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02/08/2010

Jeunes années

Cela vous intéresse, la vie d'une petite Parisienne née après la 2ème Guerre Mondiale ?

Voici quelques lignes pour voir.

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Petite au coeur de Paris

Le premier bruit du matin, un grand fracas métallique dans la rue déserte, c’était le choc des poubelles, vidées sans ménagement par les boueux dans leur camion. Bientôt on dirait les “éboueurs”, mais dans les années 50, on imaginait aisément ces hommes encagoulés et aussi noircis que des bougnats, en train de remuer la boue, la vraie, sans les sacs-poubelles d’aujourd’hui, secouant dans un nuage nauséabond ces grands seaux en ferraille et pas encore en plastique.

Je continuais de dormir, jusqu’à ce qu’un autre vacarme familier et strident se glissât dans mes rêves : le grincement aigu et continu d’une scie. Dans l’immeuble d’en face, l’activité d’une grande scierie réveillait les derniers dormeurs de la rue.

J’ouvrais les yeux sur la première lumière du jour, un assortiment de rayures dessinées sur les murs et l’armoire à glace par les interstices des volets. C’était ces mêmes bariolages bayadère qui me berçaient le soir avant de m’endormir.

Ma première sensation: une fraîcheur enveloppante qui me retenait dans mon petit lit. Le premier était en bois rose et formait une boîte rassurante contre le monde qui chaque jour me happait.

Maman arrivait, elle penchait sur moi son beau visage aux trois expressions familères : l’ironie, la lassitude et l’impatience. Désespérée, sarcastique et irritable.

Elle me passait mes vêtements, “habille-toi vite”, mais il faisait si froid dans la chambre que je les enfilais sans sortir les jambes de mes draps. Les mains encore au chaud sous les draps, je faisais glisser mes chaussettes sur mes pieds avant de les extraire et de les poser dans mes pantoufles. Maman m’embrassait sur la joue et repartait dans la cuisine.

La première odeur du jour, ma préférée, était celle de la fourrure.

Elle régnait dans tout l’appartement. Légère dans les pièces les plus éloignées comme la cuisine, la chambre des parents ou celle de ma soeur aînée, elle devenait plus présente dans le couloir en L qui menait à l’atelier. J’y courais, mes savates faisant crisser le linoleum. Dès qu’on ouvrait la porte de l’atelier, l’odeur envahissait le nez, les cheveux, le corps entier. Même quand la pièce n’avait pas été chauffée, au petit matin, je me sentais enveloppée, emportée dans des bras rassurants, les bras de la maison. C’était dans l’atelier que je me sentais le mieux. Une pièce qui me paraissait grande, tout encombrée de tables, de planches à clous pour les peaux, de manteaux en fabrication. Presque toujours, j’y trouvais Papa en train de remplir le poêle de charbon et de déchets de fourrure balayés sur le sol. Il les nommait des boukloukias.

- Bonjour Trésor joli, disait-il, et avec le premier baiser du jour, ma joue s’imprégnait du doux parfum de son savon à barbe.

Alors seulement, je me décidais à gagner la cuisine où Maman grelottait en préparant le petit déjeuner. Je traversais le couloir sombre, aussi froid que le reste de l’appartement. Depuis le temps, on s’était habitué, et plus personne, dans la famille, ne faisait de commentaires sur cette ambiance glaciale qui ne disparaissait qu’aux beaux jours. A peine frissonnait-on en resserrant son gilet sur la poitrine.

La seconde odeur du jour était celle du café et du lait bouilli.

La cuisine donnait sur une cour; la fenêtre n’était séparée que d’un ou deux mètres de l’immeuble d’en face, si bien qu’on apercevait nettement, à travers celle des voisins, leur lit à deux places, sur lequel trônait une poupée de fête foraine, sa robe à fanfreluches déployée autour d’elle, source perpétuelle d’admiration et d’envie.

Une fois vérifiée la présence de la poupée, je m’asseyais à un bout de la table, et Maman me versait du lait dans un bol avec un peu de banania ou une goutte de café. Je grignotais une ou deux tartines de baguette beurrées, très légèrement car tout corps gras me donnait la nausée. J’étais ce genre de petite fille qui a rarement faim, qui chipote, qui a toujours mal au ventre, qui vomit facilement, qui dort mal, qui se renfrogne à la moindre remarque, qui hurle pour appeler sa mère la nuit, quand toute seule, saisie d’une angoisse inexplicable, elle croit que des poux sont sur le point de la dévorer ou que sa poitrine va éclater.

 

mam Pap moi petite.jpg

 

 

Il arrivait que ma grande soeur passât dans cette cuisine, mais nous n’étions pas proches. Sept ans nous séparaient, elle allait déjà au lycée, quand je glapissais encore de terreur à l’école communale. Nos histoires ne se rencontraient pas encore.

Photo : Papa, maman, et la petite qui fait la tronche en bas à gauche, c'est moi, Miss  Renfrognette

(A suivre ?)

 

17:46 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : feuilleton peut-être, baby boom, années 50

 
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