottoir d’en face de l’école. J’aurais dû deviner. Il veut toujours y aller quand on part vers le Square des Vosges, tout au bout de la rue de Turenne. Augustin avait l’air contrit, avec ce regard en dessous, honteux, qu’adoptent les chiens quand on se moque d’eux.

Maman a failli l’étouffer en le serrant contre elle, il a pleuré, forcément, pour l’apitoyer. On est rentré.trio clamart.jpg

Le nabot s’est tellement arraché la glotte à brâmer que les parents ont pris leur décision. Augustin va rester à la maison un an de plus.

Et si moi je fuguais ? Et si je pleurais trois jours durant ? Me laisseraient-ils rester à la maison ?

« Tu peux toujours rêver » ont conclu Joséphine et Betty.

Du coup, j’ai réclamé du boudin pour le dîner. Papa est venu avec moi pour mesurer le morceau. Le charcutier était très content.

(A suivre)

(à gauche : années 70, Maman, Papa et moi, ce doit être ma soeur qui prend la photo)

 

 

 

13:48 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : années 60, entrée en maternelle

17/10/2011

Lycée - 5 La Crise d'Augustin

AUGUSTIN PIQUE UNE CRISE

Ce soir à mon retour du lycée, la maman de Joséphine, Mme Dieudonné et une de ses soeurs étaient à la maison, à bavarder avec Maman. Elles circulaient entre la cuisine et la salle à manger. Sur la table, au lieu des couverts du dîner, de nouveaux coupons de tissus et des amas de perles brillaient de toutes les couleurs.

boulangerie.jpg - Regarde donc ce que nous a apporté Mme Dieudonné, dit Maman, je vais pouvoir créer des modèles magnifiques avec ces merveilles et comme il y en a des quantités, nous allons travailler ensemble à des costumes pour une fête antillaise!

- C’est bien, M’an.

Elle m’a regardée avec surprise. D’habitude, je suis subjuguée par ses travaux, je n’en finis pas de tripoter les étoffes, de réclamer des explications sur ses travaux de couture.

Au lieu de ça, je me suis tristement plongée dans une version d’allemand.

Je suis trop ennuyée par ma brouille avec Betty.

Elle fait comme si elle ne me connaissait pas. Joséphine court de l’une à l’autre avec des petits mots vengeurs ou des messages qui ne valent pas mieux. Quand il nous arrive d’être côte à côte, Betty et moi, en gymnastique par exemple, pincées et dédaigneuses, nous n’avons pas l’air plus malin que deux navets oubliés près d’une cocotte de soupe.

- Jacqueline et Betty, répète Joséphine, vous êtes bêtes comme des pieds qui ne marchent pas. Si vous continuez à vous fai’e la tête, moi je me choisis d’autres amies!bistrot parisien.jpg

A la maison, c’est le branle-bas de combat.

Ce soir Papa, qui travaille comme rédacteur dans un magazine hebdomadaire, est rentré plus tôt de son bureau, plantant là une réunion de rédaction.

- Et c’était très important! gronde-t-il, je remplace plusieurs personnes absentes ce mois-ci, je suis débordé par les articles et les corrections! Que se passe-t-il ici?

Augustin, mon petit frère de trois ans, est en larmes, il s’agrippe à Maman et tente d’attraper le pied de Papa.

- Ah, mais qu’a-t-il donc, ce ouistiti? grogne Papa, qui d’habitude est plus gentil que mille Pères Noël réunis. J’espère que c’est assez grave pour m’avoir dérangé!

- Paaapaaaaa..... râle Augustin.

- Allons Louis, cesse de terroriser cet enfant, dit Maman, tu vois bien qu’il est en crise.

- Terrorisé? Mais quand ne l’est-il pas? s’ emporte Papa, a-t-il de la fièvre? Une otite? une appencidite? A-t-il avalé une arrête? de la mort aux rats? Non? Alors, pourquoi me faire courir comme ça?

Marché du Temple.jpg Parce qu’il est plus fatigué que fâché, Papa finit par se calmer et par s’asseoir dans un fauteuil. Maman m’adresse des grimaces incompréhensibles, en secouant la tête vers le buffet, et puis vers la cuisine. Je me sens de plus en plus nouille, tandis que ses joues rosissent et que ses yeux roulent en tous sens!

Je finis par deviner et m’en vais chercher un grand verre d’eau fraîche pour Papa. En revenant de la cuisine, j’ attrape à tout hasard une bouteille de ouzo dans le buffet et je pose le tout sur la table basse devant Papa.

- Merci ma choupinette, me dit-il; tu n’aurais pas quelques “meze” aussi? Ta grand-mère a fait des feuilles de vigne farcis, et regarde s’il reste des olives de Kalamata, et tiens, apporte-moi donc aussi un peu de tarama avec un quignon de bâtard. Merci ma grande.

On dirait qu’il a oublié Augustin, mais une fois avalé deux trois bouchées et autant de gorgées, il soupire d’aise et remarque nos têtes:

- Mais qu’as-tu Delphine? Tu es toute rouge ! Prends un apéritif et des hors d’oeuvre avec moi!

- Il est trop tôt, Louis, je vais m’endormir si je bois une goutte d’alcool.

- Finette, pose donc ce moutard par terre, enfin! Il est assez grand maintenant pour s’asseoir comme tout le monde! Et pour aller à la maternelle aussi d’ailleurs.

Augustin n’attendait que ce mot, “maternelle”, pour se remettre à piailler. C’est bien simple: chaque fois que Maman fait mine de le quitter après l’avoir confié aux bons soins d’une maîtresse, Augustin se pend à ses basques et refuse de la lâcher. Ses hurlements ressemblent tellement à un signal d’alarme que le libraire qui se trouve juste à côté de l’école maternelle, rue de Turenne, a même appelé les pompiers l’autre jour.

Rien à faire. Augustin ne veut pas quitter la maison.bar de l'Ambigü .jpg

- Que faire? dit Papa, veux-tu que je le conduise moi-même demain matin?

- Tu ferais ça? dit Maman, oh oui, essaie, Louis, avec ton autorité, ça marchera peut-être.

L’autorité de Papa, en voilà une nouvelle. Mes frères Léon et Barnabé, qui viennent d’arriver et assistent à la scène en mâchant des sandwiches, se mettent à rire si forts qu’on les somme de finir leur vacarme dans leur chambre. Maman me lance un regard suppliant

- Jacqueline, ton lycée est tout près de la maternelle, que dirais-tu d’aller jeter un petit coup d’oeil entre deux cours? Ou à la récréation? Ou en rentrant le soir?

- Mais, M’an, tu ne te rends pas compte? Je n’ai pas les mêmes horaires qu’Augustin! Et tu me vois avec ce champignon accroché à ma jambe tout le long de la rue de Turenne, avec les élèves de mon lycée qui vont se moquer de moi?

- Oh, les enfants, vous êtes trop compliqués! Ton amie Joséphine ne fait pas tant d’ histoires, elle, pour s’occuper de ses frères et soeurs!

Et retoc. J’en veux à Joséphine, sur le coup, parce qu’elle est exactement comme le dit Maman, jamais gênée de transporter un bébé sur les bras, ou de rentrer au lycée avec un bavoir dans la poche et un nounours oublié à sa ceinture, après avoir conduit une ribambelle de frères et soeurs à leur école respective.

Comme j’avais des devoirs à finir, la discussion s’est arrêtée là.

(A suivre...)

(Photos de haut en bas :

• une boulangerie où  je m'arrêtais pour acheter du réglisse avant d'aller à l'école

• Un vrai bistro parisien

• Le Marché du Temple

• Le bar de l'Ambigü, un petit théâtre merveilleux dont je vous ai déjà parlé et qui a été démoli)

 

18:22 Écrit par Hélène Merrick dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : années 60, entrée en maternelle

 
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