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19/05/2011

Raisins et confits

En Crète, quand sa famille le laissait tranquille, Papa me promenait alentour. C’était la caillasse, tout sec, des champs de vigne et de coton. Ca sentait bon, des fleurs et des plantes inconnues pour moi. On croisait des chèvres, des ânes, des poules en liberté.

On voyait passer des hommes étrangement vêtus, on aurait dit des zouaves, avec un « kéfi » sur la tête et un de ces pantalons à la mode aujourd’hui, avec l’entre-jambes descendant aux genoux, le bas coincé dans des bottes.figues.jpg

Ces paysans aussi martiaux que des janissaires turcs étaient bourrus et taiseux, avec de grosses moustaches et des sourcils épais sous un front bas cachant à demi leurs yeux. Minuscule, innocente et naïve, (cinq ans quand même, à l’époque en plus, que disait-on aux enfants ?!) je demandai à Papa : « Pourquoi le monsieur il a une grande poche comme ça entre les genoux ? » Papa, qui ne manquait jamais une occasion de plaisanter et de s’en tirer avec des pirouettes, m’a répondu : « Il porte des grappes de raisin là-dedans, c’est très pratique ».

A propos de nourriture, une des manies des grands là-bas, quand arrivait l’heure du café ou du goûter, consistait immanquablement à offrir sur une petite assiette un peu de confiture. Attention, la confiture grecque, ce n’est pas de la gelée, de la bouillasse de supermarché, mais des fruits confits dans leur propre sirop, hyper sucrés, un vrai gâteau quand il s’agit de figues, ou de petites oranges-mandarines « nerantzaki » !fruits.jpg

Même la confiture de raisin est digne de l’ambroisie des Dieux de l’Olympe, les grains sont entiers, confits dans leur jus, oui, tout est confit dans le sirop, tout comme la plupart des plats grecs sont noyés dans … l’huile d’olive ! Ca c’est encore une autre histoire, et puisque je me laisse emporter par ces souvenirs-là, vous allez encore en lire jusqu’à ce que lassés, vous vous groupiez pour protester et manifester  contre mon blog !

(A suivre !)

 

21:38 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

16/05/2011

Arrivée en Crète

Raisins et piments

Une fois en Crète, le festival des larmes a commencé !

Ce n’était pas moi qui pleurais je n’avais aucune raison de le faire, il faisait beau, c’était joli ; quand on allait à la plage, la mer était tiède et douce, calme comme de l’huile », disaient les Grecs. C’est ainsi qu’ils l’appréciaient, c’est ainsi que je l’aime aussi ; la moindre petite houle, la plus petite vague déclenchaient un repli immédiat de tous les autochtones vers les cafés ou les maisons ; pour nous et la famille de papa, c’était la maison.maison crétoise.jpeg

La sœur de Papa, son mari et leur petite fille vivaient avec une autre de ses sœurs et toute une smala dans une petite maison en pierre sans étage, en pleine cambrousse. Il y avait un petit jardin en longueur, mais ce qui m’a intriguée, c’était la vigne qui poussait sur des treilles au-dessus des vérandas. Une vigne noire et sucrée, accrochée comme les pendentifs des colliers. Des piments rouges séchaient au soleil. Du linge prenait le soleil et séchait à toute vitesse. « On dirait le Sud », chantait Nino Ferrer ; c’était le Sud.crète.jpeg

Les larmes auxquelles j’ai fait allusion au début de cette note, c’était celles des adultes, frères et sœurs qui se retrouvaient dans un assourdissant échange d’exclamations, de sanglots, de cris, d’embrassades, quelles étranges réactions pensait la petite fille que j’étais, c’était stupéfiant et un peu effrayant tout ce boucan ! Et ça se couvrait de baisers, et ça s’étreignait, et ça chialait, ça chialait ! Et entre deux effusions, il y avait des tas de signes de croix, comme pour conjurer le sort, ou pour remercier le Dieu Orthodoxe et toute sa compagnie d’avoir permis des retrouvailles familiales                                                                                                 .

Un jour une des sœurs de Papa, Evangeline, l’a suppliée de les faire venir en France, elle lui a fait promettre à grands renforts de larmoiements.

Deux ou trois ans plus tard, elle, son mari et leur petite fille, toute petite, sont venus à Paris. Peut-être je vous raconterai ça un jour.

Je me suis servi de cet événement dans un petit livre « pour la jeunesse » que j’ai écrit il y a une quinzaine d’années, mais je l’ai considérablement embelli…

 

 

21:28 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

13/05/2011

Mal au coeur

Mal au cœur

A Athènes, je n’ai rien vu, ni le Parthénon, ni les jolies petites rues de Plaka, le quartier des tavernes et des petites boutiques de souvenirs.

J’étais trop petite, trop fragile pour supporter la terrifiante chaleur de l’été grec. Les monuments, les ruines, les musées, tout ce qui attire les touristes du monde entier, je les verrais une bonne décennie plus tard. Tout ce que j’ai remarqué d’Athènes, c’est la poussière, le vacarme des voitures te des klaxons, les vertes injures que se lançaient allégrement les automobilistes.

Ces vacances-là, je les ai passées presqu’entièrement dans une chambre, couchée, fièvreuse, hâve, tout le temps malade ! Autour de moi, les grandes personnes s’occupaient à des affaires de grandes personnes, elles parlaient, discutaient, riaient, elles cuisinaient, partaient faire des courses ou manger aux terrasses des tavernes, boire du vin résiné, du ouzo, goûter des mézé, ces délicieux amuse-gueule des pays chauds.

Aujourd’hui les Grecs sont tristes et accablés, mais à l’époque, il y avait une exubérance générale, une espérance, une énergie, c’était un pays du tiers-monde qui « émergeait » grâce au tourisme. Etant accueillie dans une famille grecque, je vivais leur joie de vivre de l’intérieur. J’en avais presque peur, les Grecs sont - étaient - exubérants, ils parlaient forts, ils riaient et discutaient amicalement avec autant de véhémence que s’ils se disputaient, comme les Italiens ! Quand ils étaient émus, ils pleuraient beaucoup, poussaient des exclamations, je trouvais ça intimidant. Les accueils et les adieux étaient arrosés de larmes et d’effusions à n’en plus finir, c’était stupéfiant à mes yeux d’enfant !

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Une fois terminé le séjour à Athènes, chez la sœur de ma Yaya Pipina, dont je vous ai déjà parlée, mon père a voulu voir une de ses sœurs en Crète. Nous avons pris l’avion, mon premier voyage en avion !

 

Beaucoup de « premiers » événements me sont arrivés en Grèce, car c’est là que nous avons passé plusieurs étés par la suite.

L’avion était petit, il faisait juste le vol Athènes-La Chanée (Ta Xania) et retour. Je n’ai pas dit un mot, je suis monté dans cet objet fuselé, agrippée à la main de mon père. Le bruit du moteur m’assourdissait. Pendant le vol, motus encore, je n’ai pas décollé ma tête des genoux de Maman.

Quand on est descendu, elle m’a dit : « Tu vois, ce n’est rien, tout va bien », à peine ai-je posé le pied sur le tarmac que… j’ai vomi !

Ah oui, ça devenait une habitude ! Bateau : beuark ! Avion : bleurk !

Je suis sûre que beaucoup d’entre vos ont connu les autocars des années 50, pas climatisé, brinquebalant, les fenêtres ouvertes sur l’odeur du gas oil ! Pratiquement tous les enfants souffraient du mal des transports, et là encore, c’était un vrai cauchemar pour mes parents quand je montais dans un car !

Des souvenirs très poétiques, convenez-en, mes amis ! On dit que les voyages forment la jeunesse, pour moi, ils détraquent pas mal le système digestif quand on est petit !!!

(A suivre … pour les coeurs bien accrochés !)

Photo : Les Evzones en pleine action, en grec leur nom est plus rigolo, ce sont des "Tsoulia"!

 

21:21 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

05/05/2011

Le Pont près du Ciel

J’avais fait mon premier pas sur la mer !

Il y avait tant à voir sur ce gigantesque bateau que je n’ai plus souffert du mal de mer durant la traversée. Mes parents, comme toujours, ne passaient pas leur temps à trembler de peur pour la sécurité de leurs filles, c’était comme ça à l’époque, on nous laissait aller seules à l’école, traverser les rues de Paris, prendre le métro … Sur le paquebot, je courais partout, je regardais les ponts, les cabines, les coursives, je galopais dans les restaurants. Personne ne me grondait, personne ne me surveillait.

« Où tu étais, Trésor Joli ? » demandait Papa quand il me croisait !

Dans ma mémoire, la traversée a duré plusieurs jours, pourtant Gênes n’est pas trop loin d’Athènes, mais en bateau on va quand même moins vite qu’en train. Laissons l’avion de côté pour l’instant !

Un jour je suis partie plus longtemps que d’habitude, je voulais en voir plus, il me semblait que tout en haut, près des cheminées, il n’y avait personne, ou alors, quelque chose de mystérieux que je devais découvrir. Je me suis aventurée plus loin que les autres fois, tout en haut, sur le dernier pont.

Je grimpais un escalier en ferraille, quand un monsieur a commencé à le descendre. Il y avait des bruits de moteur, des roulements inconnus, des sifflements, des vapeurs, le son du fer sous les chaussures.

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A mi-chemin de l’escalier, le monsieur a baissé les yeux, j’ai levé les miens, très haut : il était grand, magnifique dans un uniforme bleu, une casquette sur la tête. Il souriait. Il m’a dit : « Que fais-tu là, petite fille ? Il ne faut pas monter ici ! » J’ai répondu : « Je me promène, je voulais voir… »

« Il ne faut pas te promener là-haut, c’est le pont du Capitaine ! Où sont tes parents ? Viens je vais te ramener. »

Il m’a prise par la main, et a redescendu avec moi des tas d’escaliers, traversé des tas de passages.
Quand mes parents m’ont récupérée, Maman était confuse, elle regardait le monsieur les yeux en dessous avec timidité. Papa a remercié le Capitaine. J’avais dérangé l’autorité suprême, le Maître du bateau !

C’était le Capitaine, je ne l’oublierai jamais !

 

(A suivre!)

(Sur la photo ce n'est évidemment pas moi et pas non plus "Mon" Capitaine, je n'ai pas de photos de cette traversée, on ne mitraillait pas tout comme aujourd'hui, les photos étaient un luxe et une exception, c'était important, ça restait. J'ai trouvé cette jolie photo en me promenant sur un site de bateaux et d'officiers de marine! le WWW est indiqué dessous)

 

13:48 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

04/05/2011

Marcher sur la Mer

Merci à tous de m'avoir écrit pendant mon silence ! Même quand je ne mets pas de note, je suis avec vous tous en pensée, regrettant que le temps ne soit pas élastique pour me permettre de tout faire dans une journée !

Voici le début d'un de mes souvenirs les plus aigus :

J'avais cinq ans. Après avoir passé plusieurs étés en Normandie, lassés sans doute par la grisaille et la pluie toujours fidèles au poste, mes parents ont commencé leurs voyages vers un pays ensoleillé, la Grèce. Ils y avaient tous deux encore de la famille, maman plus que papa. Lui n'aimait d'ailleurs pas y aller, il était né dans une région montagneuse et fraîche et n'a jamais aimé les grosses chaleurs de son pays d'origine!

Nous voici partis en train vers l'Italie, jusqu'à Gênes où un paquebot devait nous emmener vers Athènes. Pourquoi un bateau ? A quatre, c'était moins cher que tout autre moyen de transport. Le voyage en train a duré un jour et une nuit.

 

Le France.jpg

Sur le quai de Gênes, j'ai vu cet énorme bateau flotter comme une forteresse abritant des géants. Il y avait plein de monde sur le quai. Des bagages des baluchons, des très grandes personnes, dont je ne voyais que les genoux ou les pieds!

 

D'autres que moi vous diront combien ils ont été éblouis par leur premier bateau, mais certains sont des menteurs, je vous l'affirme! Dès que nous avons embarqué, avant même le départ de ce monstre, face au quai où des gens agitaient des mouchoirs et tanguaient comme des marionnettes, je me suis penchée sur le parapet, et ... j'ai vomi.

Voilà mon premier contact avec le voyage vers la Grèce. Très poétique. J'en ai beaucoup d'autres à vous raconter. La suite de ce voyage demain!

 

Photo : Le France. J'ai oublié le nom de celui qui nous a transportés autrefois, je crois qu'il était italien ou grec, genre Le Socrate, ou allez, inventons, je ne vais pas dire Le Poséidon, celui-la a coulé dans un film, alors L'Atlantide, flûte, elle est engloutie! Disons Le Demetrios, c'est joli!

15:22 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

01/04/2011

Au Cirque d'Hiver !

Cette semaine, sur une chaine diffusant des films "classiques", j'ai pu voir deux films se passant dans un cirque : "Polly of the Circus", avec Clark Gable (il y avait un cycle consacré à Clarkounet!), et "Je ne suis pas un Ange", avec Mae West.

Dans le premier, l'héroïne fait du trapèze, dans le second, la grosse et amusante Mae dresse des lions ; pour attirer le public elle accepte de corser son numéro en plaçant sa tête dans la gueule d'un lion!

Dans "Sous le plus grand Chapiteau du Monde", avec Charlton Heston, Gloria Grahame pose sa jolie tête sous le sabot d'un éléphant, brr, ça faisait peur!

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Ces films sympathiques m'ont rappelé le beau Cirque d'Hiver où mes parents m'ont emmenée quand j'étais petite. C'est un bâtiment rond, forcément, un cirque en dur situé au métro Filles du Calvaire, rue Amelot, près de la Place de la République à Paris.

Pour la petite histoire, il a été construit par l'architecte Jacques Hittorff en 1852. Aujourd'hui il est classé monument historique, heureusement!Cique face N&B.jpeg

Beaucoup de pignoufs auraient aimé le démolir pour en faire un parking ou un super marché!

Au tout début, il se nommait Cirque Napoléon. En 1934, quatre frères Bouglione l'ont acheté. Ils ont installé une piste nautique!Cirque jour biais.jpeg

Des spectacles chantant et dansant se sont ajoutés aux traditionnels clowns, trapézistes, acrobates, animaux savants...Tout ça pour en arriver aux glorieuses années 50 où le Cirque était pour les enfants un rêve éveillé!

Les Bouglione ont inventé les "Opérettes de cirque à grand spectacle". J'en ai vu un :" La Perle du Bengale". Je ne l'ai jamais oublié !

Pendant plusieurs semaines, je voyais sur les kiosques publicitaires des affiches impressionnantes : des danseuses hindoues (on ne disait pas indiennes) évoluaient dans un lac, entourées de serpents! C'était à la fois effrayant et attirant.

Cirque façade N&B.jpegPar chance mes parents m'ont offert ce spectacle. Il y avait des chansons, des danses, des acrobaties, tout un tas d'animaux, les fameux éléphants Bouglione, chevauchés par la belle Sandrine Bouglione qui est aussitôt devenue mon idole ! Je voulais monter sur les chevaux et les éléphants, sauter sur leur dos !

Le bassin aux serpents était plus petit que sur l'affiche, évidemment, et les serpents n'atteignaient pas le nombre de dix, mais c'était magnifique, fascinant !

Il parait que Zavatta était dans ce spectacle, en duo avec Despard (? Zorg tu connais?)

Avec mes petites copines de l'école communale, on faisait semblant de connaître Sandrine Bouglione, on se racontait des histoires abracadabrantes, on prétendait que nos genoux écorchés venaient des cascades partagées avec elle !piste Cirque.jpg

Autre éblouissement de la même époque : au Cirque d'Hiver s'est tourné le film de Carol Reed "Trapèze", avec Gina Lollobrigida, Tony Curtis et Burt Lancaster. Paillettes, passions, sauts périlleux !

Je voulais être trapéziste! Voltiger dans les airs ! Porter le juste-au-corps scintillant de Gina !

 

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Ah ! sublime, sublime !!!!

Petite, je ne voyais qu'elle, maintenant je regarde aussi ces deux beaux gaillards !

 

 

16:40 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

28/02/2011

Boulevard du Crime

 

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Boulevard du Crime

Dans Les Enfants du Paradis, on voit le Boulevard du Crime envahi par les Parisiens, les fêtards, les banlieusards, les artistes… Arletty y rencontre Pierre Brasseur, « Paris est tout petit pour des gens qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour ». Et elle s’en va, « emportée par la foule ». Elle porte des boucles d’oreilles en forme de cœur ; j’en ai cherché après avoir vu le film, c’est dire que ma quête dure depuis plusieurs décennies !

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Mon souvenir de ce fameux boulevard, qui n’est autre que le boulevard Saint Martin, est moins achalandé. Il démarre à la station Strasbourg Saint Denis et se termine à la République. La station de métro Saint Martin a été fermée car trop proche de Strasbourg Saint Denis.

Le Boulevard Saint Martin est en hauteur des deux côtés. Sur un des trottoirs, il y avait un grand magasin de linoleum. Des gros rouleaux multicolores se répandaient jusque sur les pavés. Plus haut, le beau Théâtre Saint Martin,qui existe toujours heureusement, avec ses colonnades et ses statues. Je n’y suis jamais entrée.rideau theatre.jpg

Un peu plus loin vers la République, une curieuse boutique « Vêtements coloniaux » ! Dans les vitrines, des mannequins arboraient des tenues beige, shorts, chemises, sahariennes, et des chapeaux en forme de casques. On ne voit ces tenues aujourd’hui qu’en feuilletant de vieilles bandes dessinées, Tintin au Congo pour la plus célèbre. Ni mes parents ni moi n’y avons jamais mis les pieds, qu’aurions-nous fait de vêtements coloniaux ?! C’est tout juste si je savais où se trouvait l’Afrique, avant de suivre les cours de géographie à l’école. Cependant, il m’arrivait de trouver ces tailleurs clairs, et très chers, très élégants derrière leur vitrine !

Un peu plus loin, un magasin pour les peintres et les artistes, avec tous les accessoires et produits de couleurs : on y vendait des figurines en bois articulé, mannequins très utiles pour effectuer les croquis. J’en ai acheté une, étant étudiante, je me demande encore avec quels sous, tellement nous étions serrés côté budget. Le vendeur m’a montré un autre mannequin, en forme de cheval, mais je n’ai pas compris à l’époque à quel point c’était précieux, ça n’existe plus, c’était peut-être le dernier cheval fabriqué à la main et articulé pour servir de modèle. Je le regrette comme tant d’autres choses… Et justement, un des regrets que sûrement beaucoup de mes contemporains partagent, c’est la destruction du plus joli théâtre de Paris, en plein cœur du Boulevard Saint Martin, avec sa petite place et sa station de métro ancienne : le Théâtre de l’Ambigu.au theatre.jpg

Ce petit théâtre, sa petite place, sa ravissante station de métro, ont été abattus impitoyablement pour laisser place à un hideux immeuble moderne de bureau. L’Ambigu recevait chaque jeudi le Petit Théâtre de Roland Pillain, des spectacles destinés aux enfants. J’y suis allée une fois, accompagnée par Maman, et ai été très impressionnée par la foule. Les enfants montaient sur la scène, je ne sais pourquoi, et j’y suis allée aussi, complètement terrorisée, poussée sans doute de force ! ne réussissant pas à bafouiller un mot. Et Roland Pillain qui vociférait –gentiment bien sûr- mais c’était déjà trop violent pour une petite comme moi.

Il y avait une fête après, costumée je crois, et dans la salle où m’a emmenée Maman, des tas d’enfants dansaient, sautaient, riaient et criaient, j’ai eu tellement peur que Maman m’a ramenée à la maison. Elle a fait quelques réflexions méprisantes et apitoyées, comme si j’étais vraiment une créature à part, ratatinée, et p’t-êt’ bien que j’en étais, une créature à part, un lémurien « moitié chat moitié grenouille », comme les bestioles que je dessine maintenant, « not of this world » comme on dit en anglais !

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Ce souvenir à la fois navrant et comique ne m’a pas empêchée d’être chaque fois éblouie quand je passais devant ce délicieux Théâtre de l’Ambigu. Sans penser « c’était mieux avant », je trouve quand même que le modernisme à tout prix, sans discernement, a déglingué beaucoup de jolis monuments.
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En marchant vers la République, on tombait sur un renfoncement et deux rues se rejoignant de travers sur le boulevard ; entre les deux : le cinéma Les Folies. J’avais entre seize et vingt ans quand je me suis retrouvée à vivre seule avec Papa (une longue et douloureuse histoire) et tous deux nous allions souvent le dimanche aux Folies. C’était une grande salle, rouge comme je les aime, avec cette odeur particulière du velours poussiéreux et du parfum des cinémas d’autrefois, très capiteux, « Houbigant » disait-on. Une fois, nous sommes allés l’après-midi voir un western, la salle était presque vide, un personnage tire sur un autre, un spectateur a dit à voix haute « Et voilà le travail »… en grec ! Ce qui donne : « afto itann ! » phonétiquement. Papa et moi on s’est gondolé pendant la moitié du film. A un moment, un cowboy cassait des œufs dans une poêle et les faisait frire avec du lard. Papa et moi nous avons eu tellement l’eau à la bouche qu’aussitôt après le film, nous avons foncé à la maison pour manger des œufs frits !

on m'appelle garance.jpg

Après il y avait la Place de la République, et sur le trottoir face aux Folies : le Caveau de la République, avec les Chansonniers, très populaires dans les années 50-60. Du côté Caveau, j’ai oublié ce qu’il y avait, car c’était le trottoir de l’Ambigu, du magasin pour peintres, de la boutique coloniale et de celle des linos qui me ravissait.

(A suivre...)

Les photos sont extraites des Enfants du Paradis, de Marcel Carné, ici Arletty et Pierre Brasseur

En haut : "La Vérité" toute nue, dans le même film.

15:27 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

01/02/2011

Un Broc et une Cuvette

Le Broc et la Cuvette

Un des souvenirs les plus persistants de mon enfance, c’est le froid.

bébé baignoire.jpg Ce n’était pas une calamité, mais un élément auquel on s’adaptait constamment. Aujourd’hui, je souris quand, dans un appartement surchauffé, quelqu’un se plaint d’avoir froid ! « Il y a des courants d’air, il faut calfeutrer les portes… »

Au milieu du siècle dernier, « à la maison », c’est-à-dire dans l’appartement, une seule pièce était chauffée, l’atelier de Papa. Il y avait un poêle à charbon. Chaque matin Papa le démarrait avec des journaux, des France-Soir chiffonnés en boules, le nourrissait avec du charbon et y jetait tous les déchets de fourrure.

Je vous ai parlé avec des trémolos de l’odeur à jamais délicieuse pour moi de la fourrure travaillée, eh bien, curieusement je n’ai pas de souvenir de mauvaises odeurs : le froid empêchait les gens de transpirer et personne ne sentait mauvais ! Même pas dans le métro. Il n’y avait pas de salles de bains, de douches, de baignoires dans les immeubles, pourtant on était à cheval sur la propreté.

Dans le cabinet de toilette attenant à la chambre de mes parents, il y avait une jolie cuvette en émail et un broc. Je me souviens des gants de toilette dont Maman me frottait le museau, les bras, soigneusement par petit bout, elle me lavait. Il n’existait pas de déodorant, et nous tous, toutes, nous sentions bon le savon. Une fois de temps en temps, tous les mois je crois, Maman décidait de me faire prendre un bain ; à côté de la cuisine il y avait une petite pièce qui servait de débarras. On y rangeait le « baquet », une grande bassine ronde en ferraille très lourde. Papa le transportait au milieu de la cuisine. Maman le remplissait d’eau chauffée sur le gaz et d’eau du robinet pour la refroidir si nécessaire.

L’opération m’était aussi agréable qu’éprouvante, surtout au début : il fallait se déshabiller dans cette cuisine glaciale, je grelottais, vite j’allais dans l’eau et ça faisait un choc quand même ! Une fois savonnée, rincée, Maman me sortait, et de nouveau, j’avais la chair de poule, je claquais des dents, le temps pour elle de me sécher, me frictionner d’eau de Cologne. Vite, m’habiller. Après je me sentais vraiment bien !

Les adultes, parents, grands-parents, allaient aux Bains Publics rue de Bretagne. Il y en avait un peu partout dans Paris, on payait quelques sous pour prendre une douche, un quart d’heure, ou un bain, une heure maxi.

Cet endroit sentait comme les piscines, avec en plus les vapeurs de savon et d’eau de javel. J’y ai accompagné ma Yaya une fois ou deux. Elle avait du mal à entrer et sortir de la baignoire, à cause de son poids, et trouvait qu’une heure c’était trop peu. Mon Papou y allait très souvent, c’était un dandy, tiré à quatre épingles.

Après les ablutions, le plus réconfortant c’était évidemment de se réfugier dans l’atelier, notre cocon à tous, le mien en tout cas, parce que je ne voyais pas encore les tumultes qui agitaient les cœurs et les esprits des Grands.

(A suivre…)

La photo est extraite de "Il y a un siècle... l'Enfance" de Ronan Dantec

 

 

 

13:57 Écrit par Hélène Merrick dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : feuilleton vécu, baby boom, années 50

 
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