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13/04/2010

Gardiens de l'Ordre

 

affiche Gardiens jpg.jpg

Un Film à ne pas rater !

 

GARDIENS DE L’ORDRE

 

Au cours d’une ronde de nuit, Simon (Fred Testot) et Julie (Cécile de France), gardiens de la paix et collègues, blessent sur un jeune homme fou furieux qui a tiré sans sommation sur un de leurs partenaires. Soupçonnés de bavure et livrés à eux-mêmes, ils mettent en œuvre une combine risquée pour prouver leur innocence et démasquer les vrais coupables.

Le réalisateur de cet excellent film policier français, Nicolas Boukhrief, raconte : « A partir du moment où l’on commence à tuer des personnages ou a sortir de la drogue dans un film, tout est possible ! Avec ces deux flics qui basculent dans la délinqance, se défoncent et assassinent des dealers, une histoire comme celle de Gardiens de l’Ordre peut donner lieu à une illustration assez extrême, du genre Le Justicier braque les dealers avec Charles Bronson ! »

 

Cécile flingue.jpg

 

 

Le public qui n’aime pas le sang et la violence peut y aller sans hésitation car : « J’ai réfléchi aux publics auxquels s’adresse ce film, et notamment , à ceux de Cécile de France et Fred Testot. Il y a parmi ces spectateurs qui les apprécient, des personnes qui n’ont pas forcément le goût ou l’habitude des scènes de violence, alors pourquoi les agresser ? Ce n’est pas la meilleure façon de leur faire aimer le genre. Du coup, j’ai opté pour des scènes efficaces mais jamais choquantes. »

Fred & Cécile jpg.jpg

Tourné en HD, avec une belle recherche sur la couleur et le contraste, Gardiens de l’Ordre se déroule à toute allure, clouant le spectateur sur son fauteuil ! Il y a aussi de touchantes scènes intimistes et beaucoup d’émotion dans les personnages de Cécile de France et Fred Testot.

Tous les acteurs sont filmés avec amour et leur beauté est stupéfiante.

 

J’ai adoré ce film, j’en ai été même émue, en constatant qu’il naît toujours et existe de vrais artistes devant et derrière la caméra dans le cinéma français.

Hélène Merrick, avec le maximum d’étoiles !

 

Gardiens de l’Ordre ****

Film policier français de Nicolas Boukhrief

Avec Cécile de France, Fred Testot (d’Omar et Fred !), Julien Boisselier

Durée : 1 h 45

Sorti le 7 avril 2010

Nicolas.jpg

A droite, Nicolas Boukhrief, qui a débuté avec "Va Mourire", "Le Plaisir et ses petits tracas" et a tâté du polar avec l'excellent "Le Convoyeur" , avec Albert Dupontel, et "Cortex", avec André Dussollier

 

 

 

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13/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 32

 

Fée élégante ailée.jpg

Je vous ai dessiné une petite coquette pour égayer un samedi décontracté... en survêtement?!

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 32 (le dernier!)

LE BRUIT DU MUR

Nous sommes installés en face du Square Courteline, métro Picpus.

Au dernier étage d’un immeuble de la rue Sibuet, avec une petite terrasse où on peut savourer les repas par grand beau temps.

Le premier soir, j’ai eu du mal à m’endormir. Durant deux jours, seule avec mes caisses, j’ai entendu un bruit intermittent, lancinant comme une plainte, au bas d’un mur. Horrifiée à l’idée d’affronter d’autres ennuis, j’ai cherché sa provenance. Je n’ai trouvé qu’une éraflure dans le papier peint, au-dessus d’une moulure. Un matin, ce gémissement nous a réveillé, Henri et moi.

- Qu’est-ce que c’est ? a-t-il demandé, ensommeillé.

- Rien, tu n’y pourras rien, c’est le bruit du mur.

- Le bruit du mur ? Ah non, tu ne vas pas recommencer !

J’ai soupiré, découragée :

- Il y a toujours quelque chose qui cloche, où qu’on aille.

Henri s’est levé d’un bond, précipité vers la source. Je lui ai montré le trou de la tapisserie.

- C’est là, tu vois bien, je ne sais pas ce qu’il y a derrière.

Henri m’a jeté un regard courroucé, il a agrippé le sac de voyage qui gisait à ses pieds, l’a quasiment déchiré en l’ouvrant. Triomphant, il a exhibé un réveil tressautant. Victime d’une batterie faiblissante, le réveil émettait un son lamentable.

- Tiens, le voilà, ton bruit du mur ! m’a lancé mon mari, hilare. Viens te recoucher, c’est encore la nuit!

Sur la petite terrasse, des pots de fleurs et des plantes grimpantes nous entourent. Moineaux, pigeons, et tous leurs copains aîlés de Paris et des environs viennent y chanter le matin. Ils tentent sans arrêt de monter leurs nids dans les coins du toit et dans les branches.

Tous les jours, je ramasse les plumes et les petites cochonneries qu’ils apportent pour s’installer. Je gratte leur guano sur les sièges et la table de jardin. Quand je suis fatiguée, je les laisse construire leurs bicoques de bric et de broc, et on cohabite dans la joie et les disputes. Ce n’est pas aussi grand qu’un jardin, mais au moins je peux y travailler en regardant le ciel.

Pour les promenades, nous avons la Coulée Verte, sa voie piétonne et sa piste cyclable qui vont de Vincennes à la Bastille. En bas de chez nous, il y a une librairie, une épicerie, une boucherie, des petits restaurants avec des terrasses, un salon de thé, une banque. Au moins quatre hôpitaux nous entourent en stéréo. Un cabinet dentaire à deux pas. Pharmacie, parfumerie, coiffeurs, tout ce qu’il faut.

Colette roule avec sa trotinette dans le couloir de l’appartement, Benito apprend la planche à roulettes sur le terre-plein Vivaldi. On va promener Idiot dans le bois de Vincennes, et quand il fait ses commissions sur le trottoir, on se relaie pour ramasser dans une pelle spéciale. C’est la ville !

Je regarde les toits de Paris en illustrant la nouvelle commande de M. Grommeleck, “Dr Jekyll et Mr Hyde”. Un peu de piment enfin dans ma vie professionnelle ! Pour dessiner mes histoires personnelles, je vole du temps, entre les pots de fleurs et le linge qui sèche.

Colette et moi sommes les seules à avoir connu les personnages de mon album “Les Trotte-Menu”. Je les reproduis comme je m’en souviens, avec des grands chapeaux, des fleurs et des couronnes dans les cheveux, des bijoux partout, des vêtements compliqués et multicolores, des parures extravagantes. Ma fille fouine dans toutes les pièces, espérant les dénicher ici aussi. Elle est persuadé qu’ils se cachent. Je sais, moi, qu’ils vivent à Fresnes, dans notre ancienne maison. Pour une raison obscure, ses nouveaux propriétaires l’ont aussitôt remise en vente, sans même l’avoir habitée.

D’après M. Brugnon, ils se sont plaints d’extrêmes et foudroyantes allergies. En me le rapportant, il riait à chaudes larmes.

J’ai appris que la Dame au cocker était partie au soleil pour plusieurs semaines. Je ne sais toujours pas si elle travaille, si elle est mariée, si elle a des enfants. Je ne me rappelle pas avoir jamais entendu son nom ou son prénom. Après le jour où elle est venue nous conseiller de déménager, je ne l’ai plus revue.

Colette prétend que la Souris qui rit nous a suivis. Je crois qu’elle invente, pour conserver son meilleur souvenir. Avant de quitter la maison, j’ai surpris la Souris qui rit, endormie sur la tête de Colette. Ses pattes étaient ouvertes sous la couverture de son livre. D’un coup de pince, je l’ai soulevé. Avec ma loupe ultra-puissante, j’ai pu en lire le titre.

Le livre de la Souris qui rit a pour titre : “Les Trotte-Menu”.

Mes cauchemars reviennent de temps en temps, mais pas aussi obsédants. J’ai dessiné un album avec Rafar le Cruel et toutes les misères de la nuit. Quand m’assaillent les visions affreuses des batailles du grenier, je m’efforce de les repousser. Je rêve toujours de mes petits visiteurs, mais aucun n’a encore traversé la terrasse, aucun ne s’est installé dans les pots de fleurs ou sous l’évier de la cuisine.

Le seul vestige de notre séjour à Fresnes, c’est une boite décorée de coquillages, ramassée le dernier jour dans le grenier vide, et qu’aucun de ses hôtes ne m’avait réclamée. Elle me rappelle celle que mes parents m’avaient offerte, il y a longtemps, durant des vacances en Normandie.

En rangeant notre nouvel appartement, j’ai voulu y poser des petits bijoux. Quand je l’ai ouverte, elle contenait trois grosses billes dorées. De là à croire que ce sont des boules d’or enchantées, il n’ y a pas loin ; la distance de trois voeux. Peut-être un jour un trotte-menu viendra-t-il me les réclamer. Ou peut-être tenterai-je moi aussi les trois voeux. Quand j’aurai trois voeux vraiment importants à exaucer.

J’en ai un, là, tout de suite : être transportée dans le monde des Etres, parcourir le chemin menant à leur château, découvrir leur domaine dont je n’ai su dessiner que l’extérieur.

J’en aurais un autre, là, tout de suite aussi : comprendre leur langage, parler avec eux. Je voudrais qu’ils me racontent d’où ils viennent, pourquoi ils se sont retrouvés captifs d’une maison de banlieue.

Souvent ils me manquent, mes petits envahisseurs. Ils ont nourri mon inspiration. Je laisse alors tomber les tâches ménagères pour les dessiner encore, pour ne pas oublier leurs parures, les étonnants échafaudages de leurs coifffures, leurs toilettes baroques et froufroutantes. Sans les avoir jamais vus en vrai, Henri se déclare ébloui et m’encourage à “créer de nouveaux personnages magiques”, il s’en fiche du désordre, il veut bien manger des surgelés tous les soirs, pourvu que je sois contente. Quand je dessine mes nouveaux héros, Colette trépigne. Elle les attend, et je finis par me persuader qu’ils patientent, tapis dans les tiroirs et sous les meubles, guettant le moment propice pour surgir et nous rendre la vie impossible. Benito s’en moque. Il court avec Idiot le long de la Promenade Plantée ; il grandit.

Comme Henri n’a pas abandonné l’idée de “vivre à la campagne” -comme si Fresnes avait été à la campagne!- il songe à reprendre un crédit pour une nouvelle maison, mais cette fois, loin de Paris.

Ca m’est égal. Mon travail est transportable. Et moi aussi.

A ce propos, maintenant, là, tout de suite, cette boule d’or qui roule dans ma main, je vais bien voir si elle peut réaliser un de mes souhaits.

Diablotin ? Reviens !

Tu es là ? Tu m’emmènes ?

 

Füssli réduit.jpg

 

 

(Fin?)

Début d'une autre aventure ?

J'arrête ce feuilleton, mais je ne vous quitte pas !

Bon dimanche à tous.

 

 

12:55 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

12/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 31

 

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Ma petite fée jongleuse est un peu pâle, je l'ai dessinée au crayon, mais je vous la montre quand même, car c'est peut-être un être invisible !

feuilleton

 

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 31 (l'avant-dernier!)

LE JOUR DU FLEAU

Les Etres se dressent sur chaque marche de l’escalier. Ils s’ébrouent sur le parquet ; ils se collent aux murs, ils dansent sur les sols. Les tables en sont couvertes, les rebords de fenêtre aussi. Il n’est pas un pouce d’espace qui ne soit occupé. Aucun d’entre eux n’ébauche de geste menaçant, mais leurs milliers d’yeux dardés sur moi expriment clairement leurs pensées. Inutile de connaître leur langue pour les deviner. Tout ce petit monde clame une seule et unique vérité : “Nous sommes chez nous.”

Je suffoque, saisie de tremblements. Effrayée, Colette se cache dans mes jupes. Benito est curieusement abattu, ses bras autour du cou d’Idiot. Henri, sans prêter attention à notre immobilisme, éternue et se plaint :

- Je ne comprends pas ce qui se passe ici. Tes peintures doivent être saturées de poisons, je suis bourré d’allergies depuis quelques jours.

Il se gratte la tête, des plaques rouges sont apparues sur ses avant-bras et il souffre d’une conjonctivite persistante.

- C’est devenu invivable ici, reprend-il, accablé, je déteste ces affreuses couleurs, cette ambiance de serre. Qu’est-ce qui t’a pris, Liliane, tu pourras m’expliquer un jour ?

En ce moment précis, toutes les surfaces disponibles tapissées d’une accablante végétation, une population indéracinable attend ouvertement une solution.

- On s’en va, Papa ? implore Colette.

Henri a mis la maison en vente. Les visiteurs, ébahis par le décor, hésitent entre les hoquets d’horreur et les fous-rires.

Aucun d’entre eux ne distingue les assiégeants. Avec une efficacité ahurissante, deux semaines plus tard, Henri a trouvé un appartement à louer dans Paris.

- On rentre à la maison, alors ? a demandé Colette, pleine d’espoir.

- Presque, ma fille, presque. J’ai demandé ma mutation, dans six mois je travaillerai à Bercy.

- Oh alors, on retourne dans le 12 è arrondissement ? Et mes nouveaux copains, je les verrai plus ? s’est plaint Benito.

Je me tais. Les tracassins ne bougent pas d’un pouce. Ils veillent, incrustés, permanents, vivant reproche de notre présence.

- Où c’est qu’Idiot fera caca ? a demandé Colette, déjà rompue aux contraintes hygiéniques.

- On est bien ici, a dit Benito, sur un ton de reproche.

Résignée mais soulagée, je m’apprête à refaire des paquets, redéballer, transférer la ligne téléphonique, les abonnements de gaz et d’électricité, prévenir la banque, envoyer des lettres de changement d’adresse, réinscrire les enfants dans des écoles parisiennes, trouver un garage pour la voiture...

Il faudra me résigner à : ne plus faire de barbecue dans le jardin, ne plus voir la Dame au cocker. Ne plus accueillir de réunions de bonnes femmes pour des mixers ou des crèmes de beauté. Ca n’existe pas dans Paris. Ne plus voir les enfants jouer dans le jardin. Ce qui va me manquer le plus ? Le jardin. Que va devenir la maison, entre les mains des petits habitants ? Capricieux. Egoïstes. Virulents. Intransigeants.

Adieu ma maison, mon grenier. Mon jardin. Mes “z’ Etres”.

(A suivre! Demain dernier chapitre !)

 

10:38 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

11/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 30

 

 

Loup & Fée ailée.jpg
Les loups aussi s'amusent bien, quand les fées s'énervent!

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 30

DEBORDEMENTS

Henri aime les couleurs claires et unies, le blanc cassé, le gris pâle. Le cuir brut, le chêne clair. Assiégé d’images chamarrées, saisi de nausées, il se cramponne l’estomac.

- On se croirait dans la forêt amazonienne, me reproche-t-il, tu ne comptes tout de même pas nous faire vivre là-dedans longtemps.

Je n’ai pas de réponse. C’est plus fort que moi, à présent ; je bariole les murs les uns après les autres. Les enfants jouent aux Indiens, projettent d’installer des tentes sur le carrelage de l’entrée, me suggèrent de le barbouiller aussi.

- Tu es surmenée, Liliane, je vais demander des congés, et on va s’offrir quelques jours de vacances, sinon tu vas nous transformer la maison en jungle.

Je ne sais plus où j’en suis, j’ai l’impression de ne plus connaître l’heure, la date, l’année de mon existence.

- Tu dors mal, insiste Henri, tu es hyperactive, c’est anormal, prends donc rendez-vous chez un médecin.

Six jours et six nuits plus tard, la forêt a envahi l’entrée, le salon, la salle à manger, la cuisine, les couloirs.

- Cette fois, c’est un psychiatre qu’il te faut, ma belle, décrète Henri.

Pour le calmer, je prends rendez-vous chez un docteur et chez un psy. Tous deux me déclarent fatiguée et me prescrivent vitamines,

calmants, et somnifères légers. Le tout s’en va directement au fond de l’armoire à pharmacie, pas dans mon gosier. Demain, je repeindrai notre chambre et celle des enfants. Après je m’attèlerai à la façade.

- Ouh là ! Que se passe-t-il ici ?

Claudie. Ah non, pas elle. Pas son calme et sa sagesse, son sens des réalités. Pour une mystérieuse raison, ses chiens me font une fête effrénée et se roulent dans toutes les pièces avec Idiot sans même se battre.

Je n’ai pas besoin de critiques. Claudie ne m’en abreuve pas, d’ailleurs, pas plus que de conseils. C’est une femme pragmatique. Elle me prépare un déjeuner, vérifie si le bac à linge est vide, si rien ne traine dans le sèche-linge ou dans le lave-vaisselle. Elle scrute le panier à repassage, contrôle le contenu du frigo ; elle visite nos chambres. Elle pousse un hurlement en ouvrant la porte des toilettes. Il ne manque que de serpents et des araignées géantes dans cette junglde, s'étouffe-t-elle. Entre deux rires stupéfaits, elle constate :

- Tout a l’air de bien se passer, ici, à part tes débordements picturaux.

- Pourquoi tu dis ça ? Tu joues l’inspecteur des travaux finis ?

- Ton mari s’inquiète, Liliane, et moi aussi. Tu as l’air un peu ailleurs ces temps-ci,

- C’est bientôt terminé, lui dis-je, renfrognée.

Elle ne me tirera rien de plus. Si ma meilleure amie et mon mari complotent derrière mon dos au lieu de soutenir mes efforts artistiques, je ne les connais plus.

Dans la même journée, je reçois la visite de M. Brugnon. Il m’apporte des conserves de champignons et des cerises à l’eau-de vie. Le nouveau décor le met en joie. Le récit des guerres du grenier le rend hystérique. Il me supplie de le laisser m’accompagner la prochaine fois.

Je ne vais tout de même pas convier M. Brugnon dans mon grenier en pleine nuit ! Lui présenter les armées de Rafar le cruel et le filmer en train de se faire étriper ? A propos de photos et de films : ça ne fonctionne pas. J’ai essayé. Un soir, je suis montée avec un appareil photo, et le soir suivant avec une caméra. J’ai appuyé comme une folle sur le bouton de l’appareil photo, et sur la mise en marche du caméscope. A l’arrivée, Rien. Pas une photo, pas une image. J’explique ça à M. Brugnon. Je n’ai pas de preuves.

- Pas besoin de preuves, dit-il, je vous crois, c’est pourquoi je veux le voir de mes propres yeux.

Je dis NON. M. Brugnon s’en va avec une lueur de nostalgie dans les yeux.

- Liliane, arrête !

Henri. Il me surprend, un pinceau et un pot de peinture plus loin, face au dernier mur de notre chambre.

- C’est horrible ! Ca suffit maintenant.

La sonnette retentit.

- Ne touche pas à ce mur ! Je vais voir qui c’est.

Il revient, hagard :

- Il y a une dame avec un cocker qui veut te parler.

Sous les yeux effarés de mon mari, la dame au cocker inspecte le rez de chaussée. Son regard balaie les escaliers. Elle ne juge pas utile de poursuivre ses observations :

- Il faut déménager, maintenant, déclare-t-elle.

- Mais vous êtes toutes devenues zinzin, dans le quartier, s’énerve Henri, qu’est-ce qui vous arrive ?

(A Suivre !)

(Plus que deux épisodes, patience !)

 

09:47 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

10/03/2010

Feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 29

 

Fée rose pointue ailée.jpg

Voici une petite bonne femme rose qui court et vole à votre rencontre !

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 29

PEINTURES ET FLOCONS

- Tu redécores, ma chérie, quel courage !

Heureux les innocents de la Terre. Henri m’attrape sur le fait, un pot de peinture à la main, un rouleau dans l’autre, direction : dernier étage.

- Oui, les murs de l’escalier sont tout écaillés. Je vais passer un petit coup dessus.

- Et tes illustrations, ça avance ?

- Ca va, ça va, j’ai le temps.

Un temps entièrement consacré à mes persécuteurs. J’ai décidé d’agrandir leur domaine, de l’étendre au palier et à l’ escalier. Ca devrait leur suffire. Le long des marches, sur les murs et le sol, la peinture verte domine, arbres, feuilles, fleurs, sentiers ... Toutes les nuits, de peur d’être piétinée pendant mon sommeil, hissée contre mon gré dans le monde horrible du grenier, je reste debout, vaillamment, je vais au-devant des désirs des petits tyrans invisibles. Dans le doute, j’attaque l’ escalier qui mène de nos chambres au rez-de chaussée, tenaillée par le besoin d’en finir. Une semaine plus tard, je m’arrête. Si jamais les tracassins s’installent ouvertement dans ces nouveaux lieux, je ne veux pas qu’ils envahissent aussi le rez de chaussée.

Les enfants décrètent “cool” mes transformations ; “ça déchire”, “ça émiette”, “ça pulvérise”. Henri n’est pas de cet avis. Après ma débauche de verdure, il me surprend à colorier des souris sur ma table à dessin.

- Je croyais que tu dessinais des vampires pour ta nouvelle commande. Tu trouves ça joli, les souris ? Ces saletés qui filent la rage ?

- Pas toujours.

- Ne me dis pas que tu en as apprivoisé, là-haut dans ton foutoir.

- Un foutoir, ma belle forêt ?

- Des fois, intervient Colette, les souris, elles rigolent ; et pis elles lisent des petits livres dorés.

Henri lève les yeux au ciel.

- Je vous préviens toutes les deux, on a assez d’un chien, je ne veux pas de souris blanche ou de cochon d’Inde !

- M’est égal, j’en ai déjà une, murmure Colette.

Benito ricane et se moque d’elle.

Je guette la Souris qui rit. Quand je la surprends sur la tête de Colette, elle me nargue, elle suffoque de rire comme si j’étais le clown le plus comique du monde. Elle brandit son livrounet et le lit sans me permettre de l’approcher. Je la guette. Colette n’a pas l’air gênée de porter ce rongeur hystérique sur les cheveux. Je lui demande si elle a réussi à voir le livre de la Souris.

- Non, Manman, dit-elle, elle ne veut pas me le prêter.

- Il était dans ta main l’autre nuit.

- Oh ! Mais c’est pas possible, pleurniche ma petite fille, pourquoi tu l’as pas gardé ?

- Je n’ai pas pu desserrer tes doigts, ma chérie, ne pleure pas, qu’est-ce que ça peut faire ?

- La Souris qui rit, des fois elle se moque de moi, elle ne veut jamais me prêter son livre !

- Et tu aimerais savoir ce que c’est ? Moi aussi.

- Promets-moi, la prochaine fois, tu le prends et tu regardes. Tu promets, Manman ?

- Promis.

Ca ne va pas être simple. Le livre est si minuscule que je ne pourrai en tourner les pages qu’avec une pince à épiler ou une épingle. Et encore. Je m’en vais acheter une loupe ultra-grossissante.

- Il y a du fouillis dans l’escalier, remarque Henri.

- Quel genre ?

- Regarde Idiot, il range à sa manière, lui !

Le chien charrie dans sa gueule une touffe de plumes d’autruche. Derrière lui, des bribes d’étoffes, des sequins, des paillettes scintillantes esquissent une piste vers l’escalier du grenier.

- Tu fais quoi, pendant tes insomnies ? demande Henri, tu déchiquètes tes robes ?

- C’est ça, oui, je fais de la couture, grommelai-je, une balayette à la main.

Les pichots ont semé des bribes de leurs toilettes sur ma pelouse, en ont collé sur ma fausse forêt, et Idiot a essaimé ses trouvailles partout sur son passage. Je n’ai pas le coeur de jeter ces vestiges. Ils chatoient, délicats comme des habits de poupées. Je les range dans le coffre “Tournée Conte de Fées” de M. Brugnon, échoué à la cave. Benito, imperturbable, me réclame un compte-rendu de mes cauchemars. A court d’idées, je lui raconte une de mes nuits.

- C’est pas un cauchemar, ça, me reproche-t-il, tu inventes.

- Un peu.

- C’est nul, déclare mon fils avant de partir massacrer les aliens d’un jeu video.

(A suivre !)

 

12:37 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

09/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 28

 

oiseau & fée cheveux courts.jpg
Attention les amis, il y a des petits malins qui se glissent dans notre espace pour y incruster un site de rencontres. Exactement ce que je ne veux pas sur Blog 50. On a du mal à faire disparaître la page et il faut carrément éteindre l'ordinateur par le boitier pour s'en débarrasser. Quel ennui. Si ça persiste, beaucoup d'entre nous finiront par supprimer leur blog pour ne plus être importuner.
Bonne journée aux fidèles.
Ci-dessus: deux petites créatures pour décoller du réel trop souvent sordide !

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 28

ESPACE VITAL

Il y a du nouveau. Plus de cauchemars. Plus de rêves non plus. C’est simple : je ne dors plus.

Toutes les nuits, les affreux envahissent mon côté du lit. Ils me harponnent et me traînent là-haut, dans leur guerre mondiale. Je suis à bout ! Existe-t-il une arme capable de volatiliser ces créatures ? La mort aux rats ne les atteint pas, les supplications non plus. Et si je les noyais? Hors de question, ça provoquerait un dégât des eaux injustifiable. Et si je brûle ma fresque et ma pelouse artificielle, les pompiers n’apprécieront pas. Les assureurs non plus, et ma famille encore moins.

Et si je lâchais Idiot contre eux ? J’ai essayé. Le pauvre crétin, réveillé en pleine nuit, épouvanté par la furie des combats, s’est mis à geindre, à se traîner sur le ventre, et s’est enfui du cataclysme forestier sans demander son reste. Depuis, il m’observe avec méfiance, il gémit à mon approche et tourne une bonne demi-heure autour de sa pâtée quotidienne avant de condescendre à la consommer.

Le plus bizarre, c’est le sommeil profond dont bénéficient les membres de ma famille pendant mes bruyantes insomnies.

Les yeux creus, les cernes de plus en plus accentués, j’affronte chaque jour dans un état de semi-coma.

- J’ai un livre pour vous, Liliane ! claironne M. Grommeleck au téléphone.

Oh pitié ! Pas encore du “Riri et Roro s’éclatent à l’hospice” !

- Je voulais m’offrir un trimestre sabbatique, M. Grommeleck, après tout le travail que je vous ai livré.

- Allons, allons, ma petite Liliane, ça ne vous ressemble pas ! Et tenez, j’ai même une bonne nouvelle pour vous !

Il a décidé de se pendre. De liquider sa boite. De s’expatrier.

- Ah oui ? fais-je, éteinte.

- Vous aimez les martyrs ?

Qu’est-ce que je disais.

- J’en vis un, Monsieur Grommeleck, tous les jours que Dieu fait, quand vous me confiez Couventine et ses bonnes oeuvres.

- Ah, ah, vous ne réussirez pas à me démonter, Chère Amie (s’il m’appelle comme ça, c’est qu’il va s’en mettre plein les fouilles avec mes droits d’auteur). Ecoutez plutôt.

- M’oui ?

Il va me refiler les mémoires de M. Vincent ou l’Histoire Universelle de la Morale, je parie. Dans mon brouillard, je distingue vaguement :

- Dracula ... Vampires ... Ghoules ...

Juré, je suis sobre comme un chanoine. Pas le Kir, évidemment.

- Quoi ?

- Je publie une nouvelle édition du Dracula de Bram Stocker, dit le vieux maniaque du bénitier, et j’ai pensé à vous pour l’illustrer.

Si je suis en train d’halluciner, tant pis, en tout cas ce n’est pas le moment de pinailler :

- D’accord.

J’ai six mois pour effectuer entre trente et cinquante dessins, à moi de voir, a concédé le bougre. Il ne faut surtout pas lui laisser le temps de se reprendre. Je vais de ce pas chercher mon contrat, le signer sur place et lui extorquer dans la foulée mon chèque d’avance sur recettes. Des vampires, des démons, des ghoules ? Ca tombe à pic, j’ai besoin de me défouler, et avec tous ceux qui bouleversent mon sommeil, même pas besoin d’inventer !

Apparemment, je ne suis pas la seule à vouloir de l’action. A peine commencé mon nouveau boulot, les Etres se précipitent et saccagent mes planches. Des dessins qui ne leur ressemblent pas, ça les gêne. Alors là, c’est trop. Plus que trop. Cette fois, ils vont me le payer.

A défaut d’une mitraillette ou d’un coutelas, je gagne le grenier avec un drapeau blanc. Ces horreurs savent-elles ce qu’il signifie ? Elles le savent. Autour de moi, les batailles s’apaisent. Un petit groupe moins déglingué que les autres s’approche et s’agrippe à mes fringues. J’articule, en espérant qu’ils vont comprendre ma langue, avec leur cerveau gros comme une bille :

- Que voulez-vous de moi ?

Je répète cette phrase au moins trois cents fois, guettant une lueur d’intelligence dans leurs yeux d’aliénés. Il leur en faut du temps, pour réagir ! Enfin, mes paroles provoquent une réaction. Oubliant leurs querelles, une poignée de minus se lance dans une pantomime accélérée. C’est à moi de m’interroger. En les observant un à un, je crois deviner : ici c’est trop petit, ils manquent de place ! Voilà les créatures de tous acabits à droite, à gauche, les bras écartés, resserrés, ouverts de nouveau. Ils miment un espace imaginaire, bien plus vaste que le grenier où je les ai cantonnés.

- Pourquoi n’entrez-vous pas dans la forêt ? Je vous ai construit des allées, des routes !

Ce n’est pas suffisant, ils me le prouvent, courent aux limites de la forêt, agitent les doigts vers les trouées, secouent leurs têtes à les faire craquer.

Ils désignent le château, tout au fond, expriment leur détresse devant son exiguité, je ne comprends pas, il me parait immense, ce château, mais les Etres deviennent dingues, ils piaillent de plus en plus fort, me malmènent, me secouent et me refoulent vers la porte ... Me voici sur les marches, avec sur moi et alentour des harpies déchaînées, griffes dans ma peau, dans le parquet, dans le papier peint des murs, sur la rampe d’escalier, oh, non ! Ne réveillez pas ma maisonnée !

Une seule solution : agiter encore le drapeau. Le blanc les calme une seconde, et dans un éclair, je remarque leurs vêtements : aucun d’entre eux ne porte du blanc. Cette couleur les effraie-t-elle?

Le drapeau toujours brandi, je mime un consentement, je désigne leur forêt et j’écarte les bras en signe d’espace. S’il ne pigent pas, je renonce ! Ca marche. Ils se replient pour la nuit avec leur charivari habituel et je reprends mon souffle. Vite, au lit.

(A Suivre !)

 

13:07 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

08/03/2010

Feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 27

 

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Etant enfant, j'ai vu un film où les fleurs avaient des visages de femmes, il faut croire que ça m'a marqué ! C'était le merveilleux Baron Münchhausen, de Josef von Baky, datant de 1943.

 

 

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 27

LES TROTTE-MENU

“Enfin plongée dans un doux sommeil, Liliane est soudain secouée par un terrible tremblement de terre ; des dinosaures lui écrasent les pieds, un éléphant l’étouffe de sa trompe, un troupeau de buffles la piétine.”

Et voilà. Avec des rêves de ce genre, je suis supposée me reposer.

Gardons les yeux fermés. Sinon, mon regard va encore tomber sur un trotte-menu ou sur toute sa famille et sa cour réunies.

L’esprit vaseux, je gis près de mon chéri, fermement décidée à replonger dans le sommeil. Arrière, cauchemars ! Et c’est reparti : les bataillons n’ont pas fini de m’écrabouiller ; je sens des sabots trottiner sur mes jambes, mes cuisses, mon ventre ; sur mon estomac, les pas sont précis, insistants. C’est sûrement Idiot, il vient tout le temps se caler entre Henri et moi. Mais non. Idiot est plus lourd que ça. Ce n’est pas lui. J’entr’ouvre les paupières, le plus lentement possible. Deux yeux scrutateurs et moqueurs sont dardés sur les miens. Je ne veux pas le savoir. Je veux dormir.

Deux pieds et deux mains, légers comme des pattes d’oiseaux, foulent mon poitrail. Réveille-toi, Liliane, allez, grosse feignasse, réveille-toi. Bravement, j’écarquille les yeux. Une créature à tête de diablotin me fixe, avec une persistance malicieuse. C’est lui. Enfin, le voici.

“Ne t’en vas pas ! Reste ! Qui es-tu ? Parle-moi ! Dis-moi ce qui se passe !”

Jamais je n’ai eu aussi peur face aux mistoulinets habituels. Diablotin est un peu plus grand qu’eux ; déplié, il atteint au moins 80 cm.

Mon hôte recule, et après un dernier regard, toujours aussi perçant, repart vivement vers mes pieds. Et voici maintenant mes habituels tracassins, les trois poseurs, le prince, la princesse et le dandy chamoiré, alanguis sur le bois de lit. Le prince et sa chérie se tiennent par le bras. Le dandy joue avec son jabot. Un étrange animal est assis à ses côtés. Il ressemble à un sphynx, ce chat égyptien sans pelage. Eux aussi ont les pupilles dilatés à force de les braquer sur moi, et ils babillent dans leur dialecte. Le diablotin a disparu. J’entends près de moi le souffle régulier d’Henri endormi. La maison est silencieuse. Si je reste là sans bouger, ils vont partir. Je vais me rendormir. Refermons les yeux. Sombrons dans un rêve.

Les Etres sont perchés sur moi, un sur chaque épaule et la princesse au creux de mon bras gauche, là où je portais mes enfants quand ils étaient bébés. Les froufrous de sa robe caressent mon poignet avec le crissement particulier au taffetas.

Comme s’ils déteignaient sur moi, je me fais l’effet d’être aérienne, je me sens comme eux, vêtue de soie et de mousseline, les cheveux soyeux décorés de fleurs et de bijoux, glissant au-dessus du sol, prête à m’envoler dans leur monde disparu. Quelques minutes d’accalmie. Du moins je le crois.

Me voici dans ma forêt. Elle n’a plus rien de plat ; les trompe-l’oeil ont pris du relief, les feuilles des arbres oscillent, les fleurs exhalent d’intenses parfums, une brise zéphirienne caresse buissons et feuillages. Les allées sont décloses, et la plus vaste s’évase face à moi vers des profondeurs boisées grouillant de vie. La foule des pichots s’engouffre avec lenteur et grâce dans ce passage. Au loin dans la brume se dessine la silhouette estompée d’un palais biscornu. La princesse ouvre la marche. Le prince et le dandy me tiennent les mains. Ils m’entraînent dans la forêt bruissante. Certaines fleurs ont des visages et toute la flore palpite, comme les petits habitants aux toilettes multicolores. Leurs délicates silhouettes s’épanouissent dans ce décor à la fois froufroutant et sauvage. Dans ce monde l’agencement des végétaux, des animaux et des créatures à l’aspect humain ne ressemble que de loin au monde des “grands” . J’en oublie tout, étourdie par les senteurs et les sons, emportée par mes hôtes. La forêt fourmille de huttes secrètes, de terriers enfouis où fulgurent des regards et des cris furtifs, de nids d’où s’échappent chants et babillages.

Et soudain, c’est l’apocalypse : des griffes m’arrachent au lit, des milliers de mains crochues me traînent sur le tapis, d’immondes pattes velues et visqueuses se collent sur ma bouche, m’empêchent de crier, je suis emportée dans un tourbillon, une tornade, un tremblement de terre, une éruption volcanique, une explosion atomique, que m’arrive-t-il ?

JE NE DORS PLUS ! Je sens les marches du grenier râcler mon dos, mes flancs, tandis qu’on me hisse comme un cochon vers l’abattoir.

Mon joli rêve n’était qu’un leurre.

En réalité, me voici propulsée comme un sac poubelle au milieu du grenier, un grenier qui ne ressemble en rien à ma forêt idéale.

Autour de moi un épouvantable décor, vibrant de bruit et de fracas, émerge tout droit du grimoire de M. Brugnon. Où sont mes gracieux marmousets ? Il n’y a rien de tendre ou de charmant ici, rien que des armées de chevaliers en armure noire comme le jais, des chevaux aux yeux fous, ceinturés d’ arbres tordus et gémissants ; des oiseaux aux pattes crochues fondent sur moi de tous côtés. Alentour se battent des groupes de créatures multiformes et disparates, dans les sentiers, dans les taillis grouillent des foules enragées ; les vastes allées, perdues vers l’infini, abondent de guerriers en colère. Des membres voltigent, du sang jaillit des corps tordus. Ce monde est un enfer. Il ne vaut pas mieux que le nôtre.

Si seulement je dormais, si seulement j’étais sur le point de me réveiller. Mais non. C’est bien réel. Je hurle le nom d’Henri, ceux de Benito et de Colette, comme s’ils pouvaient m’entendre, comme si, en volant à mon secours, ils sauraient venir à bout de ce chaos indescriptible. Personne ne me secourt. Cette forêt va me dévorer.

Je serre mes mains contre ma poitrine, je me recroqueville et demeure plantée là, bousculée de toutes parts ; je tombe, me roule en boule pour esquiver les combats. De tous côtés, on brandit des armes bizarres. Les forcenés s’attaquent aussi à mains nues, avec fureur. Ils se déchirent, se détruisent, croirait-on, par la seule force de leur haine, exhibant au moment voulu un épieu de leurs manches, une falarique de leurs chausses, utilisant leurs pieds, leurs dents et leurs griffes. Brinquebalée une fois de trop, me voici au centre d’une mêlée. Des centaines de trotte-menu me cernent. Mes trois chaperons habituels sont perchés sur un amas fumant de victimes, leurs précieux vêtements en lambeaux.

Autour de moi, il n’y a que décombres, ruines, désolation. Je recule et m’empêtre dans des amas immondes. Lentement, trop lentement j’essaie de fuir. Les trotte-menu, leurs adversaires, leurs victimes, tous ces êtres incohérents à mes yeux, demeurent dans leur multitude. Un pas après l’autre, au ralenti, longtemps longtemps, je m’éloigne, je prends du recul. Je sors du grenier. Personne ne me retient. Personne ne m’attend de l’autre côté.

Sur le palier, je m’effondre et disparais dans un sommeil sans rêves ni cauchemars.

Au matin, j’ai couru vers mes enfants. Un petit camion sur l’oreiller, Benito dormait. Colette aussi, un sourire béat sur la frimousse ; dans sa main elle serrait un petit livre doré. Celui de la Souris qui rit. La souris s’était éclipsée. Je n’ai pas osé écarter les doigts de ma fille, pour ne pas la réveiller, et je ne sais toujours pas ce que la Souris lit.

Henri respirait paisiblement, encore assoupi.

Je suis allée dans la salle de bains me laver de la nuit, mais surtout pour vérifier si j’étais toujours moi-même. Oui. Liliane, mais avec des morceaux de bois noirci dans les cheveux, de l’herbe rouge collée aux mains, des feuilles calcinées sur la peau. Couverte de bleus, d’ecchymoses, de coupures.

Une douche prolongée vient à bout de la crasse et du sang, des pansements et des vêtements bien couvrant dissimulent les plaies. Elles ne sont pas profondes. Je pourrai prétexter d’une chute le moment venu.

- Comme tu as bonne mine, ma Liliane chérie, s’exclame Henri au petit-déjeuner, tu es toute rose ! Et déjà prête, c’est incroyable ! Je ne t’ai même pas entendue te lever !

- M’an, t’as fait un beau rêve affreux ? dit Benito

- Dis-moi, mon fils, tu n’en as pas assez de mes élucubrations ?

- Ah non, alors, vas-y raconte !

Que lui dire, à part des récits de combats entre les Etres, nommés parfois, faute de mieux, gobelins, diablotins, lutins, ou monstres en langage humain ? Les Etres, qui sont-ils ? Le saurai-je jamais ?

- Ils sont pas gentils, tes amis, remarque Colette.

Elle devine tout, sans même avoir la moindre idée des événements de la nuit. Elle aussi s’habitue au récit de mes stupides cauchemars. Je ne sais pas si elle y voit un lien avec ses copains “minis”.

- Alors, tu commences un autre livre ? s’enquiert mon mari, ça lui a plu, à l’autre grommeleau, tes petits monstres ?

- Comment ça finit, Manman ? demande Colette.

- Je ne te l’ai pas lu, ma petite fille ? Eh bien tout finit bien dans la maison, les petits êtres s’en vont dans leur château et laissent tranquille la famille qui les a accueillis.

- Ah bon, fait Benito, déçu. Je croyais que c’était un livre-catastrophe.

- C’en est un, mais qui finit bien, explique son Papa. C’est quand même de la littérature pour les jeunes.

- N’empêche, ronchonne Benito, une grosse catastrophe, ça serait plus marrant.

- M. Grommeleck n’était pas d’accord avec ce genre de fin, expliqué-je à mon fils, j’ai pourtant insisté !

- Alors, tu as d’autre projets ?

- J’ai toujours en cours ce bouquin d’épouvante avec des monstres cauchemardesques ...

- Ah ça c’est bien, dit Benito.

- ... sinon, je n’ai pas d’autre livre à illustrer pour M. Grommeleck. Je suis fatiguée, et je voudrais arranger un peu la maison.

- Ne te casse pas la tête, dit Henri, la maison est très bien, pense à toi d’abord. Prends un petit moment pour réfléchir à ta prochaine oeuvre!

Mon oeuvre. Oeuvre? Ouvrage, c’est mieux. Oeuvre, pour moi, c’est Les Misérables, ou Mme Bovary. Ou encore Le Comte de Monte Cristo ; Les Illusions Perdues. Toute la Comédie Humaine de Balzac. Huysmans. Conrad. London... Dickens... “Les Trotte-Menu”, tu parles d’une oeuvre!

Je devais avoir l’air triste, parce que le soir même Henri est rentré avec un gros bouquet de fleurs et une boite de petits gâteaux sortis tout frais des mains du meilleur pâtissier.

(A suivre!)

 

10:07 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

05/03/2010

feuilleton LES CELLULES ETOILEES Chapitre 26

Feuilleton

LES CELLULES ETOILEES

Chapitre 26

 

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(Résumé : Liliane "installe" une forêt dans son grenier pour apaiser les réclamations des petites créatures de la maison. Ces jolies et envahissantes personnes peuvent se montrer aussi agressives qu'aguicheuses ; elles ne sont vues que pas Lilianee, M. Brugnon -l'ancien propriétaire de la maison- la petite Colette, et le chien Idiot)

 

LES CELLULES ETOILEES

 

Chapitre 26 :

SOUS LES ARBRES

Ce rêve-ci, je ne le montrerai pas à Benito, mon petit garçon qui pourtant n'a peur de rien :

“Elle court sous les arbres, s’empêtre dans les branches, tombe dans les ronces, rampe en s’arrachant la paume des mains, se tord les chevilles, s’accroche les cheveux dans les fourrés, déchire ses vêtements en tombant dans le ravin, se pique, se transforme en un tas de cendres fumantes ; les cavaliers de Rafar le Cruel s’élancent pour la piétiner. Liliane a le temps de se poser une question : si je suis morte, pourquoi pensé-je encore ?”

Idiot campe devant la porte du grenier. Il ne laisse passer personne, même pas moi.

- Ton chien est zinzin, remarque Henri.

- C’est le chien de Benito, pas le mien.

- Non, affirme Benito, c’est le chien de la famille.

- Benito, il aime pas laver Idiot ! claironne Colette.

Ni le promener, ni lui donner sa pâtée. Benito joue avec Idiot quand il n’a rien de mieux à faire. Idiot est le chien de la maison, donc j’en suis responsable. A présent, mon chien se prend pour un vigile. Les Trotte-Menu l’auraient-ils investi d’une mission, lui aussi ? ! Idiot quitte son poste uniquement quand la nature appelle et hop, retour sous les toits.

- Il a peut-être enterré des os sous ton gazon artificiel, suppose Henri.

Et de nous proposer son nouveau plat, un coq au vin. “Presque le même goût que celui de mon papa”, dit-il fièrement. Le délire des papilles.

Le grenier m’étant interdit, j’en profite pour potasser le livre de M. Brugnon. Il est surchargé de gravures en noir et blanc, de forêts sombres aux formes menaçantes ; des ombres de châteaux se devinent au fond d’allées obscures parsemées de pièges indistincts. Rien de bien enchanteur. Les pages de ce gros bouquin ont jauni, ses caractères gothiques décrivent des êtres malfaisants dont les exploits se résument à des guerres et des hécatombes. Ca et là surgissent des créatures mi-animales, mi-humaines. Les images déploient des armées chargeant sur des peuples affolés, des ruines de villes tarabiscotées, des immeubles pointus, effilés vers les cieux noirs comme des cathédrales calcinées. Voilà de quoi me remonter le moral. Il n’y a dans ces pages moisies aucun coquet damoiseau et aucune muguette. On se croirait dans mes cauchemars ! Parmi les cruels guerriers, j’ai l’impression de reconnaître Rafar et son gang. Les vieilles pages regorgent de crapauds, de loups-garous, de chevaux aîlés, d’ânes ricanant, de tueurs à la hache aux visages perdus dans la fumée ... J’examine, je détaille, je fouille, mes yeux se brouillent et tout devient aussi opaque qu’un tas de charbon.

- Vous êtes sûr d’avoir vu les mêmes créatures que moi, M. Brugnon ?

- Comment ça, vous en connaissez d’autres ?

- Dans votre livre, il n’y a pas un seul mistoulinet...

- Mistoulinet ? ricane-t-il.

Ce vieux schnock commence à m’énerver sérieusement.

- Oui, enfin, les trotte-menu, les minis, les Etres, comme vous dites, votre bouquin est bourré de monstres horribles, pas de jolies créatures. Sans compter la poussière et les moucherons, j’espère ne pas attraper la peste, par-dessus le marché!

- Vous avez mal regardé, affirme le poivrot, allez, un petit effort.

Non, pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je fête l’anniversaire de notre arrivée dans la maison. Ma journée sera consacrée à la cuisine et à la pâtisserie. Du poulet rôti au curry, avec des patates au four et des fenouils mijotés dans la sauce. Une tarte normande aux pommes.

Le soir, on fait bombance. Henri, Benito, Colette s’empiffrent, rigolent et font les fous. Ca suffit à mon bonheur.

Après plusieurs jours de siège, plus personne n’a essayé de déloger Idiot. Il s’est lassé de monter la garde en vain, a grommelé un bon coup et s’est décidé à descendre. Il était temps, les Etres jonglaient avec toutes mes affaires et me bombardaient de petits objets. J’ai foncé.

Ma forêt n’a pas bougé. Toujours bancale, toujours close.

De mes plus beaux pinceaux, de mes plus flatteuses couleurs, je me remets au travail. Des allées sous les arbres, une vaste et longue trouée vers l’infini. Inspirée malgré moi par le grimoire, j’ajoute de la brume au fond, et une silhouette de château très floue. Je pense très fort aux constructions de Gustave Doré, vastes, tendues vers le ciel, massives au coeur d’une végétation endiablée.

Avec le recul, l’ensemble manque encore de vie. Pourtant, je ne veux pas y inclure d’ animaux ou de personnages imaginaires. Cet endroit appartient aux Etres. Une petite voix me souffle de leur laisser le champ libre. A leur place, qu’aurais-je aimé trouver en ces lieux?

Des adrets de repos, des habitations, des cachettes peut-être.

Je me souviens d’une promenade familiale en forêt des Vosges. Un village en ruine laissait encore ses marques, ses murs effondrés se confondaient avec les pierres des sentiers ; je devinais des passages sous les murets couverts de mousse, des terriers où persistait un souffle ancien, où le regard humain ne savait pas saisir la présence d’un monde invisible. J’avais l’impression d’une présence, de personnages cachés, attentifs à mes gestes, disposés à m’apparaître si je patientais assez longtemps. Dans la forêt du grenier, j’ai voulu reproduire cette ambiance. Ce monde secret, je regrette de ne pas l’avoir surpris. Un jour j’y emmènerai mes trois chéris, avant que Colette ne grandisse et n’oublie l’ existence des “minis”. Qui sait ? Peut-être émergeront-ils de l’invisible et nous convieront dans leur domaine provisoirement abandonné.

- L’essentiel pour les “Etres”, c’est de se sentir chez eux, avait dit M. Brugnon.

- Et à quoi ça ressemble, chez eux, à votre avis ?

- Regardez dans le bouquin, ça peut aider. Mettez-vous à leur place.

Facile à dire. Le bouquin ne m’a rien appris. A la place de qui dois-je me mettre ? Je me promène à ras des plinthes, moi ? Seulement en passant l’aspirateur. Je m’habille comme la Folle de Chaillot ? Pas vraiment ! Je me perche sur les gens ? Si je considère les galipettes avec mon mari comme une façon de me percher sur quelqu’un, oui. Ca ne m’avance à rien. Je ne veux pas “regarder dans le bouquin” une fois de plus, il me terrifie. Pas question de transformer ma forêt en enfer.

Que manque-t-il encore dans cette forêt ? Des restaurants? Les “Etres” festoient-ils entre amis, vont-ils voter pour leurs semblables ? A tout hasard, j’ajoute des ruisseaux et des sources, des baies, des fruits, des herbes comestibles. Où trouvent-ils de quoi se parer, se parfumer ? Je dessine des rubans de feuillages, des fougères, et des fleurs dont les formes rondes évoquent autant de capiteux parfums que de fraîches senteurs. Respirer ? S’éclairer ? Je peins un faux ciel, des nuages qui passent, du bleu, des couleurs changeantes pour tous les temps.

La forêt leur appartient, aux “Etres”. Vont-ils enfin s’y intéresser ? Cesser de me confondre avec une cible ? D’utiliser ma tête et celle de Colette comme des chaises-longues ? De ricaner et de m’assourdir de jour comme de nuit ?

Trois semaines ont été nécessaires pour composer cette nouvelle forêt. Elle n’ a plus rien de bancal. Luxuriante, accueillante, chaleureuse et apaisante. Ses formes évoquent vaguement celles du grimoire, ancrées malgré moi dans ma mémoire, mais j’ai refusé d’en faire un lieu de mort et de tragédie. Elle est parfaite ma forêt, tous les êtres du monde visible et invisible en seraient satisfaits. C’est la forêt idéale des mondes merveilleux et aussi de tous les humains de la Terre, bon sang, elle est magnifique ma forêt !

Et toujours vide.

M. Grommeleck a embarqué mes dessins et réclamé quelques modifications dans mon texte des Trotte-Menu. C’est fait. Il voulait une fin heureuse, je ne me suis pas cassé la tête. Dans le livre, les petites créatures et les humains trouvent un arrangement et se partagent la maison. Utopique. Dans la réalité, je crains d’avoir à les subir toute ma vie, seule à les voir, seule à les repousser. J’avais cru les satisfaire en leur dessinant une forêt. Un scenario de rêve : ils se seraient installés là-haut, ils n’auraient plus émis un seul bruit ; ils auraient emporté leur forêt dans un autre monde. Ils auraient disparu de ma vie. Et mes cauchemars avec eux. Bernique.

Mlle Larrivoire, l’auteur de Couventine et l’orphelin, a estimé “remarquable” le côté “socialement engagé de mon imaginaire”. La couverture lui a “parlé comme une vision contemporaine et même post-moderne d’une histoire intemporelle”. Si cette bonne femme parle comme ça toute la journée, son mari doit être sourd.

Je viens de rouvrir le grimoire de M. Brugnon.

Ce n’est pas le même livre.

Ils sont partout, les Etres, ils jaillissent de toutes les pages, ils illuminent le papier doré et les gravures colorées. Les beaux, ceux de la maison. Pas les affreux de mes cauchemars. Les armées noires, les décors sinistres, je ne les trouve plus. C’en est trop.

Je ne veux plus jamais ouvrir ce livre tourmenteur. Partez ! Effacez-vous !

Et voilà les mingelets de malheur, dans leurs atours royaux, qui recommencent à jaillir des murs ; un jour leurs yeux profonds me dévisagent avec hostilité, le lendemain, ils caressent mon visage d’une étrange complicité. Je survis comme un zombie. Et si je prenais des tranquillisants ? Oui, mais qui s’occuperait de la maison, des enfants ? Et si je me mettais sérieusement à boire ? Ce serait pire ! Une seule solution pour faire bonne figure devant ma petite famille : ramer.

J’attends, je désespère. Souvent, quand Colette s’endort après le conte du soir, je vois la Souris qui rit sauter de ses draps et se poser sur ses boucles, un livre pas plus grand qu’un petit pois à la patte. Un jour je l’attraperai et je saurai ce qu’elle lit.

(A suivre)

Merci à Huguette d'avoir rejoint le petit (et patient!) cercle des fidèles lecteurs

 

 

12:16 Écrit par Hélène Merrick dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fantastique, famille, humour, suspense, mystère

 
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